LEl^ONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET L'ÂNATOMIE COMPAREE DE L'HOMME EX DES ANIMAUX. l'ini.-. — liiiiiiiiiiciii; lie L. MAKTlNiiT, iiic Mi^jauii, 2. LEÇONS SUIl LA PHYSIOLOGIE L'ANATOMIE GUiMPARÉE DE L'HOMME Eï DES ANIMAUX FAITES A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS PAIi H. MILME: EDWARD.«i 0. L. H., C. L. N. Doyen tic la Kacullc des sciences de Paris, Professeur au Miiséunui'llisloiro naturelle; Membre de l'Inslilut,(Académie des sciences) ; des Sociélés royales de Londres et d'Edinibourg; ; des Académies tU: Sluckliolni, de Saint-Pclersbourg, do licrlin, de Kdnigsberg, de CopeniKiguo, de Bruxelles, de Vienne, de Hongrie, de Bavière, de Turin et de Naples ; delà Société Hollandaise des sciences; de l'Académie Américaine ; De la Société des Naturalistes de Moscou ; des Sociétés Lirmcenne et Zoologiqno de Londres; de l'Académie des Sciences naturelles de Pliiladelpliie; du Lycéum de New-York; des Sociétés des Sciences et d'Histoire naturelle de Municli, Gutlienibourg, Somerset, Montréal, l'ilo Maurice; des Sociétés Entomologi(pies de France et de Londres; des Sociétés Etlinologiipics d'Angleterre et d'Amérique ; de l'iiistitul liistorique du lirésil ; De l'Académie impériale de Médecine de Paris; dos Sociétés médicales d'Edimbourg, de Suède et de Bruges ; de la Société des l'Iiarm.icien- de l'Allemagne septentrionale; Des Sociétés d'Agriculture de Paris, de New -York, d'Alliany, etc. TOME CINQUIÈME PARIS LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON PLACE DE L'ÉC0LE-DE-MÉ1)ECL\E M DCCC LIX Di'oit de tr.iihiction rése;\é. c t ^ 6 J LEÇONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET . L'ANATOMIE COMPARÉE DE L'HOMME KT DES ANIMAUX. QUARANTE -TROISIÈME LEOGN. DE L'ABSORPTION. — Preuves de la pénétration des matières étrangères jusque dans le torrent de la circulation. — Du rôle des veines et des vaisseaux lym- phatiques dans l'absorption. — Notions préliminaires sur le mécanisme de cette fonction ; imbibition des tissus. — InsuHîsance des anciennes théories pour l'explication du mécanisme de l'absorption. — Découverte des phénomènes d'en- dosmose. § 1. — L'absorption, c'est-à-dire rintroduction des matières i''''^"^^'' (le l'absorption étrangères jusque dans la profondeur de l'organisme et leur chez tous mélange avec les fluides nourriciers, est un phénomène qui s'observe chez tous les êtres vivants, et qui est rendu mani- feste par une multitude de faits dont la connaissance est banale. Je ne m'arrêterai donc pas longtemps à donner ici des preuves de l'existence de cette faculté, soit chez l'Homme, soit chez les Animaux inférieurs; mais afin de ne pas laisser sans démons- tration un fait de cette importance, je citerai quelques expé- riences qui le rendent évident. V. 1 il9l P ^, les .\niiiiaux. 2 ABSORPTION. Si nous plongeons dans de l'eau le eorps d'un Colimaeon, en maintenant la tête de l'Animal au-dessus de la surface du li([uide, ou eu lui fermant la bouche de laçon à rendre toute déglulition impossible, nous le verrons se gonfler peu à peu et souvent doubler de volume dans l'espace de quelques heures. En pratiquant la même expérience sur une Grenouille réduite à un étal d'émaciation par une abstinence prolongée, il nous sera également facile de constater dans le poids du corps une grande augmentation déterminée par le seul fait du contact de l'eau avec la surface extérieure de la peau (1). Il en faut conclure que la Grenouille, de même que le Colimaçon, a absorbé, c'est- à-dire fait pénétrer une certaine quantité de ce liquide dans l'intérieur de son organisme, et que cette introduction s'est effectuée par la surface générale du corps (2). . Si nous injectons de l'eau dans l'estomac d'un Chien, et si (1) Des faits de ce genre ont (îté constatés par Treviranus et plusieurs autres physiologistes (a). Ainsi, dans les expériences de William Edwards, nous voyons des Grenouilles dont Je corps ne pesait qu'environ 33 gram- mes , augmenter en poids de plus de 10 grammes, par suite de l'immersion de leur corps dans Teau et sans que ce liquide ait pu pénétrer dans les voies digestives (6). INous aurons à revenir sur ces expériences lorsque nous étudierons d'une manière spé- ciale l'absorption cutanée. (2) Des expériences de ce genre ont été faites sur les Colimaçons et les Li- maces par Spallanzani et par Nasse (c). J'ai souvent eu l'occasion d'observer ce gonflement lorsque je déterminais l'asphyxie, soit des Gastéropodes dont je viens de parler, soit des Doris, des Pleurobranclies et de beaucoup de Mollusques acéphales que je destinais à des recherches anatomiques. J'ajou- terai que des faits analogues ont été constatés chez différents Vers intesti- naux, tels que les Ascarides (d), les Distomes (e) et les Échinorhynques (/"), mais sont surtout remarquables chez les Rotifères et les 'l'ardigradcs qui (a) Voyez : Treviranus, Biolo/jie, t. IV, p. 289. — Bluff, Dissert, de absorptione cutis, p. 22 (d'après Bui'dacli, Traité de physiologie, t. IX, p. 15). (b) W. Edwards, De l'influence des agents pliysiques sur la vie, 182i, \>. 596, (c) Spallanziini, Mémoires sur la respiration, p. ■137. — Nass(!, Untersuchungen z-tir Physiologie und Pathologie, t. I, ji. i82. (d) Cloqucl, Anatoinie des Vers intestinaux, p. 33. (e) Melilis, Obscrvationes anatomicœ de Distomate, p. It (/■J PiiiJolplii, Physiologie, t. II, 2' partie, p. 200. CONSIDKlSATlOiNS GÉNÉRALES. 3. jioiis lions les deux orifioes de celte poche membraneuse de façon à empêcher le liquide de remonter dans la bouche ou de passer dans l'intestin, et si au bout de quelques heures nous tuons l'Animal pour en faire l'autopsie, nous trouverons (pie l'eau n'est pas restée emprisonnée dans son estomac, mais a été absorbée en grande partie, ou même en totalité (1). Des expé- ont été mis dans un état de mort ap- parente par la dessiccation , et qui se trouvent ensuite en contact avecde l'eau (fl). (1) MM.TiedemannetGmclinontfait une série intéressante d'expériences sur l'absorption d'un grand nonilire de matières dilïérentes par la surface des voies digeslives. Ils ont vu que chez le Chien et le Cheval diverses substances odorantes , telles que le camphre, le musc, Talcool, l'essence de térébenthine, l'ail et l'asa fœtida, introduites dans l'estomac , peuvent être reconnues jusque dans la moitié inférieure de l'intestin grêle, ou même jusque dans le caecum, mais dispa- raissent peu à peu à mesure qu'elles avancent dans cette portion du tube digestif. Les matières colorantes dont ils firent usage de la même manière traversèrent en partie l'intestin dans toute sa longueur , de façon à être évacuées au dehors en quantité plus ou moins considérable, mais furent aussi en partie absorbées. II en fut de même pour diverses matières salines, telles que le prussiale de potasse (ou cyano- fcrrure de potassium), le sulfate de po- tasse, l'hydrochlorale de fer, etc. {h). Goodwyn, Schliipfer, ,Mayer et Go- hier, avaient vu précédemment que de l'eau peut être injectée en quantité considérable clans les voies respira- toires, et disparaît des poumons avec une grande promptitude (c). On cite aussi, comme preuve de l'absorption des liquides par la surface des cellules pulmonaires chez l'Homme, un acci- dent qui s'est présenté dans le service chirurgical de Desault, à l'Hôtel-Dieu de Paris. Une sonde œsophagienne ayant été introduite par erreur dans la trachée , on injecta dans les voies aériennes un bouillon que le chirur- gien croyait pousser dans l'estomac du malade, et il n'en résulta aucun accident grave ; l'ait qui ne peut s'ex- pliquer qu'en admettant que le liquide avait été promptement absorbé (d). (dj Spallanzani, Observ. et expér. sur quelques Animaux surprenants que l'observateur peut à son gré faire passer de la mort à la vie {Opuscules de physique animale et végétale, t. II, p. 29'J). — Doyôre, Mém. sur les Tardigrades {Ann. des sciences nat., 2° sério, 18i2, t. XVI]I, p. 5). (b) Ticdemann et Gmelin, Recherches siir la route que prennent diverses substancespour passer de l'estomac et du canal intestinal dans le sang, etc., trad. par Hcllcr, p. 51 cl siiiv. (c) Goodwyn, The Connexion of Life with Respiration, 1789 ((rad. fi-aiiç,. par Halle, p. IC). — Scliliipfer, Dissert, sistens expérimenta de effectu liquidorum quorumdam mcdicamenlo- sorum ad vias aeriferas applicalorum in corpus animale. Tubingen, 1816. — Gohier, Mémoires el observations sur la chirurgie et la médecine vétérinaire, t. II, p. 41 9). — Mayer, Ueber das Einsaugungsrcrmôgen der Venen des grossen und kleinen Krcislauf-r Systems (Meckcl's Deutsches Archiv filr die Phgsiologic, 1817, t. III, p. 493 ut siiiv.). ((/) Desaiili, Œuvres chirurgicales, par Bicliat, t. II, p. 200. il ABSORPTION. riences analogues faites sur les autres cavités naturelles de l'or- -ganisme, l'intérieur du sac péritonéal ou de la plèvre, par exemple, donneront des résultats semblables : l'eau disparaîtra plus ou moins rapidement(i) ; et si, au lieu d'employer de l'eau, nous faisons usage de certaines matières qui peuvent être iden- tifiées avec le milieu des substances constitutives de l'organisme, il nous sera également facile de constater que l'absorption a [H)ur effet de porter ces matières étrangères jusque dans l'intérieur de l'appareil irrigatoire. Ainsi, nous savons, par l'observation journalière, que cer- taines substances qui ont été introduites dans notre estomac avec nos aliments sont promptement expulsées au deliors par les voies urinaires. D'autre part, des expériences dont je rendrai compte ailleurs prouvent que les produits ordinaires de la sécrétion rénale sont fournis par le sang, et l'anatomic nous apprend qu'il n'existe ni dans le corps humain, ni dans celui des Animaux , aucune communication directe entre la cavité digestive et l'appareil urinaire. Par conséquent, les ma- tières dont je viens de parler, pour passer du canal alimentaire dans l'appareil rénal, ont dû être absorbées dans le premier de ces organes, et transportées dans le second par le torrent de la circulation. Une autre expérience très intéressante, sur laquelle j'aurai à revenir dans une des prochaines Leçons, rend saisissables par la vue les effets de cette absorption. Quand on mêle aux aliments certaines substances colorantes, telles que la garance, ces matières sont absorbées, et leur présence dans les parties les plus profondes de l'organisme est décelée par un phéno- (1) La rapidité avec laquelle les sorplion très puissant. La même re- épanclienients pleurétiques disparais- marque est applicable aux accuinula- scnt dans quelques cas, suflirait pour lions de sérosité dans le tissu aréolaire établir que chez l'Homme la plèvre sous-cutané et dans beaucoup d'autres peut être le siège d'un travail d'ab- parties du corps. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 5 mène fort remarquable : la teinture des os, dont le tissu se colore en rouge (1). Les effels toxiques qui dépendent de l'action toute locale d'un grand nombre de poisons sur le cerveau ou sur d'autres parties du système nerveux, et qui se manifestent à la suite de l'application de ces substances sur la surflicc de la membrane buccale, sur la conjonctive ou sur la peau dépouillée de son épidémie, ainsi que de leur introduction dans l'estomac, dans la cavité tboracique ou dans les aréoles du tissu conjonctif sous- cutané, peuvent être invoqués également comme des preuves de l'absorption de ces matières vénéneuses, et leur transport rapide d'une partie quelconque de l'organisme jusque dans le (1) En parlaiil de la ciiciilalioii la- ciinaiie chez les Insecles, j'ai déjà eu l'ocrasion de citer des expériences diins lesquelles des matières tincto- riales introduites dans l'estomac ont manifesté leur présence dans le sang par la coloration, soit de ce liquide lui-même, soit de certains organes qui y baignent [a], La coloration des os en rouge par suite du mélange de la garance avec les aliments est aussi un phénomène de teinture dû à la présence de cette matière colorante dans le sang et à sa fixation par les sels calcaires. Je reviendrai ailleurs sur ce sujet, et je me boincrai à indi- quer ici les principales sources où il faudrait puiser pour obtenir plus de renseignements sur ce phénomène intéressant (6). (a) Vojcz toino III, pa^c 231. (b) Mizaldi (ou Mizaml), Memovab'diwn, sive arcanorum omnis generis centuriœ, 1572, p. ICI. — lîelcliior, An Account of [loues of Animais bLiiuj changea ta a red Colour by Aliment alone {Philos. Traus., d"3l!, l. XXXIX, p. 287 et 299). — liiilianiel, Sur une racine qui a la faculté de teindre eu rouge les os des Animaux vivants (Mém. de l'Acad. des sciences, 1739, p. I]. — Dazaiuis, De coloratis animaliiim qnorumdnm vivorum ossibus {Commentarii Inslil. Bolo- (jnensis, 174."), i. Il, pais i, p. I2'J, el lie ossiiim colorandovuni artifwio per radicem rubice [Ibid., I. II, pais II, p. 12i). — J. Hunier, Expériences et observations snr le développement des os {Œuvres, t. IV, p. 409). — lUillierforil, cite jmi' Blake {Ulssert. inanyur. de dentium formalione, 1798), d'api-ès Gibson {Op. cit., p. 154). — Gibson, Observations on Ihe Effects of Maddcr on the Boues of Animais {Memuirs of the I.iter. and ['hilosoph. Soc. a f Manchester, 18U5, 2" série, I. I, p. 14ii). -- l'iourcns, Recherches sur le dévelopfcment des os {Archives du Muséum d'hist. nat., t. II, p. 315 cl suiv.). — Fagcl, De l'influence de la garance dans l'élude du développement des os {Galette médicale de Paris, 18-40, p. 204). — Serres et Dovèi'c, E.rposé de quelques faits relatifs à la coloration des os chez, les Animaux sbuni'is au régime de la garance {Ann. des sciences nat., 2° série, 1842, t. XVll, p. 153 et suiv.). — Brullie el Hui;iicny, Expériences sur le développement des os dans les Mammifères et les Oiseaux, faites au 'uioyen de l'alinientniion de la garance (.4h?!. des sciences nat., 3* série, 1845, I, IV, p. 283). 6 ABSOHPTION. point où leur présence détermine les symptômes caractéristi- ques de leur action ne peut s'expliquer qu'en admettant qu'elles ont pénétré dans le torrent de la circulation. Mais, pour mieux établir cette conclusion, je citerai d'autres ùits qui sont plus probants. Lorsqu'on introduit dans l'estomac d'un Chien de l'eau tenant en dissolution certains sels métalliques qui normale- ment n'existent pas dans l'organisme, et qu'au bout d'un temps convenable on examine chimiquement le sang de l'Animal, on y retrouve ces matières étrangères (1). Ainsi le prussiate de potasse (ou le ferrocyanure de potassium, pour enq)loyer ici le nom adopté aujourd'hui) , ingéré dans la cavité digestive ou dans les voies respiratoires, ne tarde pas à pénétrer dans le sang et à être ensuite expulsé de ce liquide par la sécrétion rénale: de sorte qu'en versant un sel de fer soit dans le sérum, soit dans l'urine, on obtient un précipité de bleu de Prusse (2). 11 me serait facile de multiplier beaucoup ici les faits du (1) Ce fait paraît avoir été constaté à 0,860 (6). Il est vrai que la saignée expénmenlaleuient, vers le milieu du est en elle-nièine luie cause d'appau- siècle dernier, par Kaau-Boerliaave , vrissemenl du sang (c) ; mais la grande neveu du célèbre médecin de ce augmen talion dans la quantité d'eau dernier nom («). observée dans ce cas ne pouvait s'ex- On peut constater aussi Tinlro- pliquer de la sorte seulement, et dé- duction de l'eau dans le sang à la vait dépendre en grande partie de suite de l'absorption de ce liquide par l'absorption des boissons. la surface gastrique. Ainsi, dans une (2) En 1817, Mayer a constaté que du expérience citée par Bérard, un Bœuf cyanoferrure de potassium dissousdans qui avait été privé de boissons peu- l'eau, de même que divers autres dant vingt-quatre heures, fut saigné sels, injecté dans les cellules aérifères avant et après qu'on l'eut fait boire, du poumon, se retrouve très prompte- et l'on trouva que la proportion d'eau ment dans le sang, et se montre dans contenue dans le sang, qui était de l'oreillette gauche du cœur avant que 0,775 avant l'injection du liquide dans d'être arrivé dans l'oreillette droite, l'estomac, s'était élevée bientôt après il a reconnu aussi la présence de ce (a) Kaaii-Bocrliaavc, Pcrspivalio dicta lUppocrati per unwerstim corpus analomicc illustrata, 4738, g 400, |>. 202. (6) bôriml, Cnws de physioloyie, t. II, p. 505. (c) Ynvi'/ ci-ilessiis, luni'' I, \r,\'^c 249, CONSIDÉUATIONS GÉNÉRALES. 7 même ordre, mais ceux que je viens de citer prouvent suffi- samment que les Animaux possèdent In faculté d'absorber les liquides en contact avec les organes et de verser ces matières étrangères dans le torrent sanguin en circulation dans leur corps (1). sel clans le sérum du sang, quand il en avait introduit une certaine quan- tité dans l'estomac (a). Quelques années après, J\1M. Tie- demann et Gmelin ont reconnu dans le sang des Animaux soumis à leurs expériences l'odeur du camphre et du musc qui avaient été introduils dans les voies digestives. Ils y ont constaté aussi la présence du cyano- ferrure de potassium, du sulfate de potasse, d'un sel de plomb, etc., qui avaient été absorbés de la même ma- nière (6). Une mullitude de faits du même ordre ont été constatés par plusieurs autres expérimentateurs , tels que Lebkiichner , Westrumb , Lawrence et Goaies, les membres de la Société médicale de Philadelpliie , Orlila , MM. Panizza et Kramer , Clia- tin , etc. (c). Le passage du cyanoferrure de po- tassium de l'extérieur jusque dans le sang par la voie de l'absorption cu- tanée a été constaté aussi chez les Animaux inférieurs, par les expérien- ces de Jacobson sur les Colimaçons ((i). (1) Il arrive souvent que les ma- tières étrangères dont l'absorption n'est pas très rapide ne se reconnais- sent pas dans le sang , bien qu'on les retrouve dans les urines, dans le foie ou dans d'autres parties de l'écono- mie , et quelques auteurs ont été con- duits de la sorte à supposer qu'il existe des voies de transport pour les substances absorbées, indépendantes de l'appareil circulatoire (e) ; mais cela tient en général à ce que les (a) Mayer, Op. cit. (MecUcrs Dcutschcs Archiv, t. III, p. 49G). {b} Tiedemaiin et Gmelin, Op. cit., p. 05. (c) Lebkùciiner, Dlssertalioii inaugurale sur la permcabilité des tissus vivants. Tiibingeii, 1819 {Arch. gén. de méd., 1'° série, 1825, t. VII, p. 424). — Cantu, Sur la présence de l'iode dans le sang {Journ. de chim. méd., 1820, t. II, p. 291). — Westrumb, Physiol. Untersnch. ûbcr die Einsaugungskraft. der Yenen ; — ut E.epcriences sur l'absorption cutanée (Arch. gén. de méd., 1829, t. XXI, p. 113). — Ëxperiments on Absorption bg ihe Comniittee of the Acad. of Philadelphia (London Med. and Phys. Journ., 1832, t. XL Vit, p. 275). — ■ Lawrence et Coates, Account of some furlher Experiments to détermine the absorbing Power ofthe Yeins and Lymphatics (Philadelphia Journal, 1823, n" 10). — Panizza, Dell'assorbimento venoso [Mem. dell'lstit. Lombarde, t. I, p. 109). — A. de Kramer, liicerche per discopriere nel sangue, neW urina ed in varie altre secrezioni animali le combinazioni minerali amministrale per bocce (Memorie detl'Istitulo Lombarde, Milano, 1843, t. I, p. 115). — Franchini, liicerche tisiologiche inlorno ali assorbimcnto. Bologna, 1823, p. 2 et suiv. — Orfila, Mém. sur l' empoisonnement (Mém. de VAcad. de médecine, t. VIII, p. 375). — Chatin, Sur les fonctions des vaisseaux chylifères et des veines (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1844, t. XVIII, p. 379). (d) Voyez Oersieil , Ovcrsigt over Selskabets Forhandlinger og dels Medlemmcrs Arbeider fra 1824 til 1827 (Mém. de i.icad. danoise, 1828, t. III, p. xix). (e) Danger et Flandin, De la localisation des poisons (Revue scientifique cl induslricUc, 1841). — Orlila, ?lém. sîo- l'empoisonnement (Mém. de l'Acad. de médecine, 1. VllI, p. 521 , 540, etc.). absorbants. 5 ABSOUPTION. Opinions §2. — L'existence de cette propriété pliysiologiquc était des anciens 1 1 ^ c • i ' piiysioiosisies coniiue longtem|)S avant que 1 on eut tait aucune des expe- rclativcs . i • • i > i i i ' aux vaisseaux ricnccs dout jc Viens d arguer; et lorsque les découvertes d'Aselli, de Pecquet et de leurs émules nous eurent appris que des produits de la digestion passent de l'intestin dans les vais- seaux lymphatiquesdu mésentère, puis dans le canal thoracique, pour être ensuite versés dans les veines, et que des vaisseaux du même ordre naissent dans toutes les parties du corps pour aller se terminer de la même manière (1), on fut conduit à penser que tout ce système de canaux centripètes devait être affecté à des usages analogues, et constituer les voies par les- quelles les matières élrangères à l'organisme, quelle qu'en fût la nature, avaient à passer pour aller gagner le torrent circula- toire et s'y mêler au sang. Les recherches des frères Hunter et de Monro contribuèrent plus que toutes les autres à faire prévaloir cette opinion (2), et vers la fin du siècle dernier elle paraissait si bien établie, que la [ilupart des physiologistes ne désignèrent plus l'ensemble des vaisseaux lymphatiques et chylifères que sous le nom de STjstème absorbant. matiôres absoiijées sont climiuécs du même sujet. La question de priorité saii^ à mesure qu'elles arrivent dans relative à cette prcHendue découverte ce liquide, et |)ar conséquent ne s'y donna lieu à des discussions fort vives, accumnlcnl pas en quantité siiflisantc etdont le ton était peu digne d'iiomnies pour C'tie reconnaissables par l'emploi aussi honorables (a). Du reste, le pre- dcs réactil's mis en usage. mier auteur qui ait soutenu l'opinion (1) VoyezlomclV,page/iû7 et suiv. d'après laquelle l'absorption aurait (?) Les vues de Hunier à ce sujet lieu exclusivement par les vaisseaux fuient d'abord rendues publiques par lymphatiques paraît être le célèbre les leçons orales de ce professeur, et, Frédéric Hoffmann, qui vivait près peu de temps après, Monro fil pa- d'un siècle avant {b). raîtie à l'.i'rlin une diss.ertalion sur le («) Al. Monro, jun., De veiils hjinjilialiiis vatnilosis, el de eariim in primis origine. lierlin, 17(H. — Ohseiv. auat. and phjjswL, v'.c. — \V. Huilier, Hedical Cnniiiicnlarirs, pari 1, ronlainintj a pluin and direct answer lo Prof. Monro jun., ilDi. — NOvez iiiissi II ce >iijct : lioslocli, .\n Llcinenl inj Sustem (if l'Iiysiolorm, t. II. p. ,'ij8. {bj Hi lïmanii, Medicina ralionnlis srj\lenwtica, lib. I, sect. n, cap. W, 17:10. ROLE DES VEINES. 9 Il pst en offel bien démontré que les lymphatiques sont des P'cuvcs * t i 1 jg l'absorption vaisseaux qui absorbent et qui versent dans l'appareil circula- par ' les veines. toire les matières dont ils se sont chargés ; mais le nom de vaisseaux absorbants ne leur convient pas, car les expériences de Magendie sont venues montrer qu'ils ne jouissent pas seuls de la l\icultéde pomper en quelque sorte les fluides qui baignent la surface des organes vivants, ou qui sont déposés dans la profondeur de ceux-ci ; que ces conduits ne sont pas des organes absorbants par excellence, et que les veines peuvent, sans leur aide, s'emparer des mômes substances et les mêler au sang en mouvement dans l'économie (1). Magendie obtint ce résultat important en faisant des recher- ches sur une de ces sid)stances vénéneuses dont diverses peu- plades sauvages se servent pour empoisonner la pointe de leurs flèches, Vvpas lieuté, qui doit sa puissance à la strychnine. Lorsqu'un peu de ce poison est déposé sous la peau de la patte d'un Animal vivant ou dans toute autre partie du corps, il est promplenieiit absorbé; après avoir été mêlé de la sorte au sang et avoir été transporté par le torrent circulatoire dans toutes (l) Ces recliorclios expérimcnlales datent de 1809. Elles furent d'abord publiées à part, pnis reproduites dans le journal de pliysioloyie expérinien- tale de \iag;en(lic {a). Peu d'années après (eu IStl), Everard Home, sans connaître les ré- sultais déjà obtenus par Magendie, a clierclié aussi à élablir que les fluides absorbés par resloniac arrivent dans le sang sans avoir passé dans les vaisseaux lymphnliqurs. Il lia le canal thoraci- que, et introduisit dans l'estomac des Animaux soumis à ses expériences une infusion de rliubarbe ; bientôt après, la présence de cette substance pouvait être constatée dans l'urine an moyen de la réaction déterminée par la potasse [b]. Dans nn premier tra- vail , Home avait supposé que le passage entre l'estomac et l'appareil nrinaire était direet; mais, dans le mémoire que je viens de citer, il aban- donna celte opinion erronée. {a) Mn^cndie, Mémoire sur les organes de l'absorption cha les Mammifères, 1809 {Journal de physiolofiie, li^21, t. I, p. 18). (6) Home, Exiieriincnls to proie that Flnids pass direclhj from the Stomach lo thc Circulation of the Blood, and from thence into the Cells of the Spleen, the Gall Bladder and urinary Bladder, uitho^it going through the thoracic Duct {i'Iiilos. Trans., tSH, p. tiratoire, j'ai dit que Priestley avait constaté que rinterposiUon d'une membrane organique entre l'oxygène et le sang n'empêche (1) Voyez tome IV, page 392 et suivantes. 2/l ABSOUPTIO.N. pas le gaz de pénélrer dans ce liquide et d'en aviver la cou- leur (1). Or le même résultat est obtenu quand le sang, au lieu d'être placé dans un vase de verre recouvert d'un morceau de vessie, se trouve renfermé dans les vaisseaux qui lui sont propres. Ainsi, prenons sur une Grenouille vivante le poumon gorgé de sang, et après avoir placé une ligature autour de la base de cet organe pour y emprisonner ce liquide, séparons-le du resie du corps et suspendons-le alternalivement dans de l'oxygène et dans du gaz acide carbonique : dans le premier cas, nous verrons le sang prendre une teinte vermeille, et dans le second il ne tardera pas à présenter un ton rouge rabattu de noir; cliangemenis qui dépendent, comme nous le savons, de l'action dilTérenle de ces deux fluides sur les globules liéma- tiques. I,es gaz, en contact avec la surface extérieure de ce poumon privé de vie, ont par conséquent traversé le tissu des membranes dans l'épaisseur duquel serpentent les vaisseaux où le sang est lenfermé, et ont été se mêler à ce liquide, comme dans les phénomènes d'absorption dont les êtres vivants sont le siège. Un résultat tout semblable s'oblient quand, au lieu d'em- ployer des gaz, on se sert d'eau tenant en dissolution des matières salines dont la présence est facile à constater au moyen de (iuelfjues réactifs chimiques. Ainsi, prenons le poumon d'un Lapin et laissons- le Iremper dans une dissolution de chromate de plomb, ou bien introduisons cette dissolution saline dans les voies aériennes; juiis, a[)rès avoir attendu un certain temps poui' permeltre à l'imbibilion de s'effectuer, injectons dans l'ar- tère pulmonaire une dissolution d'acétate de plomb ; nous ver- rons aussitôt se former dans l'intérieur des vaisseaux sanguins un précipité jaune de chromate de plomb, indice certain du passage du chromate de potasse de l'extérieur dans l'intérieur de ces mêmes vaisseaux. (1) Voyez tome I, page /|00. PERMÉABILITÉ DES TISSIS. 25 Les expériences «le ce genre peuvent elre varices de mille manières, et elles montrent toujours que sur le cadavre les fluides peuvent pénétrer de l'extérieur jusque dans l'intérieur de l'appareil de la circulation ; que, par conséquent, le premier acte de l'absorption peut s'effectuer sans l'intervention de la puissance vitale, et que ce résultat est une conséquence de la perméabilité des tissus organiques (1). Pour établir ce fait, on pourrait même se contenter des observations cadavériques qui sont fournies journellement i>ar les autopsies; et d'ailleurs tous les physiologistes admettent depuis fort longtemps, qn'après la mort les tissus organiques sont perméables aux liquides : mais on devait se demander si pendant la vie les choses se passent de la môme manière. Au i)remier abord, la rci)onse à cette question semblait rc'm^^.iii.c \^ devoir être négative. Effectivement, sur le cadavre, la bile ^i^^'-^ ^î^m.. transsude de la vésicule du fiel dans les parties voisines et teint (I) Magendic, qui fui le premier à bien nietlie en lumière le rôle de rimbiiîilion diins le mécanisme de Tabsorplioii , employa souvent une expérience pou dillerente de celle décrile ci-dessus. 11 prenait le cœur d'un Chien mort depuis la veille, et poussaitdans les artères de l'eau liède ; un courant s'établissait ainsi dans les vaisseaux snnguins de ce \i.scère et s'en échappait par l'oreillclle droite. On injectait alors dans le péricarde une cerlaine quanlilé d'eau légèrement acidulée, el, au bout de quelques mi- nutes, il devenait facile de conslater des signes d'acidité dans l'eau qui s'échappait des veines du cœur {a]. On peut conslater aussi la pénétration des liquides acides de l'e-xlérieur dans l'intérieur d'une veine, en disposant en l'orme d'anse un de ces vaisseaux préalablement isolé, en plongeant sa partie intérieure dans un bain acidulé et en y faisant passer un courant d'eau fournie jiar un tlacon - fontaine en communication avec une de ses extré- mités ; l'eau qui sort du conduit ainsi disposé ne tarde pas à donner des signes d'acidité, comme il est facile de s'en assurer à l'aide de la teinture de lournesol. Celle expérience, faite d'abord par Magendie, a été répétée par un grand nombre d'autres phy- siologistes (6). (a) Magendie, Mémoire sur le mécanisme de l'absorption ch,e% les Animaux à sang rouge et chaud {Journal de physiologie, 1821, t. I, y. 12). (b) Idem, ibid., p. 8. — Foderà, Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalalion, 1824, p. 9. 26 ABSORPTION. en jaune toutes ces parties, tandis que chez le vivant on n'aperçoit en général rien de semblable; et dans diverses expé- riences où des matières colorantes, telles que de l'encre, ont été introduites dans la cavité abdominale d'un Animal vivant, on a vu que les tissus situés à une petite distance de la surface en contact avec ce liquide avaient conservé leur aspect nor- mal (1). Cependant on pourrait ^xpli(;iuer ces laits d'une autre manière, et croire que si les liquides en question ne s'intillraient pas au loin dans les organes vivants comme dans les tissus morts, cela dépendait non pas d'un défaut de perméabilité dans les premiers, mais de ce que les matières qui y pénètrent, ren- contrant sur leur passage une Ibule de courants rapides formés par le sang en circulation, avaient été entraînées au loin, avant de pouvoir gagner la rive opposée de ces torrents et d'y être imbibées par les tissus sous-jacents. C'est de la sorte que Magendie se rendait compte des différences dans les effets produits par le contact des matières tinctoriales avec les tissus perméables de l'économie après la mort et durant la vie, et une multitude de faits tendent à prouver qu'il avait raison. perniéabiiiié Alusl, cc physiologlstc ayant mis à découvert la veine jugu- (itrSs. l^ire externe d'un jeune Cbien , et s'étant assuré que dans la partie observée ce vaisseau ne recevait aucune brandie, le sépara des tissus adjacents, et l'isola en plaçant entre ceux-ci et sa face externe une carte (ou mieux encore une lame de ploml)) ; puis il apjiliqua sur la veine dénudée de la sorte une certaine quantité d'extrait de noix vomique. Il avait détruit toutes les (1) Dans quelques cas, Magendie a d'un jeune Chien (ou mieux encore vu que, même chez les Animaux vi- d'un Lapin ou d'un Cochon d'Inde), il vants, les membranes se pénéuaient a trouvé qu'en moins d'une heure, la des matières colorantes avec lesquelles plèvre, le cœur, et même les muscles elles se trouvaient en contact. Ainsi, intercostaux, peuvent se colorer en en injectant de l'encre dans la plèvre noir (a). (û) Magendie, Mém. sur lemécanisme de l'absorption {Jonrnalde physiologie, iB'ii,t.ï,f A3), PERMÉABILITÉ DES TlSSliS. 27 connexions qui existaient entre la portion du vaisseau dont les parois étaient en contact avec ce poison et les parties voisines; mais le sang coulait, comme d'ordinaire, dans l'intérieur de la veine, et par conséquent si la noix vomi(|ue pouvait pénétrer à travers le tissu des parois de ce vaisseau, cette substance devait être absorbée, et donner lieu aux symptômes caractéristiques de l'empoisonnement par la strychnine. Or, c'est là effectivement ce qui eut lieu, et il fallait nécessairement en conclure que les parois de la veine s'étaient laissé pénétrer par le poison (1). Dans une expérience faite , il y a plus de trente ans, par Foderà, une solution de cyanoferrure de potassium fut introduite dans la cavité de la plèvre, et une solution de sultate de fer dans l'abdomen d'un Lapin. Au bout de trois quarts d'heure, l'Animal fut tué, et l'on trouva le diaphragme qui sépare ces deux cavités coloré en bleu, ainsi que toutes les parties voisines, et à l'aide de la loupe on pouvait se convaincre de l'existence du précipité de bleu de Prusse jusque dans l'intérieur de beaucoup de veinules qui se trouvaient au milieu des parties teintes de la sorte (2). Dans d'autres expériences, toutes les communications entre (1) En répétant celle expérience sur un Chien adulte, l'absorption de la noix vomiquc par les parois de la veine était encore bien manifeste ; mais les effets produits étaient moins intenses , ce qui s'explique par l'é- paisseur plus considérable des tuniquis du vaisseau sanguin. RIagendie obtint des résultats sem- blables en appliquant la noix vomique sur la surface externe de l'artère caro- tide chez un Lapin, et, après la mort de l'Animal, il reconnut au goût amer du sang que le poison se retrouvait dans l'intérieur de ce vaisseau. U est d'ail- leurs bien entendu qu'il avait pris toutes les précautions nécessaires pour s'assurer que ni les veines, ni l'artère sur lesquelles il expérimentait n'of- fraient, ni solution de continuité, ni vaisseaux lymphatiques accolés à leurs parois (a). (2) Nous reviendrons ailleurs sur les conditions dans lesquelles Foderà a vu cette imbibition s'effectuer avec le plus de rapidité (6). (a) Magendie, Op. cit. {Journal de physiologie, 1821, t. I, p. 10), (b) Foderà, Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalation, p. 24, l'cniiL';ibili(c' di's parois lies lun|ilinlifiiies. 28 ABSORPTION. une anse d'inîesliii et le res(e de l'organisme ont élé iiiler- ronipues à l'aide de ligatures, et cependant les poisons ouïes réactifs chimiques introduits dans cette portion du canal diges- tif ont été absorbés et se sont mêlés au sang en circulation dans les parties voisines (1) ; par conséquent, ces substances étran- gères ont dû traverser les tissus vivants des tuniques intesti- nales, et c'est par un phénomène d'imbibition seulement qu'on jieut expliquer ce passage. § G. — Les recherches dont je viens de rendre compte, et d'au- tres expériences qu'il serait trop long de décrire ici, nous mon- trent que tous les tissus constitutifs de l'organisme sont plus ou moins perméables et s'imbibent des liiiuidesqui se trouvent en contact avec leur surtace. Sous ce rapport, les paroisdes vaisseaux lymphatiques ne diffèrent pas des tuniques des veines, et par conséquent tout ce que je viens de dire relativement au méca- nisme de l'introduction des iluides dans ces derniers vaisseaux est applicable aux premiers. ïMais nous avons vu (jue le sang circule dans les uns avec une grande rapidité, tandis que la (1) Je pourrais ciler égalenionl ici une expérience que je fis il y a loil longlenips, pour nionlrer à la fois la pos.sibilili' de la liansniission crnn poison par inibibition seiiienienl (Fune exiréniilé d(! Porganisnic à l'antie, et lu grande influence que le lorront cir- culatoire exerce d'ordinaire sur le temps nécessaire pour edectuer la ré- |)artiliôn des matières absorbées dans Tensemble de Téconomie. Le tborax d'une ilrenouille vivante ayant élé ouvert, une ligature fut passée autour du faisceau des gros vaisseaux san- guins auxquels le cœur est suspendu, puis de la strycbnine fut introduite dans le tissu conjonctif sous-culané de Tune des pattes postérieures. Les symptômes nerveux indicatifs de l'ac- lion de cette substance sur la moelle éj)inière ne se déclarèrent pas au bout de quelques minutes , comme cela aurait été le cas si Tanimal fût resté dans son élat normal, mais se mani- festèrent au bout d'une lièure environ. Or, la ligature jilacée autour du cœur avait complètement interronipu la circula lion, et avait rendu impossible l'envoi des liquides contenus soit dans le système veineux, soit dans le sys- tème lympbatique, des membres infé- rieurs vers le racliis,et par conséquent la progression lente de la strycbnine depuis l'exlrémilé de la patte jusque dans la moelle épinière devait s'être effectuée de proclie en proche et par imbibilion seulement. FORCE MOTRICE. 29 progression des liquides est lente dans les autres ; nous pou- vons donc comprendre que la part de ces deux ordres de con- duits doit être très inégale dans l'accomplissement du travail de l'absorption considéré dans son ensemble, et (pie, dans les circonstances ordinaires, l'absorption veineuse doit avoir le plus d'importance. Ce sera donc de ce dernici' pbénomène (pie je m'occuperai principalement en ce moment, me réservant de reprendre l'élude de l'action des lym[ihati(pies dans une autre occasion. § 7, — .l'ai Diit voir au commencement d(^ cette Leçon,' que causes , . 111 1 • • déleniiinanli s sur le vivant comme dans le cadavre, tous les tissus organiques ac sont plus ou moins perméables, et qu'à raison de celte propriété ' '"' "" ' physi(pie, ils n'opposent aucun obstacle invincible au passage des fluides de l'extérieur jusque dans l'intérieur des vaisseaux sanguins. Mais, pour quecemouvement s'accomplisse, il ne suftit pas qu'un cbemin praticable soit ouvert pour le passage de ces substances étrangères : il faut aussi (pi'une force motrice inter- vienne pour faire avancer les molécules (jui se présentent à l'entrée de ces voies et pour les faire pénétrer jusque dans le torrent circulatoire, qui ensuite les entraîne au loin et les dis- tribue dans toutes les parties de réconomie. Or jusqu'ici nous n'avons étudié que la route suivie par les matières étrangères qui s'introduisent ainsi dans l'organisme, et nous ne connais- sons pas encordes forces qui déterminent leur mouvement de dehors en dedans. 11 nous faut donc cberdier maintenant quelles peuvent être les causes de cette translation. En étudiant les phénomènes de iranssudation que les êtres vivants nous offrent, nous avons vu les conditions hvdrostati- ques influer beaucoup sur la rapidité avec laquelle les humeurs filtrent à travers les membranes animales (1), et il est facile de montrer que toute pression exercée par un fluide sur une des (1) Voyez tome IV, page /i02 et suivantes. 30 ABSORPTION. surfaces de celles-ci tend à accélérer le passage de ce corps à travers la substance poreuse de ces tissus perméables. Des expériences laites, il y a quelques années, par M. Liebig, et d'autres rechercbcs analogues dues à M. Cima, mettent très bien en évidence, non- seulement la possibilité de cette filtra- tion forcée sous l'influence de pressions médiocres, mais aussi la facilité variable que les divers tissus organiques offrent pour le passage des li(|uides en général, elles différences qui existent dans la grandeur des forces nécessaires i>our déter- miner ce passage à travers une même membrane, suivant la nature de la substance dont celle-ci s'imbibe (1). Les pbysio- (1) Dans ces oxpériences, M. Liebig fait usage (riiii sipiion dont la petite branche se termine par une portion élargie qu'il ferme à l'aide de la mem- brane dont il veut mesurer la per- méabilité, il introduit ensuite dans le tube !e liquide qui doit filtrer à travers cette cloison, et après l'avoir fait mon- ter dans la petite branche du siphon de manière à l'amener en contact avec la membrane, il verse du mercure dans la grande branche de l'inslrn- mcnt, de façon à exercer de bas en haut sur le liquide contenu dans la petite branche une pression plus ou moins considérable. Or, sous l'in- fluence de cette pression , le liquide emprisonné sous la membrane tra- verse celle-ci, et s'écoule au dehors avec une rapidité variable. Ainsi, en employant pour filtre un morceau de vessie de Bœuf d'un dixième de ligne d'épaisseur, M. Lie- big a vu l'eau transsuder sous une pression de l'2 pouces de mercure ; une solution concentrée de sel marin, pour passer de même, nécessitait une pression de 18 à 20 pouces. L'huile ne suintait que sous une pression de 3i pouces, et sous une pression de l\8 pouces de mercure l'alcool ne pas- sait pas encore. En employant de la même manière un morceau de péritoine d'un Bœuf, M. Liebig a trouvé que des ellets ana- logues étaient obtenus beaucoup plus facilement. Ainsi le suintement du li- quide se produisait sous l'influence d'une pression de : 8 il 10 pouces clc mercure avec l'eau, ■12 à 16 — ■ — avec la solution saline, 22 à 24 — — avec l'huile, 3G à 40 — — avec l'alcool. En employant une lame extrêmement mince du péritoine qui recou vrele foie, chez le Veau, ce chimiste a obtenu non-seulement dos résultats sembla- bles sous l'influence de pressions plus faibles, mais il vu que l'huile passait plus facilement que l'eau; particu- larité dont je donnerai l'explication dans la Leçon prochaine. Enfin M. Liebig a vu que cette fil- iralion forcée devient plus facile à mesure que l'expérience a duré plus longtemps; circonstance qui est im- FORCE MOTRICE. ol logistcs pouvaient donc prévoir que toute la pression exercée de dehors en dedans devait tendre à déterminer l'inlroduction des fluides en contact avec la surface des tissus perméables de l'économie ; et d'ailleurs les médecins avaient remarqué depuis longtemps que l'absorption de diverses substances médica- menteuses est beaucoup accélérée par des actions mécani(|ues de ce genre. Pour en donner la preuve, il suffît de rappeler le mode d'administration de certaines préparations mercurielles (jui, appliquées simplement sur la peau, ne pénètrent pas en quantités sensibles, mais qui , employées en frictions sur la même surface, s'introduisent rapidement dans l'organisme. Or clia(Hm sait que l'atmosphère exerce sur la surface exté- rieure des êtres vivants, comme sur tous les autres corps répandus sur la terre, une pression énorme; et la pratique nous apprend qu'en soustrayant à cette pression la portion de cette surface sur laquelle une substance vénéneuse a été déposée, on parvient souvent à empêcher celle-ci d'être absor- bée. C'est pour cette raison qu'il est utile de sucer les plaies empoisonnées , et qu'on obtient des effets encore meilleurs portante à noter pour la théorie de cerlains phénomènes d'endosmose, et qui s'explique d'ailleurs très bien par l'agrandissement des canaux capil- laires du tissu, qui a dû être déterminé par l'action dissolvante du liquide sur la substance de celui-ci (a). Les expériences de M. Cima ont montré aussi que la pression néces- saire pour faire filtrer les liquides au travers de diverses membranes était très différente. Elle était générale- ment d'environ un tiers moins grande quand il faisait usage d'un morceau de péritoine de Bœuf de 1/20'' de ligne d'épaisseur que lorsqu'il employait de la vessie de Bœuf épaisse de 1/10' de ligne. Avec le péritoine de Veau épais de 1/166' de ligne, la pression nécessaire pour déterminer la transsu- dation de l'eau était près de 1/180*' de fois moindre que celle employée pour produire le môme effet avec la vessie de Bœuf. Avec l'huile, la différence n'é- tait que dans la proportion de 1 à IG avec les mêmes membranes (6;. (a) Liebig, Recherches sur quelques-unes des causes du mouvement des liquides dans l'onja- nisme animal (Annales de chimie et de physique, ■1849, 3» série, t. XXV, p. 37 J et siiiv ) (6) Cima, Sali evapocaiione e la transudaiione dei liquidi attraverso le membrane anhnali {Mem. delV Accad. di Torino, 1853, 2= série, t. XIII, p. 279). 32 ABSORI'TION. par l'application d'une venlouse sur !n partio lésée (1). Il est vrai que dans les circonstances ordinaires, la pression atmos- phérique est balancée par l'élasticité de l'air contenu dans les cavités de l'organisme, ou par celle des parties constitulives de l'économie; mais en éludianl le mécanisme de la respiration inmience chcz l'Hommc et beaucoup d'Animaux, nous avons vu que le (.lo l'aspiration • i i . . -, , . , , ihuiaciqi.c. jeu de la pompe tnoracique determme a chaque mouvement d'in- spiration une diminution très notable dans la pression à laquelle sont soumises les parois des grosses veines contenues dans cetle cavité, et par conséquent aussi dans la pression supportée parle sang inclus dans ces vaisseaux. Il est donc évident (jue, dans la sphère d'action de la force aspirante développée de la (1) Cette pratique date de l'anti- quité la plus reculée. Les jongleurs de l'Egypte, appelés psylles, avaient l'ha- bitude de sucer les plaies produites parla morsure desSerpents venimeux, et Plutarque raconte qu'à raison de la fréquence des accidents de ce genre parmi les soldais de l'armée d'Afrique, commandée par Caton d'Ulique , ce chef attacha au service de son camp un certain nombre de ces cn^py- riques (a). Celse, qui exerçait la mé- decine à nome du temps de Tibère, recommande de la manière la plus formelle l'emploi de ventouses pour le traitement des plaies empoison- nées (6) ; Rcdi suivit son exemple, et Boerhaave parla a«ssi de ce pro- cédé curalif (c). Mais lorsque les doc- trines de l'école iatro - malhémali- cienne tombèreni on discrédit, on cessa de préconiser l'emploi de ce moyen mécanique, et l'on n'y revint que de nos jours. Orfila conseilla l'ap- plication d'une ventouse sur la plaie produite par la morsure d'un (-bien enragé. Enfin, D. Ban y nionUa, par un grand nombre d'expériences, qu'à l'aide de ce moyen, on pouvait retar- der beaucoup, ou même empêcher pendant très longtemps l'absorption des substances vénéneuses en con- tact avec la surface sur laquelle cet instrument était placé (d). L'exac- titude des faits annoncés par ce phy- siologiste fut reconnue par une com- mission chargée d'examiner son travail et par plusieurs autres expérimenta- teurs (e); mais il exagéra beaucoup les conséquences à tirer de ces faits. (a) Plutaii|iic, Vies des hommes illustres, IraJ. de Ricard, t. II, p. 2G2. (6) Aiirclius Cornélius Ccisiis, De re medica, lib. V, cap. i-T). (c) Rcdi, Observaliones de viperis {Ojnisnila, 1. Il, p. 155 cl siiiv.). ((/) Orlila, Traité des puisons, I. Il, p. 5!JS. , — D. Rany, Expérimental liesearches on thc Influence of Atmosphcric Pressure upon Ihc Progression ofthe IHood on the Veins, upon that Function calied Absorption, and upon thc pre vention ofthe Symptômes causcd hn the Itites of Paibid or venemous Animais, t826. {e) Adolon, Oïlila, Scgalas, Andral et Pariset, liapport fait à l'Académie de médecine {Examen de rapport, par Goiuirci, iii-8, Paris, 1826, p. 3 et suiv.)- FORCE MOTRICE. 33 sorte par les mouvements respiratoires, l'équilibre doit se trou- ver rompu entre la pression extérieure et la résistance inté- rieure, et que les li(iuides adjacents doivent être attirés vers le cœur, connue l'air du deliors est attiré dans les poumons. Un physiologiste distingué, dont j'ai déjà eu l'occasion de citer le nom, David Barry, a cru pouvoir attribuer à cette force mé- canique la faculté absorbante dont l'économie animale est douée (1). Mais tout en reconnaissant que la pression négative développée de la sorte peut avoir quelque influence sur la marche de ce phénomène, il est facile de voir que l'action aspirante du thorax ne saurait être la cause qui détermine l'entrée des matières absorbées du dehors dans le torrent de la circulation : d'abord parce que chez tous les Animaux l'absorp- hon s'effectue, et que chez la plupart il n'existe aucune pompe aspirante comparable à la chambre thoracique de l'Homme et des Mammifères ; et en second lieu parce que chez l'Homme lui- même, ainsi que chez les autres jMammifères, l'action aspirante de cette cavité dilatable ne fait sentir son influence qu'à peu de (1) Pour arriver à celle conclasion, Bany se fonda principalemenl : 1" sal- les expériences dont j'ai déjà parlé en traitant de l'action aspirante des mou- vements du thorax sur le sang vei- neux (a) ; 2" sur les expériences dans lesquelles il empêchait ou retardait l'absorption de matières toxiques dé- posées sur une surface absorbante, lorsqu'il appliquait sur celle-ci une ventouse de façon à y établir une suc- cion énergique (6). Mais pour admet- tre que la pression négative dévelop- pée dans la portion centrale de l'éco- nomie par la dilatation du thorax, se fasse sentir sur la partie périphérique du syslème circulatoire et y appelle les liquides du dehors, il faudrait que les parois des veines, au lieu d'être flasques , fussent assez rigides pour résister à la pression atmosphérique. Or nous avons vu que cela n'est pas. Quant à la cause de l'influence de la ventouse sur l'absorption des poi- sons ou autres substances en contact avec une surface saignante, il est facile de s'en rendre compte , puisque la succion exercée de la sorte détermine l'écoulement d'une quantité considé- rable de sang, et que ce sang entraîne au dehors la matière étrangère qui se trouve sur son passage. (a) Voyez tome IV, page 312 et suiv. (6) D. Barry, Mémoire sur l'absorption (Ann. des sciences nat., i" série, 1 826, t. VIII, p. 31 51, et Expérimental Researelies on the Influence of Almospheric Pressure, p. 94 et suiv. Influence du courant circulatoire. 3^ ABSORPTION. distance, ainsi (jne nous l'avons vu en étudiant les accidents produits par l'introduction de l'air dans les veines pendant les opérations chirurgicales (1). Du reste, il est facile de prouver expérimentalement que l'absorption n'est pas subordonnée au jeu de la pompe respiratoire. En effet, j'ai souvent eu l'occasion d'entretenir la vie, à l'aide de la respiration artificielle, chez des chiens dont le thorax avait été largement ouvert ; et bien que j'eusse soin de refouler l'air dans les poumons pour effec- tuer l'inspiration, et de comprimer ensuite ces organes pour en chasser ce fluide, j'ai plus d'une fois constaté que l'absorption d'un poison déposé dans des parties éloignées du corps ne s'en effectuait pas moins. Or, dans ces circonstances, l'action aspi- rante du thorax était abolie. § 8. — Plus récemment, un autre physiologiste anglais, M. Robinson, a cru pouvoir expliquer le mécanisme de l'ab- sorption physiologique en invoquant un principe bien connu d'hydrodynamique. Nous savons que les liquides en mouvement qui mouillent les parois des canaux dans lesquels ils coulent adhèrent plus ou moins fortement à la surface de ces parois, et sont retardés dans leur marche par cette adhérence , mais que ces attractions sont réciproques, et que par conséquent la couche externe de la veine fluide tend à déplacer et à entraîner avec elle les molécules de la gaine solide adjacente. ïl en résulte que si ces molécules étaient suffisamment mobiles, elles pour- raient être entraînées par le courant, et, dans certains cas, il s'établit de la sorte un appel qui fait pénétrer dans l'intérieur du tube contenant le lirpiide en mouvement les lluides adjacents qui peuvent y avoir accès. Ainsi, quand de l'eau s'échappe d'un réservoir avec une certaine vitesse en traversant un ajutage (\ylindrique d'un diamètre voulu, on voit que le courant déve- loj)pe une pression négative sur les parois de ce tuyau au (1) Voyez lome IV, page 315. FORCE MOTRICE. 35 moment où il y pénètre; et, pour le prouver, il suffit de faire communiquer dans ce point la surface de la veine lluide avec un tube recourbé dont l'extrémité inférieure plonge dans un liquide coloré, car on voit alors celui-ci monter dans le tube, et, si le courant est suffisamment rapide, être attiré jusque dans le canal occupé par celui-ci et entraîné au dehors par le jet qui s'échappe (1). M. Kobinson a pensé que les choses devaient se passer de la même manière dans toute l'étendue du système de tubes formé par les vaisseaux sanguins, et que par consé- quent l'appel résultant du mouvement circulatoire du sang devait être une force capable d'attirer dans l'intérieur de ces canaux les li(|uides qui occupent les passages capillaires creusés dans leurs parois. Il considère donc cet appel comme étant la force motrice dont dépend le pliénomène de l'absorption (2). (l) L'influence du courant sur l'état des liquides adjacents est mise aussi en évidence par une expérience de M. Kurscliner relative à la traiissuda- tion. Ayant plongé la partie inférieure d'une anse d'intestin dans un bain de sulfocyanure de potassium, et ayant fait arriver dans l'intérieur du tube en U ainsi constitué une dissolution de percblorure de fer, ce physiolo- giste remarqua que ce dernier sel traversait les parois de l'intestin, et se répandait dans le bain extérieur en beaucoup plus grande quantité quand le liquide intérieur était en repos que lorsqu'il était en mouvement , ,et qu'en imprimant à ce courant inté- rieur une certaine vitesse, on empê- chait presque complètement la trans- sudation (a). Or, cela ne pouvait dépendre que de l'appel produit du dehors en dedans par le courant qui occupait l'intérieur de l'intestin. (2) M. llobinson argue aussi d'ex- périences dans lesquelles un poison déposé dans une plaie faite à la patte d'un Animal vivant, où la circulation était suspendue, a pu y rester pendant fort longtemps sans donner lieu aux symptômes qui suivent toujours l'ab- sorption de la substance vénéneuse employée et son arrivée dans certaines parties de l'organisme (b). Mais ce fait prouve seulement que le transport des matières étrangères par imbibi- tion seulement ne s'opère que très lentement , et que les molécules ab- sorbées dans une partie circonscrite du corps ont besoin d'être charriées par le torrent circulatoire pour par- venir promptement dans un lieu éloi- gné de leur point de départ. Le même (a) Kurscliner, art. Mtfsauguiuj (Wagncr's Handworterbuch der Physiologie, t. I, p. 64). (6) G. Piobinson, On the Mechanism of Absorption (London Med. Gazette, 1843, I. XXXII, p. 318, et Contribuions to the Physiology and Pathology of the Blood, 1857, p. 53 et suiv.). 36 ABSORPTION. Mais l'expérience nous a déjà appris que dans le système circu- latoire, le courant sanguin, loin de produire à la surface interne des vaisseaux une pression négative , y exerce tou- jours une poussée considérable : l'élévation du sang dans les piézomètres adaptés à ces conduits le démontre ; et d'ailleurs il aurait suffi d'un examen attentif des conditions dans lesquelles la circulation du sang s'opère, pour voir que partout, excepté à l'entrée de l'aorte et de l'artère pulmonaire, la veine fluide ne doit pas se contracter de façon à pro- duire les effets constatés dans l'expérience hydraulique dont je viens de parler. Nous ne pouvons donc nous contenter de l'hypothèse de M. Robinson, et j'ajouterai même que si l'on prend en considération, d'une part la grande rapidité avec laquelle l'absorption fait souvent pénétrer les matières étran- gères jusque dans le sein du torrent circulatoire, d'autre part les fortes résistances que les attractions moléculaires exercées par les parois des passages capillaires des tissus organiques sur les liquides inclus dans ces cavités étroites doivent opposer à tout mouvement de translation de ces matières , qui serait provoqué seulement par quelque inégalité de pression hydro- statique , on doit être peu disposé à croire que ce phénomène physiologique puisse dépendre d'une cause de ce genre, et l'on doit être porté à en chercher plutôt la raison d'être dans le jeu de forces moléculaires. Quoi qu'il en soit, nous voyons donc que toutes ces hypo- thèses sont insuffisantes, et que, pour expliquer le mécanisme de l'absorption, il nous Hiut découvrir d'autres agents ou mon- résultat aurait été obtenu, si le poison toire, l'absorption locale ne puisse avait été injecté directement dans une avoir lieu, et la matière étrangère ar- veine, pourvu que le sang fût stagnant river jusque dans Pintérieur des vais- dans ce vaisseau. Par conséquent, cette seaux sanguins voisins de la surface expérience ne prouve en aucune façon avec laquelle cette matière est en qu'en l'absence du courant circula- contact. FORCE MOTRICE. 37 trer comment l'inlervention de forces pliysiqiies dont jusqu'ici nous n'avons pas tenu compte peuvent déterminer l'introduc- tion des matières étrangères jusque dans la profondeur de l'organisme, et leur mélange avec la niasse des liquides en mouvement dans l'appareil circulatoire. § 9. — Ce sujet d'étude n'avait fixé que peu l'attention des Découverte , . .du phénomène expenmentateurs, lorsque Diitrochet, nomme d un esprit lin et de ingénieux, découvrit toute une série de phénomènes d'un haut intérêt, dont la connaissance est également précieuse pour l'explication des phénomènes de la vie chez les Végétaux et pour l'intelligence du mécanisme de l'ahsorption chez les Ani- maux (1). En observant les effets de l'action de l'eau sur les fila- ments de quelques moisissures, il fut conduit à penser que le passage des liquides à travers les membranes organiques devait dépendre surtout de la nature des substances qui se trouvent du côté opposé de ces espèces de filtres, et en renfermant [i) Henri Dutrochet naquit en 1776, et commença sa carrière comme médecin militaire ; il exerça ensuite la profession méLiicale à Cliàteau-Uenaud, et ne se fixa à Paris que dans les der- nières années de sa vie. Oa lui doit des travaux importants sur la consti- tution de l'œuf des divers Vertébrés, sur la structure intime des végétaux, sur leur accroissement , sur leurs mouvements, et sur beaucoup d'autres questions physiologiques ; mais ses travaux les plus importants sont ceux relatifs à Tendosmose, dont la publi- cation commença en 18'26 (a). La plupart de ses mémoires se trouvent réunis dans un recueil spécial {b). il s'occupa aussi beaucoup de l'étude des mouvements de certains corps légers sur la surface de l'eau (c), et il porta dans toutes ses recherches une intelligence vive, un grand talent d'observation et une activité infati- gable. 11 mourut à Paris en 18/j7 {d). [a) Dulrocliet, L'agent imnu'dlat du nxouvemenl vital dévoilé dans sa nature et dans son mode d'action chex- tes Végétaux et che^i les Animaux, ln-8, Paris, 1820. — Nouvelles recherclies sur l'endosmose et l'exosmose. In-8, Paris, 1828. ■ — De l'endosmose (Mémoires, t. I, 1837). — Article Ekdosmosis (Todd's Cyclopœdia ofAnat. and Physiol., 1839, t. II, p. 98), (6) Diitrocliel, Mémoires pour servir à l'histoire analomique et physiologique des Végétaux el des Animaux. 2 vol. in-8, Paris, 1837. (c) Dutrocliet, Recherches physiques sur la force épipolique. ln-8, 1842. — Nouvelles recherches sur la force épipolique. ln-8, Paris, 1843. [d) Voyez A. Brongniart, Notice sur Dutrochet (Méni. de la Société centrale d'agriculture, 1 852, 2' partie, p. 421 et siiiv.). 38 ABSORPTION. diverses substances, telles que de la gomme, du sucre ou de l'albumine, dans des poches dont les parois étaient ibrmées de tissus de ce genre, il a vu l'eau, mise en contact avec la surface extérieure de ces réceptacles , pénétrer avec rapidité dans leur intérieur et les distendre. En adaptant à une des poches ainsi disposées et plongées dans un bain un tube verti- cal, il a vu l'absorption du liquide extérieur s'opérer avec assez de force pour faire monter le liquide intérieur à une hauteur considérable ; et en variant ses expériences, il a reconnu que dans les circonstances dontje viens de parler, la membrane organique était traversée en sens contraire par deux courants d'inégale intensité : l'un dirigé de dehors en dedans, l'autre de dedans en dehors, et que les résultats observés dépendaient de la pré- dominance du premier de ces mouvements sur le second (1). De là les noms d'endosmose et lïexosjnose dont Dulrochet lit (1; Longtemps avant que Diitrochet eût fait la découverte ù laquelle son nom doit rester attaché, certains résul- tats dus à l'endosmose avaient été re- marqués par divers physiciens ; mais les faits constatés de la sorte demeurè- rent stériles entre les mains de ces ex- périmentateurs, et passèrent inaperçus jusqu'au moment où ce naturaliste, frappé de la vue de phénomènes nou- veaux, quoique du même ordre, en eut saisi la portée et fait comprendre l'importance. C'est donc bien réelle- mentà Dulrochet que la physiologieest redevable de ce service signalé; ce- pendant il ne faut pas oubher les ob- servateurs qui l'ont devancé sur quel- ques points, et parmi ceux-ci il faut placer en première ligne l'un des membres de noire ancienne Académie des sciences, l'abbé Nollet. Ayant rempli d'alcool un llacon cy- lindrique et ayant bouché ce vase avec un morceau de vessie, Nollet le plaça dans un bain d'eau, et il vit avec sur- prise qu'après cinq ou six heures d'immersion, le liquide ainsi empri- sonné avait augmenté notablement de volume ; la vessie qui bouchait le vase était devenue convexe et telle- ment distendue , que, lorsqu'il y lit une petite ouverture, le liquide s'é- chappa en formant un jet de plus d'un pied de hauteur. Puis, en ren- fermant de l'eau dans le llacon bou- ché par une vessie et en le plon- geant dans de l'alcool, INollet obtint un résultat inverse. Enfin , il s'as- sura qtic ces déplacements de l'eau ne dépendaient pas de quelque va- riation de température, et qu'ils ne se produisent pas quand les deux surfaces de la membrane ne sont pas en contact direct avec les liquides réagissants. Le phénomène observé par Nollet était donc un phénomène FORCE MOTRICE. SJ usage pour désigner les courants produits à travers les cloi- sons poreuses par l'action de liquides dissemblables. Il donna ensuite une acception plus large au mot endosmose, et l'appliqua à tout transport de liquides qui, dans des circonstances de ce d'endosmose paifaileiiient caractérisé. Or, les expériences de ce physicien datent de 17/i8 (a). Dans une dissertation publiée en 1802, Parrot lit mention de la tur- gescence produite par l'entrée spon- tanée de l'eau dans un œuf sans coquille, et renfermé seulement dans sa tunique membraneuse, à travers laquelle ce liquide avait pénétré (6) ; mais il n'étudia pas les circonstances de ce phénomène avec autant de soin que l'avait fait INollet un demi-siècle avant. On peut considérer comme se rat- tachant également aux phénomènes osmotiques les faits relatifs à la con- densation des liqueurs spirilueuses par l'évaporation de l'eau à travers les membranes animales , observés en 1812 par Sœmmering, le fils du célèbre anatomiste. il a trouvé que les mélanges d'eau et d'alcool n'é- prouvent aucun changement sen- sible par suite de ce phénomène, quand le liquide est séparé de l'atmos- phère par une cloison ligneuse, mais se concentre quand cette cloison est une membrane animale, telle qu'une peau ou une vessie. Cela dépend de ce que ces divers tissus laissent passer l'eau beaucoup plus facilement que l'alcool (c) ; et, ainsi que l'a fait re- marquer Van .Mous, cela explique la préférence que l'on accorde assez gé- néralement aux outres pour la con- servation des liqueurs spirilueuses dans les pays chauds. Mais ni ce der- nier chimiste, ni Sœmmering, ne firent aucune application de ces faits à l'inlerprélation des phénomènes de l'absorption [d]. Ainsi que nous le verrons ailleurs, un physicien anglais, Porret, décou- vrit, en 1816, qu'un courant galva- nique peut entraîner de l'eau à travers une cloison membraneuse, et détermi- ner l'accumulation de ce liquide au- tour du pôle négatif (e). Un exemple plus net des phéno- mènes d'endosmose fui constaté en 1822 par le professeur Fischer, de Breslau. Ayant plongé dans une dissolution d'un sel de cuivre le bout inférieur d'un tube fermé en dessous par une vessie, et contenant de l'eau distillée ainsi qu'un fil de fer, ce physicien vit (a) Nollet, Recherches sur les canses du bouillonnement des liquides {Mém. de l'Acad. des sciences, 1748, p. 101). (b) Parrot, Uebev den Einlluss der Phijsik und Chemie au f die Anneikxmde (cité par ce physicien dans une noie intitulée : l'hémmène frappant d'endosmose dans l'organisation animale, et publié dans le Bulletin scientifique de l'Académie de l'ctersbourg, 1840, t. Vil, p. 340). (e) Sœmmering:, Ueber das Yerdilnsten des \yeingeists durch thierische Haute und dnrch Kautschuck (Gilbert's Annalen der Physik, 1819, t. LXI, p. 104). (d) Van Mons, Sur la perméabililé à l'eau des vessies et autres membranes animales, et appli- cations de cette propriété à la rectificalion à froid de l'alcool (Annales générales des sciences physiques, Bruxelles, 1819, t. I, p 7G). [e) l'orret. Curions Galvanic Experimenls {Annals of Philosophy, 1810, t. VUI, p. 'Î4, cl Ann. de chimie et de physique, 1810, i. II, p. 137). l\0 ABSOUI'TION. genre, produit une augmentation dans la quantité d'eau située du côté vers lequel le courant se dirige ; et dans ces derniers temps, afin d'éviter la confusion d'idées qui parfois peut résulter de ces expressions, quelques physiciens ont proposé d'appeler osmose tout transport d'eau qui s'effectue de la sorte, quelle qu'en soit la direction ou la puissance, comparée à celle du mouvement inverse dont peut être animée une portion du liquide opposé (1). Les physiologistes accueillirent avec un vif intérêt les décou- vertes deDutrochei, et se livrèrent à une multitude d'expériences variées sur cette espèce d'absorption qui ressemblait tant à celle dont les Animaux et les plantes sont le siège, mais qui s'effec- tuait dans un appareil inerte et sans le concours de la puissance vitale. Des recherches entreprises par des physiciens habiles vinrent aussi jeter de nouvelles lumières sur ces phénomènes remarquables; un grand nombre de faits importants furent de le sel de cuivre pénétrer dans l'appa- trochet désigna, sous le nom de cou- reil, se décomposer sous Tinfliience rant endosmotique , le flux d'eau qui du fer, et le liquide inlérieur s'élever pénètre du dehors dans l'intérieur dans le tube à une hauteur considé- d'un réservoir à parois niembra- rable au-dessus du niveau du bain. neuses, où se trouve du sucre ou toute Mais ni Fischer, ni les autres expé- autre substance analogue, et courant rimenlateurs qui l'avaient précédé exosmotique, celui qui se dirige en dans ceUe voie, ne semblent avoir sens conlraire, c'est-à-dire de dedans saisi la portée des faits dont ils avaient en dehors [h) ; mais, dans les derniers été témoins (cr),et c'est à Dutrochlt temps de sa vie, il généralisa davan- qu'apparlient le mérite d'avoir le pre- tage le sens des mots endosmose et mier mis en lumière le phénomène de exosmose, et, sans avoir égard fila Vendosmose, et d'en avoir fait corn- l'orme de la cloison à travers laquelle prendre l'importance. Il en a poursuivi le phénomène se produit , il appliqua l'étude avec ardeur, et il est arrivé le premier ces mois au courant fort, ainsi à un grand nombre de résultats quelle qu'en soit la direction, et le pleins d'intérêt pour la physiologie. second au courant faible, de sorte que (1) Dans ses premiers écrits. Du- endosmose devint synonyme d'aug- (a) N. W. Fischer, Ueber die Wiederherstellung eines Metalls dnrch ein anderes und ûber die Eigenscluift der thierischen blase, Flilssigkeiten diurh sich hindurch »u lasseii xind sie in einigen Fâllen anz-uheben (Gilbert's Annalen der Pliysik, 1822, t. LXXII, p. 301). (b) Dutroclicl, L'agent immédiat du mouvement vital, 1826, p. 115. FORCE MOTRICE. 41 la sorte a(3qiiis à la science, et plusieurs auteurs crurent même pouvoir en donner la théorie. Jusqu'ici cependant l'osmose ne me semble pas avoir été expliquée d'une manière satisfaisante; et pour bien comprendre ce qui se passe dans les expériences dont je viens de dire quelques mots, aussi bien que dans le travail physiologique de l'absorption, il me paraît nécessaire de remonter plus haut qu'on ne le fait d'ordinaire, et de chercher d'abord à se former une idée nette des forces qui inter- viennent dans des phénomènes moins complexes , mais du même ordre. Pour exposer clairement ma pensée à cet égard, il me faut revenir sur un sujet dont j'ai déjà eu l'occasion de dire (juelques mois dans la Leçon sur la transsudation, et examiner de plus près les phénomènes de capillarité. Du reste, je me livre à celte digression d'autant plus volontiers, que dans la plupart des traités de physique dont les étudiants de nos universités meiitatioii du volume dans l'un des li- quides réagissants, et exosmose signifia le transport d'une porlion de ce même liquide en sens inverse. Ainsi, quand il dit qu'une dissolulion sucrée en pré- sence de l'eau détermine l'endosmose, cela signilieque le courant d'eau qui se dirige vers cette substance et y pénètre, est plus rapide que le courant formé par la matière sucrée qui se rend dans l'eau, et cela, soit que le sucre se trouve à l'intérieur ou à l'extérieur du réservoir membraneux à travers les parois duquel rechange s'établit (a). M. nraham, à qui l'on doit une série d'expériences très importantes sur les phénomènes de cet ordre , a été frappé des inconvénients que cette nomenclature peut présenter, et il a proposé d'appeler simplement os77iose (wdij.iî, impulsion), le mouvement qui détermii^.e une accumulation d'eau de l'un des côtés d'une cloison membra- neuse. La force osmotique est donc la force qui détermine cette accumula- tion, et quant au mouvement en sens inverse d'une portion des particules du sel ou de la substance quelconque dont l'action détermine l'osmose, il le considère comme un phénomène de difTusion. Dans ce langage, les elfets de l'osmose deviennent donc positifs ou négatifs, suivant que le volume de l'eau attirée est supérieur ou infé- rieur au volume de l'autre liquide qui passe en sens opposé (6). (n) Dutrorliet, De l'endosmose {Mémoires pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des Végétaux et des Animaux, 1837, t. I, p. 10) (b) T. Graham, On Osmotic Force (Philos. Trans., 1854, p. 177). 4*2 ABSORPTION. font usage, les questions relalives aux attractions moléculaires ne nie semblent pas démontrées de manière à être facilement saisies par beaucoup de naturalistes, et que la connaissance de ces actions est d'une haute importance pour l'appréciation et l'explication d'un grand nombre de faits qui sont du domaine de la pliysiologic. QUARANTE - QUATRIÈME LEÇON. Suite de l'iiisloire de l'absorption. — Étude des forces qui interviennent dans la |iroduclion de ce phénomène. — Actions capillaires ; théorie physique du déplacement des liquides dans leur point de contact avec des corps solides ; circonstances qui font varier ces effets. — Étude physique des phénomènes d'imbibition. — Insuflisance de ces actions pour l'explication des phénomènes d'absorption. — De la diflfusion des liquides et de son rôle dans le mécanisme de l'absorption. — Des phénomènes d'osmose : endosmose et exosmose; leur nature. — Influence des membranes perméables sur les produits du travail endosmotique et de la diffusion ; influence des agents physiques sur le déve- loppement des forces dont dépend l'osmose ; actions chimiques qui l'accom- pagnent. § 1. — Ainsi que je l'ai dit en terminant la dernière Leçon, lorsqu'on veut se rendre compte, soit de la nature du pliéno- mène appelé endosmose^ soit du mécanisme de la tbnclion que les physiologistes désignent sous le nom d'absorption , il faut examiner attentivement rinlluence que les forces physitiues peuvent exercer sur l'introduction des substances étrangères dans l'organisme, et chercher en premier lieu à se former une idée nette des actions dites de capillarité , en vertu desquelles on voit l'eau et beaucoup d'autres liquides s'élever dans les tubes étroits, malgré l'intluence de la gravitation qui tend tou- jours à les faire tomber vers la terre (1). (1) Le fait de rélévation de l'eau observé au coiiimencenient du xvii' au-dessus du niveau de la surface siècle par un des membres de l'Acadé- générale de ce liquide dans Tintérieur mie florentine del Cimentu, nommé d'un tube lin , qui est ouvert aux Nicolas Aggiunti (a) , mais ne com- deux bouts et qui y baigne par son mença à occuper l'attention des phy- extrémité inférieure, paraît avoir été siciens que postérieurement à l'époque (a) Voyez Nelli, Saggio di storia letteraria Fiorentina, 1759, p. 92. Dh la capillaiilé. llk ABSORPTION. Notions. ^2. — Chacun sait que pour expliquer les inouvemenis préliminaires. ' ' '■ ^ des planètes, et pour se rendre compte d'un grand nombre d'autres phénomènes physiques, lels que la chute des corps, il faut admettre que les molécules de la matière pondé- rable sont douées d'une propriété ou force particulière en vertu de laquelle ces molécules tendent à se rapprocher entre elles. Cette force, inconnue quant à sa nature, mais manifeste par les déplacements ou les résistances qu'elle dé- termine, est désignée -d'une manière générale sous le nom ù' attraction. On l'appelle gravitation lorsqu'elle s'exerce entre des corps séparés par un espace perceptible, et Newton, cou- ronnant l'œuvre commencée par Galilée et par Kepler, découvrit où l'ascal composa son traite sur l'équilibre des liquides (a), c'est-à- dire vers 16Zi6. Boyle en parla comme d'un phénomène nouvellement décou- vert en France (b) , et , en 1667, Montanari en traita avec plus de détail {&/. On attribua d'abord l'ascension des liquides dans les tubes capillaires à l'action de l'air, et l'on chercha à s'en rendre compte en supposant que les molécules de ce fluide ne pouvaient pénétrer dans les canaux étroits où l'eau aurait été poussée par la pres- sion de l'aimosphère. Mais, vers le commencement du siècle dernier, llauksbee et Biiiflinger firent vt)ir que l'air n'est pas exclu des tubes capillaires, et que la hauteur à la- quelle les divers liquides s'élèvent dans ceux-ci n'est pas, comme dans le tube barométrique, en raison inverse de leur pesanteur, car l'eau y monte plus haut que l'alcool, dont la den- sité est moindre ((/). Voscius et quel- ques autres physiciens de la même époque furent moins éloignés de la vérité, en attribuant l'ascension de l'eau dans les tubes capillaires à l'ad- hésion de ce liquide contre les pa- rois de ces conduits ; mais on ne tarda pas à reconnaître que cette hy- pothèse ne suffirait pas pour expli- quer ce qui se passe dans les phéno- mènes de cet ordre. Déjà, vers 1717, Newton et son ami llauksbee (ou (a) Voyez Ucsniarcst. Histoire cviliquc des systèmes que l'on a imaginés pour expliquer les phéncmèiies des Ivbes capillaires (dans la IraïUiction française de rouvrage de Haukbee, t. II, p. 168). (b) Boyle, Neiu Experimenls Physico-SIathevmtical lovching Ihe Spring of the Air (Works, 1. 1, p. 80). (c) G. Monlanari, Pensieri jisico-mathematico. Bologna, 1667. (d) Haiiksboe , An E.rper. mode ut Gresham Colleije shotiùng that the seemingly Spontaneoui Ascension of Water m Small Tubes open at both Ends is the same in vacuo as in tlie Open Air {Philos. Trans., 1705, t. XXV, p. 2^23). — Biiiflinger, De tubulis capillaribus dissertatio experimentalis (Commentarii Acad. scient. Petropolilanœ, 1727, i. II, p. 251 et suiv.). ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 45 les lois qui, dans ce cas, en règlent l'action; car il prouva que les effets dus à cette puissance universellement répandue sont alors en raison directe de la masse des corps réagissants et en raison inverse du carré de la distance qui sépare ceux-ci entre eux. Mais lorsque celte distance diminue au point d'être insensible pour nos moyens d'observation , l'attraction cesse d'être soumise à des lois si simples , et elle donne naissance à des résultats qui varient suivant des circonstances dont nous Hawksby) avaient eu recours à Pat- principes de l'équilibre des fluides (d). traction pour s'en rendre compte, et Ce sujet délicat fut traité de nouveau ce dernier pliysicien appuya son par rilhistre géomètre Laplace, par opinion sur un grand nombre de Poisson et par Gauss (e) ; enfin, les faits constatés expérimentalement (a). recherches expérimentales de Gay- La théorie qu'il donna des effets ca- Lussac et d'un grand nombre de pillaires pèclie à certains égards; savants de l'époque actuelle ont fait mais le principe qui en forme la faire de nouveaux progrès à celte base est aussi le point de départ de partie intéressante de la physique l'explication adoptée de nos jours (b). moléculaire. Cependant, en y regar- Les recherches expérimentales. faites dant de près, on y aperçoit bien des par Jurin, par Weitbrecht et quelques questions qui sont encore très obs- autres physiciens du siècle dernier, cures, et dont l'étude jetterait pro- contribuèrent aussi beaucoup à l'avan- bablement d'utiles lumières sur les cernent de nos connaissances sur cette rapports des forces dites physiques matière (c). Enfin, Clairault chercha avec celles qu'on en distingue sous le à donner, des efl'ets capillaires, une nom cVaffinités chimiques. théorie mathématique fondée sur les (a) Newton, Traité d'optique, livre III, quest. 31, Irad. franc., p. 573 et suiv. (6) Hauksbee , Expériences physico-mécaniques sur différents sujets, Irad. par de Brémond, 1754, t. II, p. 1 et suiv.). (c) Weitbrecht, Tentamen theoriœ qua ascensus aquœ in tubis capillaribus explicatur {Com- mentarii Acad. scient, Petropolitanœ, 1736, t. VlU, p. 2G1). — Explicatio difficiliorum expe- rimentnrum circa ascensum aquœ in lubos capillares {Op. cit., 1737, 1. IX, p. 275). {d} Jurin, An Account of some Experiments shoiun before the Royal Society, with an Inquiry inlo the Cause of the Ascent and Suspension of Water in Capitlary Tubes [Philos. Trans., 1718, t. XXX, p. 739). (e) Clairault, Théorie de la figure de la terre, tirée des principes de l'hydrostatique, cliap. x ; De l'élévation ou de l'abaissement des liquides dans les tuyaux capillaires, 1743, p. 105 et suiv. — Laplace, Mécanique céleste, supplément au livre X [Œuvres, t. IV, p. 389). — Gauss, Principia generalia theoriœ fluidorum in statu œquilibrii [Commentat'iones Soc. scient. Gotlingensis, 1829-183-2, t. VII, cl. Malh., p. 39). ■ — Poisson, Nouvelle théorie de l'action capillaire, 1831. — Voyez aussi à ce sujet : Desains, Recherches sur les phénomènes capillaires {Annales de chimie et de physique, 1857, 3« série, t. Ll, p. 385). Cohésion des liquides. /|6 ABSORPTION. ignorons la nature, et au nombre desquelles il faudra ranger probablement la forme des moléeules ou le mode de groupe- ment des atomes dont eelles-ci se composent. On la désigne alors sous le nom ^'attraction moléculaire^ quand son action paraît agir seulement sur l'ensemble de ces agrégats primaires, de façon à les rapprocher ou à résister aux forces qui tendent à les éloigner entre eux; et on l'appelle affinité chimique, quand elle paraît exercer sur ces groupes d'atomes une influence plus orande, et déterminer un nouveau mode d'arrangement des particules constitutives de ces molécules. Enfin, pour bien pré- ciser ce dont j'ai à parler ici, il est bon de rappeler une autre distinction qui est moins importante que les précédentes, mais dont nous aurons besoin dans nos études actuelles : quand on parle de la force physique qui tient unies, ou du moins rappro- chées, les molécules d'un même corps, on appelle cette attrac- tion cohésion, et quand l'attraction moléculaire s'exerce entre des corps différents qui sont simplement en contact apparent, on l'appelle adhésion (l). Les effets dus à la force de cohésion des molécules des corps solides sont trop bien connus, même du vulgaire, pour que nous ayons à nous y arrêter ici ; mais, au i)remier abord, il est moins facile de concevoir l'action de cette puissance enh^e les molécules des corps à l'état liquide, car on sait que ces molécules se déplacent avec une si grande facilité, que la (1) Afin (Vintroduire plus de préci- sion dans le langage employé dans Pétude de ces pliénomèncs, quelques physiciens désignent sous le nom de Ay?iap/i/e, ratlracUon réciproque exer- cée par les molécules d'un même corps les unes sur les autres, c'est-à-dire la force de cohésion de ce corps, et ai^pellent prosaphie, l'attraction exer- cée par les molécules du corps solide sur les molécules liquides adjacentes, et vice versa, c'est-à-dire la force d'adhérence dont jouissent ces molé- cules hétérogènes. Mais ici je crois préférable de ne faire usage que de mots vulgaires (a). (a) M. L. Frankenheim, hle Lehre von der Cohésion. Breslau, 4835, (i. Cl ACTION DE LA CAPILLARITÉ. d'] masse constituée par leur réunion alTecte d'ordinaire une forme qui est déterminée, d'un côté par la pesanteur, d'un autre côté par les résistances extérieures qui balancent l'in- fluence de l'attraction terrestre. Pour mettre en évidence l'action de la force cohésive des liquides, il suffit cependant de quelques expériences d'une grande simplicité. Ainsi, cha- cun sait que lorsqu'une petite masse d'eau tombe librement dans l'espace, elle affecte une forme constante, et le calcul montre que cette forme est précisément celle qui résulte du plus grand rapprochement possible de ses molécules entre elles, savoir, la forme sphérique. Il est donc légitime de supposer que cette forme particulière est déterminée par l'at- traction mutuelle des molécules de l'eau, c'est-à-dire la force de cohésion de ce liquide. Mais cela devient encore plus visible quand on place deux de ces globules d'eau sur la surface hori- zontale d'une lame de verre enduite de graisse : les gouttes conservent à peu de chose près leur forme propre tant qu'elles restent à une distance sensible l'une de l'autre; mais, dès qu'elles viennent à se toucher par un point de leur circonfé- rence, on les voit se confondre, et constituer par le rappro- chement de leurs molécules une seule masse de forme sphé- roïdale (1). Si , au lieu de déposer la goutte d'eau sur un corps Aiuadion gras, on la place sur une lame de verre dont la surface est horizontale et parfaitement nette, les choses ne se passeront (1) Cette expérience est également par Tatmosphère ; mais les membres facile à faire avec des globules de de l'Académie del Cimenlo firent voir mercure sur une lame de verre un que cette forme se conserve dans le peu humide. On avait d'abord sup- vide aussi bien qu'à l'air , et ne posé que la forme sphérique des li- peut dépendre que d'une force inté- quides divisés en gouttelettes dépen- rieure [a). dait de la pression extérieure exercée (a) Saggidi naturaU esperienxe {alte nelV Accailemia del Cimento, p. 78 («lit, de 1016). IxS ABSORPTION. plus (le la même manière : le globule liquide ne conservera pas sa forme sphériquc, mais s'aplatira rapidement, et s'étalera comme une lame mince sur la surface sous-jacente (1). il faut donc qu'une force étrangère ait balancé l'action de la cohésion de l'eau , et il est facile de montrer que cette force réside dans le verre. Pour s'en convaincre, il suffit d'incliner le pla- teau qui supporte le globule : quand la surface de ce corps a été graissée, et que la goutte d'eau y a conservé sa sphéricité, celle-ci, obéissant à l'action de la pesanteur, roule vers la partie la plus déclive du plateau, et, s'en détachant sans peine, tombe vers la terre; tandis que la petite masse d'eau étalée à la surface du verre non graissé se rassemble en partie sous forme de goutte au bord intérieur de celui-ci, mais y reste suspendue {"2). Il y a donc entre les molécules de l'eau et les molécules du verre une certaine action attractive ou force d'adhésion, et cette force n'existe pas au même degré entre l'eau et les corps gras. On ne peut apercevoir aucune différence sensible dans les distances qui existent entre l'cîau et les deux solides avec la surface desquels nous venons de supposer ce Hquide en con~ (1) Pour que cet effet se produise d'une manière complète, il faut que la surface du verre ne soit souillée par aucune matière étrangère, et il est si difficile de la nettoyer parfaite- ment, que pour faire l'expérience en question, il est bon d'employer la sur- face d'une cassure faite au moment même. (2) On trouve dans les mémoires de Weitbrecht et de quelques autres phy- siciens du siècle dernier, beaucoup d'expériences curieuses relatives à l'attraction du verre pour l'eau, et vice versa. Ainsi quand une goulte d'eau est déposée sur la surface d'un corps sur lequel elle ne s'étale que peu, elle conserve en dessus une forme bom- bée ; mais si l'on approche une ba- guette de verre du sommet de la sur- face courbe par laquelle elle se termine, on verra celle-ci changer de forme dès que le contact se sera établi. L'eau s'élancera, pour ainsi dire, contre la baguette de verre, s'y étalera, et les parties latérales de la goutte, au lieu d'être convexes , deviendront con- caves (a). la] Wcitlii'cihl Tcntamen thcoriœ qua ascensus aquœ in tubis capillaribus explicalur {Com- mentarii Acad. scient. Petropolitanœ, i73G, t. VIII, p. 2U5, pi. 22, tig. 2 et 3). ACTION DE LA CAPILLARITÉ. /|9 tact; et par conséquent nous pouvons conclure de cette expé- rience, non-seulement que l'attraction s'exerce entre les molé- cules du verre et celles de l'eau, comme elle s'exerce entre ces dernières, mais que l'intensité de cette force adhésive varie suivant la nature des corps réagissanls (1). Une autre expérience très simple, et également propre à mettre en évidence la force d'attraction mutuelle développée à des distances insensibles entre le verre et divers liquides, peut servir à montrer que la force de cohésion qui tend à ra[)- "au/soiide"."* l)rocher entre elles les' molécules de ces derniers corps varie en Rapports entre la cohésion des liquides et (1) Sous ce rapport, il existe donc une différence très grande entre les effets de la gravitation universelle, suivant que cette force agit à des distances sensibles ou à des dislances insensibles. Dans le premier cas, ainsi que je viens de le montrer, la nature chimique des corps réagissants influe beaucoup sur leur attraction mutuelle; dans le second, elle n'exerce aucune action appréciable. Ainsi, on sait que dans le vide tous les corps tombent avec la même vitesse , et les observations astronomiques montrent que Faction attractive des planètes les unes sur les autres n'est réglée que par la dis- tance qui sépare ces corps et par la quantité de matière dont ils se com- posent. Or, on sait également que la densité de celte matière planétaire varie considérablement d'une de ces étoiles à une autre ; que la densité moyenne de la terre, par exemple, étant de 5,Zi6 , celle de Mercure est 15,99 ; celle de Jupiter, 1,'29, et celle de Saturne seulement 0,75. Des différences de cet ordre ne peuvent être attribuées à des inégalités dans la température de ces planètes, et par conséquent il est très probable que la Y. nature chimique de leur substance constitutive n'est pas la même. L'uni- formité de leur mode de gravitation serait donc encore une preuve de la non-intervention de la nattne intime des corps dans le jeu de l'attraction entre les corps situés à une distance sensible les uns des autres. Mais si j'in- siste sur les différences qui existent à cet égard entre les effets de l'attraction planétaire et ceux de l'attraction ca- pillaire, ce n'est pas que je suppose ces forces distinctes dans leur essence ; tous ces effets semblent devoir être rapportés à une seule et même cause ; mais la force de répulsion intermolé- culaire que l'on attril)ue à la chaleur, et que l'on doit considérer comme balançant plus ou moins l'attraction, décroît si rapidement avec la distance, qu'elle ne produit aucun effet appré- ciable quand celle distance est sen- sible , tandis qu'elle joue un rôle important quand la distance cesse d'être visible , et , comme nous le verrons bientôt, les résultats qu'elle produit varient en grandeur suivant la nature intime des corps qui la dé- veloppent. 50 ABSOIU'TION. intensité suivant la nature de eeux-ci. Suspendons au tléau d'une balance, d'un côté un disque de verre bien horizontal , et de l'autre côté des poids (|ui le mettent en équilibre ; puis, plaçons sous le plateau de verre un vase contenant de l'eau, et faisons montei' celui-ci graduellement jusiju'à ce que la surlace du liquide arrive en contact avec la lace intérieure du disque. Le fléau restera immobile : mais si nous ajoutons alors des poids dans le plateau opposé, nous verrons que, au lieu de faire trébucher immédiatement la balance, comme cela avait lieu avant l'éta- blissement du contact entre le plateau de verre et l'eau sous- jacente, il faudra exercer de la sorte un effort considérable pour enlever ce disque et le détacher du liquide au([uel il adhère. Or, la surface du verre, en se séparant du bain, reste mouillée; elle emporte donc avec elle une lame mince d'eau, et la force em- ployée poiu^ faire trébucher la balance n'est pas celle qui aurait été nécessaire pour rompre l'adhérence établie entre ce corps solide et l'eau, mais seulement celle employée pour vaincre la résistance opposée par la force de cohésion du liquide. Or, si l'on répète cette expérience en substituant à l'eau de l'alcool, de l'essence de térébenthine ou tout autre liquide suscephble de mouiller le verre , on obtient des résultats analogues ; mais, pour détacher le disque, il faut des poids variables suivant la nature de ces corps. Par conséquent, la force de cohésion de ces liquides varie quant à sa puissance (1). (1) Gay-Lussac a faii quelques ex- périences de ce genre pour vérifier les résultats théoriques obtenus par La- place (ffl). 11 est, du reste, essentiel de noter que, dans les circonstances indi- quées ci-dessus, les choses ne se pas- sent pas comme dans celles où Ton emploie une certaine force de traction pour vaincre la cohésion d'un corps solide ; car, à mesure que la distance entre la surface inférieure du disque et le niveau général du bain augmente, les côtés de la colonne d'eau soulevée se rapprochent de plus en plus, de sorte que le diamètre de cette colonne vers la moitié de sa hauteur diminue de (a) Voyez Laplace, Op. cit. (Œuvres, t. IV, p. 527). ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 51 J'appellerai aussi rattenlioii sur une autre conséquence qui |»eut se déduire de ces faits. Nous avons vu que le plateau soulevé par un cerlain poids entraînait avec lui une lame mince de liquide. La résistance opposée par la cohésion de celui-ci est donc moins grande (jue celle développée par l'attraction adliésive du verre sur le licpiide sous-jacent: et j'insiste sur cette circonstance, parce que nous verrons bientôt cette inéga- lité dans ces deux forces dont la direction est contraire, jouer un grand rôle dans les ])liénomènes dont l'étude doit nous occuper maintenant. Pour avancer davantage dans l'examen de ces questions, il est bon de considérer de plus près ce qui se passe dans une goutte d'eau qui repose sur un cor[)s que ce liquide ne mouille pas, et qui augmente de volume par Tadjonction de nouvelles quan- tités de matière. Nous avons vu que si le globule ainsi constitué est très petit, il conserve une forme sensiblement sphérique, et cela suppose que l'attraction cohésive des molécules de liquide suffit pour Aiire équilibre à la pression exercée par une colonne verticale du liquide ayant pour hauteur le diamètre de cette sphère. Mais si le volume du globule vient à augmen- ter, il arrive un moment où la force d'attraction réciproque des molécules de l'eau ne suftît plus pour balancer la pres- sion développée par les particules élevées ainsi au-dessus de leur base de sustentation, et où l'inégalité de ces deux forces contraires déterminera la déformation du sphéroïde. Alors, par plus en plus, et que la rupture s'effec- faudrait tenir compte de l'influence de tue quand celte portion étrangli-e est la forme des surfaces libres, c'cst-à- devenue très grêle (a). Le pliénomène dire latérales, de la colonne liquide est donc beaucoup plus complexequ'on soulevée sur l'équilibre de ses molé- ne serait porté à le supposer au pre- cules constitutives, mier abord, et, pour l'analyser, il (a) Donny, Mcmolre sur la cohésion des liquides et sur leur adhérence aux corps solides {Au- uales de chimie et dephysique, 3" série, 1840, t. XVI, p. dG7). 52 ABSORPTION. l'addition de nouvelles (iiiantités de matière, le globule ne s'élèvera plus, mais s'élargira seulement, et prendra peu à peu la forme d'im disque dont la surfoce supérieure tendra à devenir plane et horizontale , tandis que les bords resteront arrondis et leur section méridienne sera sensiblement égale à la demi- circonférence d'un cercle qui aurait pour diamètre l'épaisseur du disque. Supposons maintenant que la masse de liquide ayant cette forme vienne à rencontrer un obstacle qui s'oppose à son élargissement ultérieur, et que cet obstacle soit un plan solide vertical dont la substance n'exerce sur les molécules de l'eau aucune intluence attractive appréciable. Il est visible que par l'accroissement de sa masse le disque liquide augmentera d'épaisseur, et que la poussée déterminée par son poids contre l'enceinte constituée de la sorte modifiera la forme de la portion du bord du disque liquide qui s(^ trouve au-dessous du premier point de contact de ce bord avec l'obstacle, c'est-à-dire au- dessous d'un plan horizontal passant par le centre de courbure de la section méridienne rei^résentée par ce même bord ; mais cette poussée n'aura point d'intluence sur l'équilibre des mo- lécules situées au-dessus du plan horizontal que nous venons d'imaginer, et par conséquent, quelle que soit la profondeur du bain ainsi délimitée, sa partie supérieure se trouvera terminée latéralement par une surface convexe dont le rayon de courbure sera déterminé par la grandeur de la force de cohésion du liquide. Aciioii Cet état d'équilibre se trouve réalisé, à peu de chose près, quand IcslZl's de l'eau est déposée dans un vase dont les parois sont imprégnées .qui e» (jggi^^isse, mais est plus facile à constater dans une cuve à mer- qiii y sont contenus. cure ou dans le tube d'un baromètre ordinaire dont le calibre est très grand. La surface supérieure de ce métal liquide est horizontale à une certaine distance des parois du vase; mais, dans leur voisinage inunédiat, elle s'incline et ne rencontre la surface de ces parois qu'à une certaine distance au-dessous du ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 53 niveau général du bain. Or, le liquide est alors en repos, et par conséquent toutes les séries verticales de ses molécules se font équilibre muluelleinent : près du bord, ces filets verticaux sont moins hauts que dans la portion du bain où la surface libre est horizontale. Nous savons que les liquides ne sont pas sen- siblement compressibles ; la densité de ces lilets ne peut donc dilTérer d'une manière appréciable, et le poids de la Iranche supérieure du filet central qui dépasse le niveau de l'extrémité supérieure du filet marginal ne peut être soutenu que par l'ac- tion d'une force déprimante agissant sur ce dernier, Otto tbrce n'est autre que l'attraction réciproque des molécules du liquide, c'est-à-dire la cohésion de celui-ci ; et puisqu'elle tient en équilibre la couche fluide comprise entre la surface générale du bain et le plan horizontal suivant lequel cette surface ren- contre les parois du vase, elle doit être égale en puissance à la pression verticale exercée par chaque filet vertical constituant cette même couche, ou, en d'autres mots, d'une colonne de ce liquide dont la hauteur serait égale au sinus de l'arc décrit par la section méridienne de la surface convexe. Mais si la masse aqueuse, qui, en grossissant, a cessé d'être sphérique et s'est étalée en forme de disque à bords convexes, rencontre un obstacle constitué par un solide dont la substance, au lieu d'être sans influence appréciable sur ses molécules, exerce sur celles-ci une action attractive comme celle que nous avons vue se manifester quand une goutte d'eau est mise en contact avec une lame de verre, les choses ne se passeront plus de la même manière, car l'attraction exercée par ce corps a balancé, dans une certaine mesure, la force de cohésion qui tend à maintenir les molécules liquides le plus rapprochées possible, et par conséquent les effets de cette force cohésive seront diminués d'autant. Il en résulte que la forme de la sur- face du liquide sera modifiée dans le voisinage immédiat des parois de l'enceinte constituée par ce solide , et que l'état 54 ABSORPTION. d'équilibre sera déterminé, non pas uniquement par la résultante des deux forées inhérentes aux molécules du liquide, savoir, leur cohésion et leur poids , mais par la résultante de trois forces : dont une, celle de la cohésion, tend à abaisser la ligne de contact du liquide avec le solide ; dont la deuxième , la poussée ou pression développée par les parties voisines du liquide, tend à élever cette même ligne au niveau de la surface générale du bain-, et dont la troisième, dépendante du solide adjacent, tend à soulever les molécules de l'eau qui se trouvent dans sa sphère d'attraction. Il est donc facile de concevoir que si la force attractive du solide est moins grande que l'excédant de Teffet de la cohésion sur la pression dont je viens de parler, la portion adjacente de la surface du bain conservera une forme convexe dont le rayon de courbure variera suivant la grandeur de la résultante de ces trois forces; mais que si cette force attractive devient égale à l'excédant de la cohésion sur la poussée du liquide , la surface du bain deviendra horizontale au point de contact avec le solide comme ailleurs ; enfin que dans le cas où la puissance d'attraction développée par ce solide s'accroît encore, et devient , par conséquent , plus grande que la résultante dont je viens de parler, elle dimi- nue d'autant les effets de la pesanteur sur les filets marginaux du liquide, et ceux-ci, pour faire équilibre aux tilets adja- cents, doivent avoir plus de hauteur, de sorte que la ligne de jonction du liquide avec le solide se trouve élevée au-dessus du niveau général du bain et se relie à celui-ci par une surface concave (1). (1) Il ne sera peiU-Ctre pas inutile la ligne de jonction de la sin-face libre de faire remarquer ici que Tattraction du liquide avec la surface adjacente dont résulte ledéplacementdu liquide du solide. En effet, la force attractive n'est pas exercée par les molécules du qui agit latéralement et qui t*nd solide qui sont en contact apparent à rapprocher deux molécules si- avec celui-ci, mais par celles qui se tuées sur un uiC'me plan horizontal, trouvent immédiatement au-dessusde et qui fait équilibre aune force ré- ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 55 Or, les inégalités dans la pression déterminée par les divers filets d'eau que nous venons de considérer sont la conséquence de l'action des deux forces attractives antagonistes que nous piilsive d'une inlensilé donnée, ne peul ni abaisser ni élever Tiui ou l'autre de ces corps ; les molécules li- quides qui se trouvent au-dessous de la ligne de jonction dont je viens de parler sont également sollicitées à s'élever et à s'abaisser par l'action attractive des molécules du verre si- tuées immédiatement au-dessns et au-dessous du plan horizontal passant par le centre de chacune d'elles, et par conséquent le voisinage du solide ne peut déterminer leur déplacement; mais les molécules immobiles qui se trouvent immédiatement au-dessus de la ligne de jonction précédemment indiquée, c'est-à-dire au-dessus de la surface libre du liquide, en attirant obliquement les molécules adjacentes de ce dernier corps, doivent tendre à les élever et diminuer proportionnel- lement la pression qu'elles exercent sur les portions voisines du fluide. Ainsi le raisonnemenl nous conduit à trouver que l'ascension ou la dépres- sion des liquides dans les tubes capil- laires dépend de l'action de la portion de la surface intérieure de ceux-ci qui surmonte immédiatement la ligne de rencontre de cette surface avec celle du liquide inclus. Du reste, ce fait peut être démontré matériellement par une expérience très simple due à Jurin. Ainsi que nous le verrons bientôt, la hauteur à laquelle l'eau monte dans un tube étroit est en raison inverse du diamètre de la cavité cylindrique de ce tuyau. Or, si l'on soude à l'ex- trémité d'un tube capillaire dont le diamètre est égal à 10 un second tube dont le diamètre intérieur n'est égal qu'à 1, et qu'on plonge l'extrémité libre du gros tube dans l'eau, on verra le liquide s'y élever jusqu'à une cer- taine hauteur que je suppose inférieure à l'extrémité supérieure de cette pre- mière portion de l'appareil; mais si l'on enfonce davantage le tube dans l'eau, de façon que l'extrémité su- périeure de la colonne liquide ainsi élevée, arrive en contact avec l'extré- mité inférieure du tube étroit qui forme en quelque sorte l'étage supé- rieur de l'appareil, on verra aussitôt la hauteur de la colonne augmenter et devenir proportionnelle au diamètre de ce second tube, de manière que le tout se maintiendra au-dessus du ni- veau général du bain, comme si le tube avait dans toute sa longueur les dimensions qu'il offre dans le point où ses parois se joignent à la surface libre du liquide inclus {a). L'étendue de la surface du tube située au-dessous de cette ligne de jonction, et le dia- mètre de la portion sous-jacente de la colonne liquide soulevée, n'exercent donc aucune influence appréciable sur la hauteur de la colonne, et l'élévation est déterminée seulement par l'an- neau du tube qui surmonte immédia- tement la surface supérieure de celte colonne. (a) Jurin, An Account of some Experimenls, elc. ; îuith an Inquiry into Ihe Cause of the Ascenl and Suspension of ^yater in Capillary Tubes (Philos. Trans., 1H8, I. XXX, p. li'i). 56 ABSORPTION. avons appelées cohésion et attraction adhésive; par conséquent, la forme de la surface libre du liquide dépendra en dernier ressort de l'intensité relative de ces deux [luissances : quand la cohésion l'emporte sur l'attraction adhésive, la portion de cette surface qui est adjacente au solide sera convexe; et quand c'est au contraire l'attraction adhésive qui devient plus puissante que la cohésion, cette surface se relèvera sur les bords et deviendra concave. C'est de la sorte que de l'eau dont on remplit incomplète- ment un verre se relève contre les parois du vase, et que la surface de ce liquide devient au contraire convexe lorsqu'on remplit le vase à pleins bords, car dans ce dernier cas la puis- sance attractive du verre agit de bas en haut sur la couche d'eau qui dépasse son niveau supérieur, et vient en aide à la cohésion pour le retenir et le mettre en é(iuilibre avec les parties centrales de la colonne fluide qui s'élèvent tlavan- tage (1). Du reste, les phénomènes de ce genre ne se manifestent pas seulement sur les bords des vases, et se produisent de la même (1) Pour melire mieux en tWidence Tobstacle que raUiaclion du verre sur l'eau oppose au déversement de ce liquide, il sulTit de répéter ime expé- rience très simple qui; Ton attriljue généralement à l'un des membres de notre ancienne Académie des sciences, C.-F, du l''ay (a), mais qui appartient en réalité ù Aggiunti {h). Si l'on verse de l'eau dans une des branches d'un tube de grand diamètre et recourbé en forme d'U, le poids du liquide dans celle branche fera monter l'eau dans la branche opposée, jusqu'à ce que, conformément aux lois de réipiilibre dans les vases communicants , le même niveau se soit établi de part et d'autre ; mais si l'une des branches de ce siphon renversé est formée par un tube capillaire, le plan horizontal passant par la surface du liquide dans l'autre branche sera inférieure à celui qui correspondra à cette sur- face dans la branche capillaire, et la dilférence des niveaux sera pro- portionnée aux effets produits par raltraclion de la surface intérieure des parois de ce dernier tube sur l'eau (a) C.-F. ilii l'.iy, De Vasicnsmi des liqueurs dans les Inyaux capillaires {llist. de l'Acad. des sciences, 172i). {b) Voyez Nclli, Op. cit., y. 92, liij. 19. ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 57 manière lorsqu'on plonge dans un bain liquide, sur un point quelcon(iiie de sa surface , la partie intérieure d'un corps solide : la ligne de contact des deux substances s'élève ou s'abaisse suivant l'intensité relative de la cohésion du liquide et de l'attraction adhésive exercée sur les molécules de celui-ci par le solide incomplètement immergé. En eftet, les molécules du liquide qui baignent l'une quelconque des surfaces latérales du solide se trouvent alors soustraites à l'influence de la force attractive des molécules liquides situées du côté opposé de l'espèce d'écran que ce solide constitue, et sont placées dans les mêmes conditions que celles situées au bord externe de la surface libre du bain. Ainsi, quand on plonge verticalement le bord inférieur d'une lame de verre dans de l'eau en repos , on voit le liquide prendre une forme concave et s'élever à une certaine hauteur contre sa surface; puis, en répétant la même expérience sur un bain de mercure, on observe un résultat inverse : la surface du métal s'abaisse et devient convexe dans ses points de jonction avec le verre. Ces effets sont produits avec le même degré d'intensité, quelle que soit la minceur de la lame de verre immergée de la sorte. Dans tous les cas, les molécules du liquide situées de l'un des adjacente dont la surface deviendra qui y fait équililjie dans la brandie concave. Cet état de choses persistera capillaire, et d'autre part, que cette tant que la colonne de liquide, dans dernière surface deviendra convexe, cette dernière brandie de l'instru- L'attraction exercée par les parois du ment, n'aura pas monté jusqu'au bord tube capillaire sur l'eau qui, dans le libre du tube capillaire ; mais lorsque premier cas, faisait équilibre à une ce terme sera atteint, l'attraction exer- force agissant de haut en bas et contre- cée par ces mêmes parois sur l'eau balançait en partie l'action de la pe- lendra à l'empêcher de sortir, et si sanleur, agira alors en sens inverse, et l'on continue à verser doucement du fera équilibre à la chaige constituée liquide dans la grande branche du par la couche du liquide qui, dans la siphon renversé , on remarquera, grande branche, dépasse le niveau de d'une part, que le niveau pourra s'y l'extrémité supérieure de la petite élever notablement au-dessus de la branche et tend à y élever l'eau, surface supérieure de la colonne fluide 58 ABSORPTION. côtés de cet écran sont complètement soustraites à l'infliience attractive des molécules de même nature qui se trouvent du côté Oj3posé, et qui sont séparées des premières par la lame solide : la grandeur de la distance à laquelle ces molécules sont éloignées les unes des autres ne fait pas varier la grandeur de la résultante de leur force de cohésion combinée avec la force attractive du verre, et ce fait jette de nouvelles lumières sur le mode d'action de ces forces. Effectivement, si les effets de l'attraction coliésive de deux molécules liquides A et B se trouvent annulés par l'interposition d'un troisième corps C, quelle que soit la faible épaisseur de ce dernier, et si la force d'attraction adhésive (|ue C exerce sur A et B reste la môme, quelle que soit l'épaisseur de ce corps, il en faut conclure que l'une et l'autre de ces forces ne produisent des effets sensibles qu'à des distances imper- ceptibles (I). Les physiciens ne connaissent pas la loi suivant laquelle l'ac- tion de ces forces diminue à mesure que la distance entre les molécules réagissantes augmente ; mais, d'après les expériences dont je viens de parler , et beaucoup d'autres faits du même ordre, il est visible que l'intluence, soit de la cohésion , soit de (1) Ilaulvsbee constata que l'eau monte sensiblement à la même hau- teur dans (les tubes capillaires dont l'épaisseur est variable [a), et Weit- br.echt vit que celte hauteur restait la même, soit que le tuyau dépassât de peu ou de beaucoup le sommet de la colonne liquide déplacée {b). En- fin , Laplace tira des expériences de llauksbec celte conclusion , que la sphère d'attraction des molécules du verre sur les molécules de l'eau ne peut s'étendre qu'à des distances impercep- tibles, et il en fit la base de sa théorie mathématique des ed'els de la capil- larité (c). fJes recherches plus récentes, faites par M. Bède, montrent que les résul- tats fournis par les expériences de Hauksbee ne sont pas d'une exacti- tude complète, et que l'élévation de l'eau, ou l'abaissement du mercure [a] Haultsbce, Expériences physico-clnmiqiies, trad. par Desmarest, t. II, p. 27 et 127. {b) Weilbreclit, Op. cit. [Comment. Avad. scient. l'elro]ml., 1736, t. VllI). (e) l.aplace, Mécanique céleste, supplément du livre X (Oeuvres, t. IV, p. 391). ACTION DE L\ CAPILLARITÉ. 59 l'attraction adhésive, cesse d'être appréciable à des distances extrêmement petites. Mais, s'il est démontré que la puissance attractive du verre, ou de tout autre corps jouant un rôle analogue, ne puisse pro- duire des effets sensibles qu'à des dislances imperceptibles, ou tout au moins extrêmement petites , comment expliquer ce qui a lieu quand une lame de verre est partiellement immergée dans de l'eau, car dans ce cas ce n'est pas seulement une coucbe d'eau excessivement mince qui est soulevée par le verre, mais une masse assez considérable de ce liquide, masse dont la surface libre devient concave et dont la base s'étend assez loin de la surface attirante. Ici la force cobésive du liquide intervient de nouveau, et, pour bien saisir le mécanisme de ce pbénomène, il est utile d'avoir recours à un artifice de raisonnement dont nous avons déjà eu l'occasion de faire usage. Isolons par la pensée une lame verticale d'eau qui viendrait rencontrer à angle droit la surface du verre, et imaginons cette tranche divisée en une série de filets verticaux dont l'épaisseur ne serait pas sensible; enfin, admettons encore que cbacun de ces filets marginaux, que j'appellerai m, m', w", etc., soit est un peu plus considérable dans les tubes capillaires à parois épaisses que dans ceux dont les parois sont min- ces {a) : mais ces perturbations s'ex- pliquent par l'action atlraclive de la surface horizontale du bout immergé du tube, et n'infirme en rien les dé- ductions tirées par Laplace touchant la distance à laquelle la substance du verre cesse d'exercer une action sen- sible sur l'eau. Du reste, bien que tous les physi- ciens reconnaissent aujourd'hui que les effets sensibles des attractions cohésives et adhésives ne sont appré- ciables qu'à des distances très petites, plusieurs expérimentateurs pensent que la sphère d'activilé de ces forces s'étend un peu plus loin que ne l'ad- mettait Laplace, et sont susceptibles de produire des effets sensibles à des dis- tances perceptibles , quoique très courtes ; question sur laquelle nous aurons roccasion de revenir bientôt. (o) Bède, Mém. sur l'ascension de l'eau et la dépression du mercure dans les tubes capillairea Mémoires couronnés par l'Académie de Bruxelles, t. XXV}. 60 ABSORPTION. relié à un filet vertical semblable, c, c, etc., situé vers le milieu du bain, au moyen d'un filet horizontal placé à quelque dislance de la surface du liquide, soit /*, h\ etc. Chacun des systèmes formés par m, A, c, ou par m', h\ c\ etc., se trou- vera au sein du milieu ambiant dans les mômes conditions que les deux colonnes fluides qui se balancent dans les branches montantes d'un tube en U, ou siphon renversé. Le filet mar- ginal r?î, par exemple, pressera par sa base sur le filet c, et tendra à le faire monter; niais c pressera également sur la base de m, et tendra à produire sur celui-ci le même effet : de sorte que si le poids de ces deux filets est le même, ils resteront stationnaires, conformément au principe de l'équilibre des liquides dans les vases communicants. Si m n'était soumis à l'influence d'aucune force étrangère, ces conditions d'équilibre seraient réalisées quand sa surface serait au même niveau que celle de f, car le liquide ayant partout la même densité , la pression p exercée par w serait égale à la pression p' de c quand ces colonnes auraient la même hauteur. Mais le filet m, étant en contact avec le verre, se trouve soumis à l'action attractive de ce corps, et cette force tendant à le faire monter, que j'appel- lerai a, doit balancer une partie de celle qui tend à faire des- cendre ce même iilet, c'cst-à-dirc p. Ce sera donc p— a qui se trouvera opposé à p\ et par conséquent m s'élèvera au-dessus du niveau de c jusqu'à ce que la différence dans la hauteur reladve de ces deux colonnes liquides suffise pour compenser l'action attractive du verre. Si cette puissance attractive était considérable, la différence des niveaux serait 1res grande, pourvu qu'aucune autre force n'intervînt dans ce phénomène, car nous avons supposé le filet m extrêmement mince, et par conséquent très léger; mais m n'est j)as libre, et, à raison de la force de cohésion de l'eau, se trouve comme enchaîné à m', c'est-à-dire au filet liquide suivant. En s'élcvanl le long de la suiface du verre, il agira donc sur m' de la mênie manière que le veire a ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 61 agi sur lui, et, en appliquant au système de filets ?w', c', le raisonnement que je viens de faire pour le système m, c, nous voyons que m! s'élèvera d'une certaine quantité au-dessus du niveau de c, c'est-à-dire au-dessus du niveau général du bain. Or, la puissance attractive de m' sur m est égale à celle de m sur ?7i', et par conséquent ce second filet liquide, en s'élevant sous l'intluence du premier, réagira aussi sur celui-ci, et l'empêchera de monter aussi haut qu'il l'aurait fait s'il avait été libre. Des relations semblables existent entre les filets verticaux suivants, c'est-à-dire entre m' et m", entre îw" et m'", etc. ; de façon que les effets de l'action attractive du verre portent en réalité sur un nombre plus ou moins considérable de ces petites colonnes liquides, et s'étendent à une certaine distance du bord vers le milieu du bain. Mais, ainsi que nous l'avons déjà vu, la force de cohésion de l'eau est inférieure à la puissance attractive du verre; l'attraction exercée par m sur m' sera donc moindre que a ; et m' ne s'élèvera pas aussi haut que m pour faire équi- libre à c. Ainsi la ligne passant par le sommet de ces deux filets rencontrera la surface du verre sous un certain angle, et la hauteur à laquelle m" sera élevée, par suite de la cohésion qui l'unit à m', sera encore plus faible, car les molécules des liquides , tout en étant maintenues à une certaine distance les unes des autres par l'attraction cohésive, sont parfaitement libres de se mouvoir autour les unes des autres, et par consé- quent la position dans laquelle la molécule terminale du filet m' se placera par rapport à la molécule supérieure du filet m sera déterminée par la résultante de deux forces contraires, l'attrac- tion de m, qui agit obliquement, et la pesanteur qui agit suivant la verticale; m" restera donc comme suspendu à m! sans attein- dre son sommet. Il en sera de même pour m'" par rapport à m", et ainsi de suite. Or, l'observation, de même que le calcul, montre que la ligne passant par le sommet de ces verti- cales s'abaisse de plus en plus, et décrit une certaine courbe 62 ABSORPTION. qui, par ses deux extrémilés, se eonfoiid, d'une part avec la surface verticale du verre, et d'autre part avec la surface horizon- tale du bain. Ainsi, l'attraction adliésive exercée parle verre, d'une part, et l'attraction cohcsive exercée par les molécules d'eau, d'autre part, déterminentdans le voisinage du contactdu premier de ces corps avec le second l'élévation d'un certain volume de liquide qui se termine par une surface concave, et qui se compose d'une lame verticale très mince adhérant au verre et d'une masse d'eau qui est comme suspendue à la face opposée de cette lame fluide, et qui, à raison de sa pesanteur, diminue d'autant la hauteur à laquelle celle-ci peut monter, Il est donc visible que si, par une cause quelconque, la résistance opposée à l'ascension des lames aqueuses les plus rapprochées du verre par celles qui sont plus éloignées de ce corps pouvait être diminuée ou annulée, l'élévation de la por- tion marginale du bain au-dessus du niveau général de celui-ci augmenterait, la force attractive du verre restant la même. Or, il est facile de réaliser ces conditions. Effectivement, si au heu d'employer dans ces expériences une seule lame verticale de verre, on immerge incomplètement dans l'eau deux de ces lames placées parallèlement, et si l'on rapproche graduellement cesdeux plans, qui d'abord étaient très éloignés entre eux, il arrivera un moment où les deux portions concaves de la surface du liquide intermédiaire viendront à se rencontrer. Ce résultat sera obtenu quand la moitié de la dis- tance comprise entre les deux verres sera égale à la largeur de l'espace dans lequel l'action de chaque verre exerce sur la surface de l'eau une influence sensible ; et si l'on conhnue à rapprocher de plus en plus les deux verres, on annulera les résistances dues à la portion de chacune des masses liquides soulevées (\w se trouvait entre cette première ligne de jonction et le point actuel de rencontre des deux moitiés de la courbe ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 63 décrite par la surface de la masse liquide soulevée. Les deux lames d'eau qui adhèrent aux verres, et qui peuvent être consi- dérées comme les agents moteurs de tout ce système de molé- cules liquides, se trouveront donc allégées d'autant, et par conséquent, pour faire équilibre aux pressions exercées par les portions circonvoisines du bain, devront s'élever davantage. Plus la dislance comprise entre les deux plans du verre décroî- tra, plus l'effet produit de la sorte devra être considérable, et l'expérience, de même que le calcul, montre qu'effectivement il en est ainsi, et que, toutes choses étant égales d'ailleurs, les hauteurs auxquelles les liquides s'élèvent ou s'abaissent entre deux plans solides parallèles et verticaux sont en raison inverse de la dislance qui sépare ces plans (1). A l'aide de quelques données fournies par la géométrie élémentaire, il est facile de déduire de cette loi le mode d'ac- (1) Poisson atlribue l'établissement de celte loi fondamentale à Jiirin («) , qui effectivement Texposa en 171S (6) ; mais dans une note jointe à son mé- moire, ce pliysicien reconnaît que Newton l'avait devancé. Voici en quels termes ce dernier philosophe en parle : « Si deux plaques de verre, planes et polies (supposez deux pièces d'nn miroir bien poli), sont jointes ensem- ble, leurs côtés parallèles et à une distance très petite l'une de l'autre, et que par leur extrémité d'en bas on les enfonce un peu dans un vase plein d'eau , cette eau montera entre les deux verres; et à mesure que les plaques seront moins éloignées, l'eau s'élèvera à une plus grande hauteur. Si leur distance est environ la cen- tième partie d'un pouce, l'eau mon- tera à la hauteur d'environ un pouce, et si la distance est plus grande ou pins petite en quelque proportion que ce soit, la hauteur sera à peu près en ])roportion réciproque à la distance ; car la force attractive des verres est la même, soit que la distance qu'il y a entre eux soit plus grande ou plus petite ; et le poids de l'eau attirée en haut est le même, si la hauteur de l'eau est réciproquement proportion- nelle à la distance des verres. C'est encore ainsi que l'eau monte entre deux plaques de marbre poli, lorsque leurs côtés sont parallèles et à une fort petite dislance l'un de l'autre (c). » (a) Poisson, Nouvelle théorie de l'action capillaire, p. 2. (6) Jurin, .4?! Account of some Experiments, etc. ; wi.th an Inquiry into the Cause of the Ascent and Suspension of Water in Capillary Tubes {Philos. Trans., 1718, t. XXX, p. 739). (c) Newton, Traité d'optique, p. 573. 6ilj. ABSORPTION. tion des tubes capillaires qui sont ouverts à leurs deux bouts, et qui plongent dans un liquide par leur extrémité inférieure. Effectivement, nous venons de voir qu'entre deux plans de verre verticaux parallèles et fort rapprochés , l'eau s'élève de façon à v constituer une lame dont la hauteur est en raison inverse de la distance des deux verres, c'est-à-dire de son épaisseur, et dont la longueur peut être quelconque. Or, con- sidérons en particulier une lame semblable d'une longueur seulement égale à son épaisseur, et achevons de la circonscrire complètement en ajoutant à ces deux plans de verre deux nou- veaux plans parallèles perpendiculaires aux premiers , et situés à la même distance, de manière, en un mot, à limiter ainsi un tube prismatique à base carrée ; il est clair que la force qui agit sur le liquide intérieur étant ainsi doublée, le volume du liquide soulevé sera lui-même doublé. D'ailleurs, la force attrac- tive étant également répartie entre les quatre faces du prisme, elles pourront être" considérées comme soulevant quatre masses prismatiques de liquide dont les bases seraient les triangles isocèles déterminés par les deux diagonales du carré. Chacun de ces triangles a lui-môme pour base un côté du carré et une hauteur égale à la moitié de la distance de deux faces parallèles ; en sorte que pour les tubes prismatiques à base carrée on est autorisé à dire que les colonnes de liquide soulevées sont inver- sement proportionnelles au rapport de la surface qui leur sert de base et au périmètre de cette même base. Au moyen d'un arti- fice semblable, c'est-à-dire par une décomposition en triangles isocèles, il est aisé de voir géométriquement, et j'admets ici comme acquis, que ce principe subsiste quand on remplace le carré qui sert de base au prisme par un polygone régulier quelconque ; et l'aire d'un polygone régulier quelconque étant égale au produit de son périmètre multiplié par la moitié du rayon du cercle inscrit, il s'ensuivra que les hauteurs dans les tubes prismatiques réguliers seront en raison inverse du rayon ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 65 du cercle inscrit. Enlin en passant, comme on le fait en géo- métrie, des polygones réguliers au cercle, (jui peut être assimilé à un polygone régulier d'un nombre infini de côtés, on en con- clut rigoureusement que, dans les tubes cylindriques, les hau- teurs sont en raison inverse des rayons de la base, et, pour chacune d'elles, sont deux l'ois i)lus grandes qu'entre deux sur- faces planes parallèles ayant pour disfance le diamètre du tube cylindrique. Les mouvements dus à l'altraction moléculaire des solides sur les liquides sont par conséquent plus faciles à observer dans les tubes étroits qu'entre des surfaces planes, et c'est prin- cipalement à l'aide d'instrumenls de ce genre que l'étude en a été faite. De là les noms d'attraction capillaire et de phénomènes de capillarité que l'on donne généralement aux forces et aux effets dont nous nous occu|»ons en ce moment. D'après ce que j'ai déjà dit relativement à la courbure de la surAice des liquides dans le voisinage immédiat de leur point de contact avec un plan solide, nous pouvons prévoir que, dans un tube capillaire, ils se termineront par une surface de révo- lution qui sera convexe quand la force attractive de la substance dont se composent les parois du tuyau n'est pas égale en puis- sance à la moitié de la force coliésive du liquide, et concave quand l'attraction adhésive sera supérieure à la moitié de cette force de cohésion. Quant à la nature de cette courbe, on peut déduire aussi des faits exposés précédemment (jue, pour des tubes d'un certain diamètre, la surface de révolution doit être sensiblement un segment de sphère, et que le rayon de cette sphère doit diminuer dans un certain rapport avec le dia- mètre du tube ainsi qu'avec la hauteur de la colonne liquide déplacée. L'étude attentive des propriétés hydrostatifjues de ces sur- faces concaves ou convexes permet aux physiciens de calculer les conditions de l'équilibre des divers liquides dans l'intérieur V. 5 66 \BSORPTION, des tubes capillaires, et c'est de la sorte que Laplace est arrive à une théorie matlicmatiquc de la plupart de ces phéno- mènes (1). 11 ne conviendrait pas de nous arrêter ici sur le détail de ces considérations, dont les conclusions seules impor- tent à la i)hysiologie, et, pour le but que je me propose d'at- teindre à l'aide de cette digression, il me suffira d'ajouter (1) Laplace a fait voir que la pres- sion qu'une masse fluide terminée par une surface sphériqiie concave on convexe exerce par sa base sur la co- lonne fluide verticale sous-jacenle, el par conséquent sur la poussée de celle-ci sur les parties circonvoisines du fluide, est plus grande ou plus pe- tite que si sa surface était plane. Il existe donc une dépendance néces- saire entre la forme de la surface libre de la colonne liquide intérieure à l'espace capillaire, et son élat d'ex- haussement ou de dépression. Laplace a démontré que cette dépendance pouvait être établie directement sans considérer Taclion des parois sur le liquide, el, dans sa théorie mathé- matique des actions capillaires, Ten- semble des phénomènes observés se déduit de la forme des surfaces des fluides (a). []n médecin anglais. Th. Young, dont j'ai eu déjîi l'occasion de citer le nom, et dont raltention avait été fixée sur ce sujet (b), présenta quelques objections graves à la théorie de Laplace (c), et Poisson remarqua que ce grand géo- mètre avait omis dans ses calculs une circonstance physique dont la consi- dération paraissait être essentielle, savoir : la variation rapide de la den- sité que le liquide éprouve près de sa surface libre et près de la paroi du tube. En tenant compte des variations que ces changements dans la densité de la couche très mince qui termine !a masse liquide doivent exercer sur les pressions dont dépend la position d'équilibre des diverses parties de cette masse, l'oisson a fondé une autre théorie mathématique des actions capil- laires (d) ; mais le grand travail auquel il se livra à cette occasion ne paraît pas avoir beaucoup avancé la question fondamentale, et aujourd'hui la plupart des physiciens considèrent les vues de Gauss comme étant préférables. Ce dernier géomètre établit ses calculs sur la considération de l'action de la pesanteur, des attractions mutuelles des molécules mobiles du liquide et des attractions exercées sur ceux-ci par les molécules fixes de la surface des tubes ; puis il a recours au prin- cipe des vitesses virtuelles pour éta- blir les équations de l'équilibre (e). (a) Laplace, Mécanique céleste, supplément an livre X (Œuvres, t. IV, [). 389 et suiv.). (b) Young', An Essay on tlie Cohésion ofFluids (Philos. Trans., 1805, p. (15 et suiv.). (c) Young, art. Cohésion of Fiuids (Supplément to the Encyclopœdia Britannica, 1824, t. 111, p. 211 et suiv.). (d) Poisson, Nouvelle théorie de l'action capillaire. Paris, 1831 . (e) G. -F. Gauss, Principia generalia theoriœ ftgurœ fiuidorum in statu œquilibrii (Commen tationes Soc. scient. Gotlingensis, cl. math., 1832, t. VII, p. 39 et suiv.). ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 67 qu'il existe une relation constante entre la tornic du inénisquc terminal de la colonne liquide sonicvce on déprimée de la sorte et la grandeur des eflets produits, c'est-à-dire la distance à hKjuelle la snriace du liquide déplacé se trouve portée au- dessus ou au-dessous du niveau général du bain. Il jne semble cependant nécessaire d'entrer {»lus avant dans l'examen de certaines questions que soulève l'étude des phéno- mènes de capillariti', et de chercher à nous éclairer davantage sur les circonstances qui, indépendamment des dimensions des espaces étroits occupés par les liquides, peuvent influer sur la grandeur des effets |)roduils. Nous savons déjà que dans les tubes de verre à très petit calibre l'eau s'élève à une certaine hauteur, qui est en raison inverse du diamètre de ces tuyaux, et (jiie le mercure y descend au-dessous du niveau général du bain circonvoisin. Il existe entre ces deux résultats si différents une multitude de degrés intermédiaires. Ainsi, l'alcool s'élève dans les tubes de verre comme le fait l'eau, mais à une hauteur moindre; il en est à peu près de même pour diverses dissolutions salines ; l'éther sulfurique monte aussi, mais reste à un niveau inférieur à celui des liquides dont je viens de parler, et pour l'eau chargée de certaines matières minérales le contraire s'observe, et la colonne liquide dépasse en hauteur celle formée par de l'eau pure (1). (1) Cané, un dos membres de notre beaucoup moins haul que ne le fait ancienne Académie des sciences, fut l'eau distillée (a). l'un des premiers à étudier compara- Plus récemment, Emmeit et un tivement rinfluence des tubes capil- grand nombre d'autres physiciens ont laircs sur l'ascension de divers li- fait des expériences analogues (6), et, quides, elil trouva que, toutes choses pour bien iixer les idées à ce suje!, étant égaies d'ailleurs, l'esprit-de- vin je rap])ellerai ici quelques résultats et l'essence de lérébenlliine montent numériques tirés d'un travail publié (a) Carré, Expériences sur les luyaux capillaires {Mcin. de l'Acad. des sciences, 1725, p. 241). (b) Emimtt, On CapUlary AUraclion (The Philosopliical Magazine, 2» série, 1827, t. I, p. 334). 68 ABSORPTION. Nous nvons vu que ces différences dépendaient essentiellement des rapports de grandeur de deux forces contraires : l'attraction adhésive du solide pour le liquide et la cohésion de celui-ci. Mais ne pourrions-nous pas avancer davantage la question qui dernièrement par Simon (de Melz). Cet expérimentateur a pris pour unité la hauteur à laquelle l'eau distillée s'élève dans des tubes capillaires d'un certain diamètre, et en opérant dans les mêmes conditions, sur diverses dissoluiions salurées, il a observé les élévations suivantes : Chlorhydrate d'ammoniaque . i ,077 Sulfhydrale de potasse .... 1,020_ Nitrate de cuivre 1,012 Sulfate dépotasse 1,007 Sulfate de fer 0,989 Acide sulfurique 0,824 Sulfure de carbone 0,470 Hydrate de méthylène 0,359 Élher sulfurique 0,280 (a) Ainsi la présence de certains sels augmente l'action de la capillarité , tandis que d'autres substances du même ordre produisent des effets contraires. On voit aussi, par des expériences faites coniparativeinent sur des disso- lutions salines à divers degrés de con- centration, que dans certaines limites au 7iioins la modificntion détermi- née dans l'ascension de l'eau par son mélange avec des substances solubles croît proportionnellement à la quan- tité relative de ces dernières. Ainsi, dans des expériences faites par Du- trocliet sur de l'eau chargée de chlo- rure de sodium, la hauteur de la colonne était : Pour l'eau pure 12 Pour la dissolution saline faible (densilé : 1,00) 91 I^our la dissolution concentrée (densité : 1,12) Ci Mais, à densités égales, les solu- tions salines de nature différente ne donnent pas des résultats semblables. Ainsi Dutrochet a vu que de l'eati chargée de sulfate de soude ne s'éle- vait qu'à 8 lignes dans les condi- tions où colle chargée de chlorure de sodium, de f.icon à avoir la même densité (savoir 1,085), montait à 10 lignes (ô). Enimelt a trouvé aussi qu'il n'existe aucune relation entre la densité de l'eau alcoolisée et la hauteur à la- quelle ce mélange s'élève dans les tubes de verre ; ainsi il a obtenu : Pour l'alcool 0,5 Pour un mélangée de 83 parties d'alcool et 100 parties d'eau. 0,7 Pour le même niélang-e ctcnilu de ■] d'eau 10,5 Pour le premier mélange étendu de 7 { d'eau 13 Pour l'eau pure 16 Par conséquent, l'addition d'une très petite quantité d'alcool diminue beau- coup le pouvoir ascensionnel de l'eau, (a) Simon, Recherches sur la capillarité {Annales de chimie et de physique, 3" série, 1851, I. .\X\II, p. 15). (h) Dutrociiet, De l'endosmose {Mém. pour servir à l'Iiistoire aiiatomique et plujsioloijiquc des Yégétaiix et des Animaux, t. I, p. 83 et suiv.). ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 69 nous occupe, et nous former une idée de la cause de ces dilTérences dans la puissance de ces agents physiques ? Les altraclions moléculaires dont les effets de capillarité et l'addition d'une quaiili le assez con- sidérable d'eau n'aii!i;menlc que fort peu la hauteur alleinte par Tal - cool (a). On volt, par les expériences de M. Valson , que la présence de r«hii d'alcool produit sur une colonne capillaire d'eau de (il"'"\[iS de hau- teur une variation de 0'"'",'2 (b). On avait supposé d'abord que la densité relative du liquide et du so- lide réagissants pouvait être la cause de la prédominance de l'allraclion cohésive sur ratlraclion adhésive, ou vice versa; mais, ainsi que je l'ai fait remarquer, il n'existe aucun rapport constant entre la hauteur à laquelle divers liquides s'élèvent dans un tube de verre dont la densité ne varie pas et la pesanteur spécifique de ces sui)- slances. Il y a lieu de croire que la force de cohésion des liquides peut être consi- dérablement altérée , et par consé- quent les actions capillaires modiîiées par la présence de petites proportions de certains corps étrangers. .l'ai déjà parlé de la diminniion considérable que la présence d'une très petite proporlioii d'alcool déter- mine dans la iiauleur à laquelle l'eau s'élève dans les tubes de verre, et j'ajouterai que, par les expériences de Dulong, on sait que le mercure mêlé à une petite quantité d'oxyde de ce métal, au lieu de se terminer par m\ ménisque convexe dans l'intérieur des tubes barométriques, devient adhérent à leurs parois (c). Il est aussi à noter que les elfets de la capillarité se compliquent par suite de l'attraction adhésive plus ou moins puissante qui [leul se développer entre la surface du solide ou celle du liquide et l'air almijsphériquc. C'est pour écarter l'obstacle créé de la sorte que les piiysiciens chauU'ent préala- blement les tubes en présence des liquides sur lesquels ils veulent faire leurs expériences, et les dillV'rences dans la grandeur des résulials sont parfois très considérables, lors même que le gaz interposé ne serait pas vi- sible Comme exemple de l'iulluence que cette circonstance peut exercer sur les ellets de l'attracliou adhésive entre le verre et certains liquides, je citerai les faits observés par M. Donny dans ses expériences tur l'acule sul- furique. En plaçant sous le récipient de la machine pneumatique un ma- I omètre rempli de ce liquide, et en faisant le vide, il a vu l'acide roter en suspension dans le !i;be, formant cloche à une hauteur de 1"',"J5 au- dessus du niveau du bain, loisque l'appareil était complètement purgé d'air; tandis que dans le cas con- traire, le niveau devenait le même dans les deux brandi es de 'instru- ment ((/). (a) EmmoU, On CapiUary Attraction {Pliilos. Magaxine, 18"2", t. I, p. 335). (b) Valson, Sur la théorie de l'action capillaire [Comptes rendus de l'Acadcmie des sciences, 1857,1. XLV, p. 103). (c) Voyez Poisson, Nouvelle théorie de l'action capillaire, p. 291. (d) Donny, Mém. sur la cohésion des liquides et sur leur adhérence aux corps solides [Annales de chimie et de physique, 3° série, 1840, t. XVI, p. 171). 70 ABSORPTION . dépendent ne produisent dos effets sensibles (ju'à des distances très petites, nous en avons eu des preuves multipliées ; mais ces distances ne sont pas nulles, et, d'après l'analogie, nous devons être porté à croire que la grandeur de ces effets doit varier avec la grandeur de l'espace compris entre les particules de matière l'éagissantes. Or, la physique nous enseigne que les molécules de tous les corps, des solides aussi bien que des fluides, bien que se touchant en apparence, sont en réalité placées à distance, et que cette distance est susceptible de varier beaucoup , soit d'un corps à un autre, soit dans le même corps à des tempéra- tures différentes. Il est donc à présumer que l'intensité des effets dus à la capillarité doit varier suivant trois conditions : 1" le degré d'écartement des molécules du liquide , circonstance qui, toutes choses étant égales d'ailleurs, détermine le degré de cohésion de ce corps ; 2" la distance qui sépare les molécules duli(iuidedes molécules occupant la surface adjacente du solide, distance dont l'augmentation déterminerait, suivant une certaine loi, l'affaiblissement de l'action attractive exercée par ces molé- cules hétérogènes les unes sur les autres; S" enlin, l'écarté - ment plus ou moins grand des molécules du solide entre elles, circonstance qui ferait varier le nombre des molécules solides dans la sphère d'attraction desquelles chaque tnolécule adja- cente du liquide se trouverait placée, pour peu que le rayon de cette sphère fut notablement plus grand que la distance intermoléculaire, condition qui, dans la plupart des cas au moins, paraît être réaUsée (1). (1) Ainsi que je l'ai déjà dil, La- place et la plupart des physiciens de l'époque actuelle admettent que l'at- traction adhésive ne produit des effets sensibles qu'à des distances iniper- ceptibles ; mais divers laits semblent montrer que la sphère d'activité des corps solides est un peu plus étendue, et que dans certaines circonstances on pourrait l'évaluer numériquement. Un des arguments que ces auteurs emploient pour établir leur opinion est tiré des expériences dans lesquelles on mesure l'ascension de l'eau dans des tubes i'ormés de substances diflérentes et dont la surface interne a été préa- ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 71 Les résLiUats fournis par les expériences relatives à l'in- fliicnce de la chaleur sur les effets de la capillarité viennent à l'appui de ces vues. On sait depuis longtemps que ces effets diminuent généralement avec l'élévation delà température; mais c'est dans ces derniers temps seulement que les variations déterminées de la sorte ont été l'objet de recherches attentives, et les faits constatés ainsi par un des jeunes docteurs de notre Faculté, M. Wolf, offrent beaucoup d'intérêt. Ce physicien a lablcnient nioiiilléc. La couche mince du liquide qui y reste adhérenle forme un cylindre creux dans l'intérieur du- quel l'eau du bain monte lorsqu'on plonge l'extrémité inférieure du tube dans ce dernier liquide. Or, on n'avait aperçu duiis ces cas aucune différence dans la hauteur de la colonne d'eau soulevée par des tubes de nature diffé- rente, et par conséquent on admet- tait que l'élévation du liquide était duc uniquement à l'action de la gaine aqueuse dont le tube solide était revêtu, et que l'écartement dé- terminé par la présence de cette lame liquide, extrêmement mince, entre la colonne aqueuse soulevée et les parois du tube, suffisait pour soustraire com- ph'tement la première à l'intluence de celui-ci; influence qui, en variant avec la nature de la substance conslilulive de l'appareil, aurait amené des diffé- rences dans les hauteurs observées. Mais si les choses se passent ainsi dans quelques cas, il n'en est pas tou- jours de même, et dans d'autres cir- constances on a vu l'action attractive du sulide sur le liquide se manifester à travers la couche mince en question, et s'exercer par conséquent à une distance appréciable. Ainsi, dans les expériences de M. Linck , faites sur des lames parallèles de diverses na- tures et préalablement mouillées , l'ascension du liquide est restée à peu près la même quand c'était de l'eau qui se trouvait en contact soit avec du verre, du zinc ou du cuivre ; mais la hauteur à laquelle l'alcool, l'éther sul- furique, la potasse on dissolution, l'a- cide sulturique, etc., s'élevaient entre les la mes également écartées, varia très notablement, suivant qu'on employait l'une ou l'autre de ces substances. Par exemple, elle était pour l'alcool, 8 avec le verre , 9,5 avec le zinc, et 10 avec le cuivre, l'our l'acide sul- turique, elle était de 11,0 pour le verre ou le cuivre, et de 15,0 avec le zinc (a). Les recherches de M. Ijède condui- sent à un résultat analogue. Ce phy- sicien a trouvé que les hauteurs observées dans les expériences com- paratives sur l'ascension de l'eau , dans les tubes capillaires de différents calibres, ne s'accordent pas exacte- ment avec celles indiquées par le calcul ; et M. Plateau a fait remarquer que, pour se rendre compte de ces ano- (fl) Linck, Forigeselile Versiiche ûber die Cajnllaritâl (PoggcndovlT» Annalen dev l'hyslk itnd Chenue, 1834, t. XXXI, ji. 595 el suiv.). 72 ABSORPTION. constaté que l'élévation de la température produit des change- ments si considérables dans la résultante des diverses forces dont dépend l'ascension des liquides dans les tubes de verre à cavité capillaire, que la surface terminale du fluide placé dans l'intérieur de ceux-ci peut, sous l'influence de cet agent, cesser malies,ilfallailcléduiîedudianiè:redu tuyau l'épaisseur de la couche de li- quide qui adhère direciemenlau verre, et qui constitue pour ainsi dire un tube aqueux dans l'intérieur duquel le cy- lindre fluide s'élève en vertu de l'at- traction de l'eau sur elle-même. Or, pour faire coïncider de la sorte les résultats de l'observation et du cal- cul, il faut attribuer à celte couche adhérente une épaisseur conslanie d'environ 0""",()01. Par conséquent, les effets sensibles de l'allraction du verre sur les molécules de l'eau s'é- tendraient dans ces circonslanccs à une distance de — '- de milliniètrc {a). Si les expériences de Simon sur l'ascension comparative des liquides à la surface de lames planes et dans l'intérieur de tubes capillaires sont exactes, on serait porté à croire que celle sphère d'aclivilé sensible est en- core plus étendue. Ainsi que je l'ai dit ci-dessus, dans l'Iiypolbèse adoptée par Laplace et la plupart des autres physiciens, les rapports de hauteur du liquide déplacé entre deux plans pa- rallèles et dans l'inlérieur d'un tube cylindrique seraient à peu près dans la proportion de 1 à 'J, Mais Simon a trouvé la hauteur relative beaucoup plus grande; dans ces derniers . et , suivant lui, les ascensions entre les glaces et dans les tubes seraient dans les rapports du diamètre à la circonférence, c'esl-à-dire à peu près comme 3 est à 1 {b). Or cela sem- blerait indiquer que l'action attrac- tive du verre s'étend à une certaine distance sensible ; de sorte que cette attraction exercée par chaque molé- cule de ces corps produirait des ell'ets appréciables non-seulement sur le (ilet linéaire du liquide normal à la surface de celui-ci, mais sur les filets circon- voisins. La molécule du liquide située à une certaine dislance de la surface attractive serait donc sollicitée par l'action combinée d'un nombre plus ou moins considérable de molécules du solide ; circonstance qui permettrait à la forme de cette surface d'influer sur la f;randeur de la résullante, el qui amènerai! la production d'efl'els plus considérables dans l'inlérieur d'un cercle qu'entre deux surfaces planes et parallèles. Mais je ne signale ici ces résultats qu'avec beaucoup de réserve, à cause des objections qui peuvent être faites au procédé expérimental dont Simon faisait usage. Il est aussi fi noter que , d'après la théorie de dauss, la différence entre les altitudes déterminées par un tube capillaire ou par deux plans parallèles dont la dis- tance égale le diamètre du tube serait (a) Bôde, Mémoire sur Vasiensinii de l'eau et In dépvessinn du mercure dnns les tubes capil- laires, p. i! I {Mcinoires cotironncs par l' Académie de Uru.rclles, tS53, I. XXV). ((() Simon, Hechcrrhes sur In capillnrilc [Attimles de chimie et de physique, 3° si'ric, 1851, t. .WXll, p. t'J). ACTION DE LA CAPILLARITÉ, 73 d'être concave et devenir plane, ou même se transformer en un ménisque convexe, et que par conséquent le niveau de la colonne terminé de la sorte, au lieu de se trouver à une hauteur plus ou moins considérable au-dessus du niveau de la surface générale du bain circonvoisin, pourra descendre au- dessous de ce même niveau (1). précisément la moitié du rapport trouve par Simon, savoir : 1,57 : 1 au lieu de û,1/i : 1 (a). (1) Le fait de la diminution des effets de capillarité par l'élévation de la température a été indiqué soni- mairement, il y a près d'un siècle, par de la I^ande (6), et a été mieux observé par Emmelt (c). fins récem- ment , de nouvelles recherches à ce sujet ont été laites par plusieurs phy- siciens de rAllemap;ne (d) ; mais ce sont les expériences de M. Wolf qui, dans ces derniers temps, ont conduit aux résultats les plus intéressants. D'après les théories mathématiques de Laplace et de Poisson, on avait été assez généralement conduit à penser que, pour chaque liquide susceptible de mouiller les tubes, l'ascension de- vait être en raison inverse de la den- sité de cette substance ; mais celte loi n'est pas en accord avec l'expérience. Effectivement, M. Wolf a conslaté que non-seulement le décroissement des hauteurs avec l'élévalion de la tempé- rature est beaucoup plus rapide que la diminution de la densité, mais qu'il n'existe même entre ces deux phéno- mènes aucun rapport constant. En effet, la hauteur de la colonne déplacée peut diminuer quand la densité aug- mente , et inversement. Ainsi, au- dessous de /i degrés, l'élévation delà colonne capillaire d'eau croît rapide- ment avec l'abaissement de la tem- pérature, et cependant la densité du liquide diminue. A une certaine température, l'élé- vation des liquides qui mouillent les (a) Gilbert, Noie sur la théorie des phénomènes capillaires {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1857, t. XLV, p. 771). (&) De la Lande, Lettre sur les tubes capillaires {Journal des savants , 1708, p. 74.1). (c) J.-B. Enimetl, On CapUlanj Attraction {The PItilosophical Magazine, 2* série, 1827, t. I, p. 116). (d) Frankenheim, Die I.ehre von der Cohdsion, 1835, p. 122 et suiv. — Sondliaiiss, Deviquam calor habet in fluidorum cajnllaritate. Dissert, inaug,, 1841 (Enim. et Mardi., t. XXllI, p. 401). — Hiklebrand, De cohœsionis et ponderis specifici conunutalionibus quœ innonnullis fluidis vi caloris efficluntur. Disserl. inaiig , 1844. — A. Morilz, Einige Bemerkungen ûbcr Coulomb' s Yerfahren, die Cohâsion der Flûssigkeiten zu bestimmen (PoggendorfTs Annalen der Physik und Chemie, 1847, t.IAX, p. 74, cl Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, 1847, t. IV, p. 391). — Bruniier, Untersuclmngen iïber die Cohâsion der Flûssigkeiten (Poggendorlï's Annalen der Physik und Chemie, 1847, t. LXX, p. 481). Hollzniaiin, Ueber die Cohâsion des Wassers (PoggendoriTs Annalen, 1849, t. LXXI, p. 463). — Buys-Ballot, Ueber den Einfluss der Temperatur aufdie Synaphie (PoggendorfT's Annalen, t. LXXI, p. 177). Frankenheim, Ueber die Abhângigkeit einiger Cohasionserscheinungen flûssiger hSrpe der Temperatur (PoggendorlTs, Annalm, t. LXXII, p. 177). 74 ABSORPTION. Au premier abord, on pourrait être porté à attribuer cette décroissance dans les effets de l'attraction adhésive du verre sur l'eau, ou sur tout autre liquide qui dans les circonstances ordinaires est susceptible de mouiller la surface de ce corps solide, à la diminution de la densité que l'élévation de la tem- pérature détermine dans le liquide, c'est-à-dire à l'écartement plus considérable des molécules de celui-ci et à aucune autre cause. Les théories mathématiques de l'action capillaire in- ventées par Laplace et par Poisson le supposaient, et con- duisaient à admettre que les liquides susceptibles de mouiller les tubes capillaires s'y élevaient à des hauteurs proportion- nellement inverses à leurs densités; mais l'expérience a montré que les choses ne se passent pas de la sorte. La diminution dans la hauleur de la colonne soulevée n'est pas en raison de la diminution que l'élévation de la température amène dans la densité du liquide, et dans certaines circonstances ces deux phénomènes peuvent suivre une marche inverse. Il faut donc chercher une autre explication du mode d'action de la chaleur, et, pour en trouver la clef, il suffit, ce me semble, de faire entrer dans la question un autre élément du même parois du tube capillaire devient nulle, et la colonne contenue dans rintérieur de ces tuyaux, au lieu de se terminer par une surface concave, présente une surface plane, ou peut même affecter la forme d'un ménisque convexe, et descendre alors au-dessous du niveau général du bain. j\j. Wolf a constaté ces faits en observant la marche de l'étlier sulfurique, du sulfure de car- bone, de l'alcool, etc., à des tempé- ratures élevées et dans des condi- tions de pression qui empêchaient la transformation de ces liquides en vapeur (a). M est également à noter que l'élé- vation plus ou moins grande de la colonne liquide, suivant la tempéra- ture, dépend essentiellement de la température de la portion voisine de la surface, et n'est induencée que peu par celle des parties inférieures du cylindre tluide contenu dans le tube (6). (a) Wolf, De l'influence de la température stir les phénomènes qui se passent dans les tubes eapillaires. Thèses, Faculté îles sciences de Paris, 4850, n° 199. (Reproduite dans les Annales de eldmie el de pimsique, li* série, 1857, t. XLIX, p. ii30.) (b) Emmell, Op. cil. [Philosophical Maga»ine, 1827, 1. 1, p. 332). ACTION DE LA CAPILLARITÉ. ' 75 ordre dont les physiciens ne me paraissent pas avoir tenu compte, savoir, l'écartement que l'élévation de la température doit déterminer entre les molécules du solide et du licjuide qui se trouvent en contact apparent. Effectivement, l'augmen- (alion produite de la sorte dans la distance comprise entre la molécule du verre et la molécule de l'eau qui réagissent l'une sur l'autre doit entraîner une décroissance plus ou moins rapide dans les actions attractives réciproques exercées par ces molécules, et suivant la valeur relative du coefiicient de la dilatation produite par la chaleur dans le système hétéro- gène formé de ces deux molécules comparé à celui de la dilatation du liquide considéré en lui-même, les conditions dont nous avons vu dépendre le caractère des effets capillaires pourrait changer. . Ceci nous permet de concevoir comment, à la température ordinaire, les différences que nous avons rencontrées dans l'ac- tion attractive d'un même solide sur divers liquides, ou de di- vers solides sur un môme liquide, peuvent exister, sansquepour expliquer ces phénomènes il faille supposer que cette force molé- culaire varie avec la nature des corps réagissants, hypothèse qui cadrerait mal avec la simplicité ordinaire des agents phy- siques. En effet, nous savons que le coefficient de la dilatation peut varier suivant la nature soit des solides, soit des liquides; il est donc légitime de supposer que le coefficient de l'écartement, c'est-à-dire l'augmentation de la distance imperceptible qui existe entre deux corps .en contact apparent, un solide et un liquide, [)ar exemple, correspondant à un accroissement donné de température, puisse varier aussi avec la nature de ces corps. Admettons donc que le coefficient de la dilatation de l'eau soit heaucoup plus petit que celui de l'écartement ou de l'accroisse- ment de l'espace compris entre les surfaces de jonction appa- rente de l'eau et du verre; il arrivera un moment où, par l'élé- vation de la température sous une pression extérieure suffisante 76 ABSORPTIO.X. pour empêcher la volatilisation du liquide, l'attraction adhésive du verre, diminuant avec l'augmentation de la distance comprise entre les molécules du verre et les molécules adjacentes du liquide, deviendra trop faible pour balancer l'attraction coliésive des molécules de l'eau, et alors celles-ci, obéissant aux lois d'équilibre indiquées précédemment, se grouperont de façon à présenter en dessus une surface convexe, conditions dans les- quelles la colonne fluide logée dans le tube capillaire devra s'abaisser au-dessous du niveau général du bain, au lieu de s'élever à im niveau supérieur. Or, les expériences de M. Wolf prouvent que ces conditions sont réalisées pour l'étlier sulfu- rique et le verre à une température de 491 degrés; et pour l'eau le même résultat parait être produit à une température infé- rieure au rouge, car on sait que des gouttes de ce liquide projetées sur une plafpie de fer tbrtemeiit chauffée ne s'y étalent pas , mais conservent leur forme sphérique jusqu'à ce qu'elles se soient réduites en vapeur, phénomène (pii me paraît être du même ordre que ceux dont l'étude nous occupe en ce moment (1). Ainsi la différence qui se remarque entre l'action capillaire du verre sur l'eau ou sur le mercure semble devoir dépendre seulementdece que la distance à laquelle la puissance attractive du verre devient inférieure à la moitié de la puissance cohésive du liquide adjacent est atteinte par l'influence dilatante de la chaleur à la température ordinaire dans un cas, et seulement à une température voisine de la chaleur rouge dans l'autre. Quant à la nature des puissances qui entrent en jeu pour produire les phénomènes dont l'étude vient de nous occuper, je ne pourrais rien préciser; mais il est à noter (juc ces attrac- (1) C'est (lo la sorte que les phéno- nom d'éUU sphérotdal me paraissent mènes désignés par Boutigny sous le devoir être expliqués (a). (a)Boutiffny, Nouvelle branche de physique, on Étudca sur les corps à l'état sphérohlal, iS47. ACTION DE LA CAPILLARITÉ. 77 tions physiques diffèrent moins de l'affinité clnmique qu'on ne serait porté à le supposer au premier abord , et beaucoup de laits tendent même à faire penser que toutes ces actions molé- culaires ne dépendent que d'une force unique. Ainsi M. Pouillet a constaté que toutes les fois qu'un corps solide quelconque vient à être mouillé par un liquide, l'union qui s'établit ainsi entre les molécules hétérogènes est accompagnée d'un dégagement de chaleur, comme le sont les combinaisons chimiques (1). Et, plus récemment, d'autres expérimentateurs, en étudiant l'action que divers liquides non miscibles exercent les uns sur les autres, ont découvert des faits qui semblent indiquer l'existence de certaines relations entre l'atTinité cliimique et l'attraction adhé- sive (2). (1) Ce physicien a fait des expé- riences sur un nombre considérable de corps, et il a trouvé que l'éléva- lion de tenipéialure est à peu près la même pour les dilîérenls solides avec le même liquide, et pour le même solide avec les liquides diiïérents [a). (2) On doit à M. VVilson, professeur dechiniieà Edimbourg, une série d'ob- servations 1res intéressantes sur les actions capillaires produites par divers liquides les uns sur les autres. Elles ten- dent à établir l'existence d'une liaison intime entre l'attraction adliésive et l'affinité chimique, ou plutôt à faire penser que les cflets mécaniques et chimiques dus aux actions molécu- laires ne dépendent que d'une seule et même force. Quand on laisse tom- ber dans de l'eau une goutte de chlo - roforme, celle-ci ne se mouille que difficilement, et à raison de sa den- sité supérieure à celle du liquide am- biant, descend vers le fond du vase en y conservant une surface convexe et une grande mobilité ; mais si l'on ajoute à l'eau du bain un peu de po- tasse, de soude ou d'ammoniaque, on voit aussitôt le globule de chloroforme s'aplatir et s'étaler en forme de disque mince; puis, si l'on neutralise l'alcali par un acide, le chloroforme reprend sa forme arrondie. Des phénomènes analogues se produisent dans les tubes capillaires : le chloroforme s'élève dans ceux-ci à une certaine hauteur, et s'y termine par un ménisque con- cave ; mais si l'on verse soit de l'eau, soit de l'acide sulfurique étendu ou une autre dissolution analogue sur la surface du liquide ainsi suspendu dans le tube, cette surface change immé- diatement de forme et devient con- vexe ; enlin si au lieu d'acide on verse une dissolution alcaline sur la colonne capillaire, on voit la surface de celle-ci (a) Pouillet, Sur de nouveaux phénomènes de production de chaleur [Annales de chimie et de physique, 1822, t. XX, p. lil). 78 ABSORPTION. J'ajouterai que l'état électrique des corps réagissants exerce, de même que la chaleur, luie grande influence sur la puissance de leur attraction adliésive (1). Ainsi, quand un courant galva- nique d'une certaine intensité passe de l'éleclrode positive dans une goutte d'eau, et de là dans un bain de mercure, pour se rendre au pôle négatif de la pile, l'eau, au lieu de conserver sa forme spliérique, s'étale en lame plus ou moins mince, et devenir presque plane. La liqueur des Hollandais et le sulfure de carbone se comportent de même , et l'on observe des pbénoniènes analogues quand on met dans un bain lanlôt alcalinis(^ , lanlôt acidulé , diverses essences, telles que l'essence de gi- rofle, de sassafras, etc., et même le brome {a\ M. Swan a vérifié les résultats ob- tenus par M. Wilson, et a coustaté des faits du même ordre en étudiant les rapports qui s'établissent entre l'buile d'olive et de Peau, des dissolutions alcalines ou acides, de l'alcool ou de l'élber. Enfin , ce physicien a montré que les changements observés clans la forme du ménisque dans les tubes capillaires, sous l'influence de tel ou tel réactif, ne dépendent ni de l'at- traction adliésive existant entre ces derniers liquides et les parois du tube, ni de la densité relative des hquides en présence, et ne peuvent être attri- sion, les difl"ércnces qui se remar- quent dans les relations qui existent souvent enire l'aptitude d'un liquide il mouiller un solide et à le dissoudre. Chacun sait que le mercure ne mouille ni le verre, ni le fer, et ne peut dis- soudre ni l'un ai l'autre de ces corps ; mais il mouille l'argent, l'or, le plomb, l'élain, etc., avec les(iucls il forme des amalgames liquides. Il paraîtrait aussi, d'aprfîs les expériences de Guyton- ?dorveau, que la force nécessaire pour séparer de la surface d'un bain de mercure des disques niélalliques de nature diflérente croît proportion- nellement à l'aplilude des métaux à former des amalgames (c). (1) Vers le milieu du siècle dernier, Boze et NoUel virent que la vitesse avec laquelle l'eau s'écoule d'un tube capillaire sous une charge conslanle, augmente beaucoup quand on élec- trise le vaisseau, et que le change- ment produit de la sorte est d'autant hués qu'aux propriétés chimiques de plus marqué, que le conduit est jilus ceux-ci {b). étroit (d). Or, ce qui retarde l'écou- Je rappellerai aussi, à celte occa- lenienl dans ces lubcs, c'est l'adhé- (a) C. Wilson, On some Phcnomena of Caplllanj Attraction observed wilh ClUoroform, Bisuliiliu- ret of Carbon and other Liquids {Quarterly Journal of Ctiemical Science, dSiO, t. I, p. 17i). (b) W. Swiiii, On certain Phenomena ofCapillary Attraction exhibited by Chloroform, the pxed Oils and other Liquids, with an Inquiry into some of the Causes which modify the Form of the mutual surface of two immiscible Liquids in contact luith the walls of the vessel in which ihey arecontained {Philos. Magazine, 1S48, t. XXXUl, p. :^ -. i- ,r, -i I eau froide n était encore qu a 12 mil- lume d'eau 35 , II mètres (a). Lait 55 ^ ' Magendie avait déjà remarqué des On remarquera que dans le sable différences analogues dans la rapidité les elTets relatifs de la capillarité sur avec laquelle des substances d'origine ces diverses substances ne sont pas les organique (du linge, par exemple) mêmes que dans les tubes capillaires s'imbibent d'eau à la température de verre. En remplaçant le sable tan- de 15° ou à celle de 60" {b). tôt par du verre pilé, d'autres fois par II est à présumer que l'élévation de de la sciure de bois, et en employant la température, en diminuant l'adhé- comparativement de l'eau distillée et sion des grains de sable entre eux , de l'alcool, M. Matteucci a observé des avait augmenté le nombre des voies différences encore plus grandes. Dans capillaires aptes à poinper l'eau. Ce le verre pilé, l'eau s'est élevée à serait probablement un phénomène 182 millimètres et n"a dépassé l'alcool analogue à celui qui paraît se mani- que de 7 millimètres; dans le sable, fester dans les métaux, quand ceux-ci, l'eau n'est montée qu'à 175 milli- étant dilatés par l'action d'une très mettes et a dépassé l'alcool de 90 mil- forte chaleur, paraissent devenir per- (a) Matteucci, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie. (b) Magendie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, 1836, t. I, p. 27. V. 6 §5 ABSORPTION. eonslilLitives laissenl toujours cnlrc elles des espaces (lui tantôt sont visibles pour I'omI , innis qui d'autres fois sont si étroits, que nous ne pouvons les apercevoir, même avec le secours du microscope, et qui forment par lein^ réunion un système de ca- vités cai»illaires dont les parois agissent sur les liquides adjacents à la manière des tubes et des lames dont nous venons d'étudier la puissance attractive. C'est à raison de ce mode d'action que l'buile d'une lampe monte dans la mèche de coton dont on garnit cet appareil; et, j)our mettre ce phénomène encore mieux en évidence, il suffit de disposer en manière de siphon un gros écheveau de filaments de la même matière, car on parvient ainsi à faire monter l'eau par-dessus le bord du vase qui la contient, et à vider celui-ci plus ou moins rapidement (1). roMvoir C'est aussi en majeure ])artie de l'action capillaire que dépend le gonflement qui s'opère dans la plupart des tissus animaux, lorsque, après avoir été desséchés, ils se trouvent en contact avec l'eau. Le liquide s'introduit alors dans les interstices de leur substance, comme il monterait dans un système de tubes de verre de très petit calibre; mais le lluide qui pénètre dans chacune de ces cavités et s'y accumule, exerce, à raison de sa cohésion, une certaine pression sur les parois de celles-ci ; ces parois sont extensibles, et par conséquent, au lieu de conserver son diamètre initial, chacun de ces filets liquides s'élargit et dis- tend l'espèce de réservoir où il s'est logé. Le tissu augmente méables pour certains corps étrangers seulement des forces de cet ordre, et et s'en imbibent [a]. se trouve compliqué par la pression (1) Celte expérience est bonne pour atmosphérique : ainsi, dans le vide, la démontrer, dans un cours public , mf>che s'imbiberait sans donner lieu l'action des attractions moléculaires ; à un courant allant du vase à l'ex- mais le résultat obtenu ne dépend pas lérieur. (a) Henry, Observations on Capillarity (Proeeedings of the American physiological Society, cl Philos. Magaz., i«Ul, t. XXVIII, p. 343). ■ — Horsfoi'd, On the Permeability of Metals ta Mercury (Sillinian's American Jonrn. of Scienc, 1852, t. Xlll, p. 305). — Niclès, Sur la perméabilité des métaux par le mercure {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1853, t. XXXVI, p. I 54). absorbant des tissus organiques, IMBIBITION PAU CAPILLARITÉ. 83 donc de vol'mne, et oppose d'autant [)lus de résistance à l'intro- duction de nouvelles quantités d'eau, (pie son élasticité a été plus fortement mise en jeu. Pour constater que la turgescence des tissus organiipies ainsi gorgés d'eau est due principalement à l'action des (brces phy- siques dont l'étude vient de nous occui)er, il suflit de prendre en considération les résultats fournis par une série d'expé- riences dues à 31. Chevreul. Effectivement, ce cliimiste a fait voir que, par rem|)loi de forces mécaniques, on pouvait enlever à la chair musculaire, aux tendons, au tissu jaune élastique, aux membranes et à la plupart des autres parties de l'économie animale , une quantité considérable de l'eau interposée dans leur substance; que, desséchés de la sorte, ces tissus se res- serraient, devenaient transparents, et perdaient la plupart de leurs propriétés physiques les plus importantes; mais que, mis en contact avec l'eau, ils s'en imbibaient de nouveau, se gon- flaient et reprenaient leur aspect accoutumé (1). Si l'on chasse l'eau des tissus organiques par l'emploi de forces plus grandes, mais qui ne sont cependant pas de nature à détruire les combinaisons chimiques que cette substance pourrait avoir contractées avec la matière constitutive de ces corps , on fait subir à ceux-ci des pertes encore plus considé- (1) M. Chevreul a vu que les ten- sieurs fois de suite sans qu'il en ré- dons, en se desséchant, diminuenl suite aucune altération appréciable beaucoup de volume, surtout dans le dans leur substance. La quantité d'eau sens de leur épaisseur; ils perdent qu'un tendon trais perd par l'exposi- leur blancheur, leur éclat satiné, leur tion à l'air ou dans le vide sec est, en extrême souplesse et deviennent jau- général, d'(Miviron 50 p. 100 de son nâtres, demi-transparents et beaucoup poids; quelquefois plus de GO p. 100. moins élastiques que dans l'état frais; Après avoir été desséché, il peut ab- mais que si on les plonge dans l'eau, sorber beaucoup plus d'eau qu'il n'en ils reprennent peu à peu leurs pro- renferme naturellement. Parla des- priétés premières, et ces changements siccation, la fibre musculaire se réduit alternatifs peuvent être elfectués plu- à environ 1/5" de son poids initial {a). [a) Clievreul, De l'influence que l'eau exerce sur plusieurs substances azotées solides {Annales de chimie cl de physique, 1821 , t. XIX, p. 33). 84 ABSORPTION. rablcs. Ainsi, par la dessiccation à l'air libre, ou mieux encore dans le vide sec, on parvient souvent à enlever à ces tissus moitié plus d'eau qu'on ne l'avait fait au moyen de la pression mécanique (1) : et cela se comprend fiicilement; car le liquide qui a pénétré entre les molécules du solide ou qui adhère direc- tement à la surface des aréoles plus grandes dont la substance de celui-ci est creusée, y est retenu avec bien plus de force que celui qui, à raison de sa cohésion seulement, a été entraîné par son enveloppe fluide dans l'intérieur de ces cavités. Ce que l'on chasse d'abord, c'est donc l'eau qui occupe le centre ou l'axe des filets li({nidcs logés dans les interstices du tissu , et ce qui reste le plus obstinément, c'est la couche périphérique de ces mêmes filets. On verra bientôt pourquoi j'insiste sur cette circonstance C?-). Les attractions moléculaires (uii déterminent celle union entre l'eau et les tissus organiques, tant animaux que végétaux, sont très puissantes. Ainsi, chacun sait qu'un coin de bois enfoncé dans une fissure de rocher se gonfle avec lant de force en s'imbibant d'eau, qu'il fait souvent éclater la pierre, et qu'une corde, en se mouillant, se tend de façon à développer une force énorme. Il est aussi à renrarquer que ces actions moléculaires sont accompagnées d'un dégagement de chaleur qui est souvent assez considérable, et qui semble indiquer l'existence d'une cer- taine condensation de la matière sur laquelle ces forces s'exer- cent (o). Eidin la puissance des effets produits de la sorte res- (1) En soumeltant à l'action niécani- M. Pouillet, dont j'ai déjà en l'occa- qiie d'nne presse à pupier des tendons sion de parler, la soie, h laine, les frais, CCS tissns ont perdn ol ponr peaux , les membranes de i'esto- 100 de leur poids; tandis que par la mac, etc., après avoir été desséchées, dessiccation à l'air ils auraient perdu ont produit, lorsqu'on venait à les 53 pour 100 (a). mouiller, une élévation de tempéra- ('2) Voyez page 88. ture de 2 degrés ou davantage, quel- (15) Ainsi, dans les expériences de quofois jusqu'à 10 degrés (/;). (n) Clicvrciil, Op. cil. {.\nnales de chimie et de physUiue, 18"2t , t. XIX, p. 50). {b} l'ouillet, Op. cit. (Ibid., 18-22, t. XX, p. 151). Influence de l'clasliciié des lissus IMBIBITION PAR CAPILLARITÉ. 85 sort également du phénomène de la fixation de la vapeur aqueuse par un grand nombre de ces lissus avides d'eau , car les propriétés hygrométriques dont les cheveux et beaucoup d'autres substances animales sont doués dépendent du jeu des mêmes forces (1). Quant à la proportion d'eau dont un tissu organique peut s'emparer par voie d'imbibition, elle varie beaucoup, toutes , , • ' I T ■ j *'"" ^'^"^ pouvoir choses étant égales d'ailleurs, suivant la quantité de liquide absorbant. déjà existante dans la substance de ce corps solide. A mesure que cette quantité augmente, la résistance que l'élasticité du tissu oppose à l'introduclion de quantités additionnelles s'ac- croît d'une manière plus ou moins rapide (2); mais la dis- tension croissante des cavités capillaires occupées par l'eau permet à celles-ci d'utiliser d'une manière plus complète le pouvoir attractif dont leurs parois sont douées. Du reste, (1) La condensalion de la vapeur aqueuse par les matières organiques liygromélriques est considérée, par la plupart des physiciens, comme dépen- dant du jeu de forces chimiques, et par conséquent comme ne pouvant être assimilée aux actions capillairos(ai. Mais M. i'ouiilet a constaté des effets du même ordre produits sur la vapeur aqueuse par des corps dont la iiatiiie chimique ne paraît pas susceptible de modifications dans des circonstances de ce genre. Ainsi il a vu que Far- gent et le platine se couvrent d'une couche d'eau dans l'air très humide, mais non saturé, et ses expériences l'ont conduit à celte conclusion, que tous les corps qui se mouillent sont plus ou moins hygrométriques (6). Par conséquent, il faut ranger l'attrac- tion moléculaire dont dépend cette condensalion dans la catégorie des agents que l'on désigne généralement sous le nom de forces physiques. Je ferai remarquer cependant que dans la classification adoptée aujourd'hui |)ar M.Clievreid, l'allraclion (a])illaire prend place parmi les forces chimi- (jucs, et se trouve désignée sous le nom (VaffinUé LupiUaire (c). (2) Au sujet des rapports qui exis- tent entre l'allongement et les charges, on peut consulter le travail de M.Wer- iheim sur l'élasticité des lissus orga- niques ((/). {a) Clievreul, Op. cit. {Annales de chimie et de physique, t. XtX, p. 50). (6) Pouillet. Op. cit. [loc. cit., p. 156). (c) Voyez l'article de ce savant sur la Mécanique chimique, dans le Cours de chimie générale de MM. Pelôuze et Freniy, 1850, t. III, p. 890. ((/) fi. Werllifim, Mémoire sur l'élasticité et la cohésion des principaux lissus du corps humain {Annales de chimie et de physique, 1847, t. XXI, p. 385). 86 ABSORPTION. l'augmentation dans la puissance d'inibibition due à cette der- nière cause est très petite, comparativement à la progression négative déterminée par la réaction du tissu élastique , et il arrive toujours un moment où celle-ci fait équilibre à l'attrac- tion capillaire. L'imbibition est alors parvenue à son terme, et c'est pour désigner cet état que les physiologistes, emprun- tant leurs expressions au langage de la chimie, disent que les tissus sont arrivés à leur point de saturation. Ainsi, plus un tissu organique est éloigné de cet état de saturation, plus il aura de tendance à s'emparer de l'eau avec laquelle il se trouve en contact. Or, nous verrons bientôt que l'ab- sorption suit cette loi chez l'animal vivant aussi bien que sur le cadavre. Influence Lcs différcuccs que nous avons déjà eu l'occasion de remar- ci.im^quT quer dans le mouvement ascensionnel de divers liquides dans esbquides j^^^ petits tubes de verre s'observent aussi dans le degré d'ac- de rirabibîuon. l'^ïté avcc Icqucl les tissus organiques s'imbibent de substances dont la nature chimique varie. Ainsi un morceau de tendon, préalablement desséché et plongé dans l'huile n'éprouvera presque aucun changement, et son poids n'augmentera que très peu ; dans l'alcool , il se chargera d'une quantité un peu plus considérable de liquide , mais il ne reprendra ni son volume ni son aspect naturels, tandis que dans l'eau son poids doublera bientôt, et pourra même tripler ou quadrupler; et en se gontlant de la sorte il retrouvera ses propriétés physiques ordinaires. Des différences analogues s'observent quand on compare l'action absorbante des tissus organiques sur l'eau et sur les dissolutions salines. Ainsi, dans les expériences inté- ressantes faites sur ce sujet, il y a près de quarante ans, par M. Chevreul, le tissu jaune élashque, préalablement dessé- ché, ne s'est emparé que d'environ 57 centièmes d'eau quand on le plongeait dans une dissolution saturée de chlorure de sodium , taudis qu'il se chargeait de 240 centièmes de liquide IMBIBITION PAR C\PlLLMilTÉ. 87 quaiKl c'était de l'eau pure avec laquelle il se trouvait en con- tact (1)., On pouvait donc prévoir (|u'en faisant varier le degré de conceniration des dissolutions salines dans lesquelles on plon- gerait un corps analogue , on déterminerait des dit'terences correspondantes dans les f[uantilés de liipiide dont celui-ci s'imbiberait; et, en effet, les reclierclies plus récentes de M. Liebig et de M. Cloetta montrent (pie les choses se passent de la sorte ("2). (1) L'auguientalion de poids obser- vée par M. Chcvieul n'élait que de 3 à 8 pour iOO, lorsqu'il plaçait du tissu élastique jaune, des tendons, des li- gaments, etc., dans de Thuile pendant onze heures, terme au delà duquel le poids de ces substances resta sla- tionnaire. Dans ces mêmes expériences , la quantité d'eau dont les tissus orga- niques s'imbibaient était toujours plus petite quand ils étaient immergés dans de l'eau salée que lorsqu'ils étaient en rapport avec de l'eau pure; mais, en général, la différence n'était pas aussi considérable que dans l'exemple cité ci-dessus. Ainsi 100 parties de tendon d'Éléphant desséchées ont pris en vingt-quatre heures 178 parties d'eau, tandis que le même tissu également desséché, mais plongé dans de l'eau saturée de chlorure de sodium, a ga- gné en poids 11^8 pour 100 ; et, pour arriver à ce degré de saturation, il a fallu prolonger l'immersion pendant vingt et un jours (a). ('2) Ainsi M. Liebig a trouvé que 100 parties du tissu desséché de la vessie du Bœuf prenaient par imbi- bilion, en vingt-quatre heures : 208 volumes d'eau pure, t33 volumes d'une dissolulioii conceii- Irée de clilorure de sodium (den- sité, 1,204). En quarante-huit heures la quan- tité de liquide absorbé était de : 310 vohuncs d'eau pure; 288 volumes de dissolution saline con- tenant 4 tl'eau et ~ de la dissolu- lion précédente ; 235 volumes du même mélange dans les proportions de ~ d'eau et -J de la dissolution concentrée; 219 volumes du mélange contenant \ d'eau el -r de la dissolution con- centrée de sel marin. Avec la vessie de Porc desséchée, les dilïércnces furent encore plus grandes. Kn vingt - quatre heures 100 parties absorbèrent : » 350 volumes d'eau distillée, 1 59 volumes d'eau saturée de chlorure de sudium {b}. Dans une expérience analogue, (a) Chevreul, Op. cit. (Annales de chimie et de physique, 4821 , t. XIX, p. 52). (b) Liebig, Reclterches sur quelques-unes des causes du mouvement des liquides dans l'org»- nisme animal (Annales de chimie et de physique, 1849, 3" série, t. XXV, p. 374). 88 ABSORPTION. innuc-nce § k- — L'éfLitle allciitive des pliéiiomènes qui accompagnent ''"''r""''''rimbil>ifion des dissolutions salines par les tissus organiques '%TSe°" a permis aux i)liysiologistes de découvrir certains effets de des liquides. (,.^p|j].,j,j(ji ^Jqjjj ]gg piiysicicns nc pouvaient soupcoimer l'exis- tence tant qu'ils ne se servaient que de tubes de verre de petit calibre pour leurs expériences sur les attractions moléculaires, et dont la connaissance est d'une grande valeur pour la philosophie chimique ainsi que pour l'explication des actes physiologiques. Je viens de montrer que l'attraction adhésive exercée par les tissus organiques sur l'eau et sur le sel commun n'est pas également énergique. Nous en pouvons conclure qu'en pré- sence d'un mélange de molécules de ces deux substances, ces tissus attireront dans leurs interstices les unes avec plus de force que les autres, et s'en chargeront en plus grande pro[)or- tion. .'Mnsi, (juand un tissu perméable est plongé dans une dissolution saline, le liquide qu'il accumule dans son intérieur est moins riche en sel (jue ne l'est le bain circonvoisin, et la différence est d'autant ])his marquée, que l'imbibition s'est effectuée par l'action attractive de cavités plus petites. En étudiant les [)hénomcnes de Iranssudation dont l'orga- nisme est le siège, j'ai déjà eu l'occasion de mentionner des faits du même ordre, et de les attribuera ce que j'ai appelé une fiUralion élective (1 ). Nous aurons bientôt l'occasion d'y revenir M. Cloella a constaté une absorp- Avec le sulfate do sonde la quantité tion de : de liquide absorbé était de : 5,4 pour \ 00 d'une dissolution de sel j _i 5 ijuand la dissolution était cliargce lOMunun dont la densité était de 5,5 pour 100 de sel ; 1,35; O.f^O quand elle ciiMleiiaitl 1,7 ponr 100 24,3 poiw 100 d'une dissolution seni- dg sp) f^a). Ijlalde, mais n'ayanl que 1,01 de densité. (1) Voy. ci-dcssiis, tonic IV, p. /|23. (a) Cloelta, Di/I'iisionspenurlii- durcit Nnnbvanen mit zwei Sahen. Zuricij, 1851, INFLUENCE DE LA CAPILLARITÉ SLR LES MÉLANGES. 89 encore une fois, et je me bornerai à ajouler ici que cette influence remarquable des effets de la capillarité sur la compo- sition chimique des liquides s'explique facilement par l'inde'- pendance des actions attractives exercées par le corps solide sur les molécules de l'eau et sur les molécules du sel qui se trouvent mélangées avec les premières. Le tissu perméable attire plus fortement l'eau ; cette substance doit donc tendre à s'accumuler contre la surface des cavités capillaires du tissu organique, et à constituer dans celles-ci une sorte d'enveloppe à l'inlérieur de laquelle se trouvera la dissolution saline non modifiée (1). (1) M. Bi'iicke fut le premier à ap- peler rallention des physiologistes sur la faculté que les tissus perméa- bles ont de séparer Teau d'une disso lution saline, et par conséquent de modifier le degré de concentration de celle-ci (a). Je reviendrai sur ses ex- périencer. quand je parlerai plus par ticulièrenient de Tendosmose. M. Lud- wig alla plus loin, et fit voir que le mécanisme du phénomène devait êlre celui indiqué ci-dessus. Ce physiolo- giste compara d'abord avec beaucoup de soin les proportions d'eau et de matières salines contenues dans le liquide que le tissu organique enlevait à une dissolution dont la composition était connue. Il opéia tantôt avec du chlorure de sodium, tantôt avec du sulfate de soude, et toujours il trouva que la proportion d'eau devenait plus forte dans la dissolution dont le tissu organique préalablement desséchi' s'é- tait imbibé que dans le bain dont ce liquide provenait. Ainsi, en employant comme bain de l'eau chargée de 7,220 pour 100 de sulfate de soude, il trouva que le liquide imbibé par le tissu de la vessie de Cochon desséchée ne renfermait que /i,'i3 pour 100 de sel, et en plongeant un morceau des parois de l'aorte du Bœuf dans de l'eau chargée de 19,79 centièmes de chlorure de sodium, il reconnut que la dissolution perdait environ 3 pour 100 de sel en pénétrant dans ce tissu spongieux. Pour vérifier ou infirmer les vues théoriques de M. Briicke, relativement à la cause de cette dilTérence et au mode (le distribution de l'eau et de la matière saline dans les capillaires des tissus animaux, M. Ludwig fit une autre série d'expériences. Il est évi- dent que si celle théorie est l'expres- sion des faits, la dissolution saline dont le tissu s'est chargé ne doit pas être homogène dans toutes ses parties ; que dans le voisinage immédiat des surfaces dont l'attractwn adhésive détermine la séparation de l'eau et du sel, il doit y avoir une couche (fl) E. Briicke, De diffusione humorum per sepla mnrtna d viva. Berlin, 1S41. — DeUràçie iur Lehre von der Diffusion tropfbar/Ulssiger KOrper durcit porose ScheidevMnde (Po^g'endorÛ"» Ànnalen, 18i3, t. LVItl, p. 77). 90 ABSORPTION , Cette eouclie périphérique, composée d'eau pure ou d'eau avec très peu de inalières étrangères, adhère riécessairemenl avec plus de force aux parois des cavités interstitielles, et ne peut être que très difficilement chassée de celles-ci par une pression mécanique; aussi quand on examine comparativement le degré de concentration d'une dissolution saline qui va se trouver en contact avec un tissu organique ajite à s'en imhiber, la densité moyenne de cette même dissolution après son entrée dans ce corps poreux, et la composition du liquide qui s'écoule ensuite de celui-ci sous l'inlliience de la pression, trouve-t-on que les proportions relatives d'eau et de sel varient d'une manière conforme à ce que la théorie indique. Pour rendre les effets de ces actions moléculaires saisissables mince do la première de ces sub- stances, sinon à l'étal de pureté, au moins très peu chargée de particules salines, et que la densité de la disso- lution doit augmenter de la circonfé- rence vers Taxe de chacun des petits conduits occupés par le liquide ab- sorbé. Il est évident aussi que la cou- che fluide qui adhère directement aux parois de ces cavités cai)iliaires doit y être retenue beaucoup plus forte- ment que les couches centrales de ces petits lilets liquides, et que par con- séquent ce sera d'abord cette dernière portion qui sera chassée au dehors par l'action d'une pression mécanique exercée sur le tissu ainsi chargé de liquide. Si la théorie de M. Briicke est vraie, il faut donc que r(>au qui s'échappera d'un tissu spongieux im- bibé d'une dissolution saline soit plus riche en sel que ne l'est en moyenne le liquide qui occupe la totalité des cavités inlerstitielles de ce tissu. M. Ludwig compara donc la composi- tion de la dissolution saline existant d'ans la substance spongieuse de di- vers tissus animaux et celle du liquide qui s'échappait de ceux ci sous l'in- fluence d'une pression mécanique, et il trouva qu'elfectivement ce dernier était notablement plus chargé de sel, mais ne dillérait pas beaucoup eu densité de la dissolution dans laquelle le tissu avait puisé le liquide dont il s'était imbibé ; de sorte que la diffé- rence entre la composition de ce der- nier et celle du liquide absorbé devait être attribuée à l'introduction d'une couche d'eau pure ou presque pure, puisée dans le bain salin et appliquée immédiatement contre les parois des cavités capillaires, eu manière de gaine autour des lilets de dissolution entraînés dans ces mêmes cavités par suite des actions de capillarité (a). (a) G. Ludwig, Ueber die endosmotischen .équivalente wid die endosmotische Théorie (Zeit- schrifl tiïr rationelle Médian, 1 «49, t. Vlll, \>. ■! u et sniv.). — Lehvbuch der l'hyswlogie des Menschcn, 1852, t. I, p. 02. INFLUlilNCE DE LA CAPILLARITÉ SUR LES MÉLANGES. 91 à la vue, j'aurai recours à une expérience faite par M. Ludwig. Plaçons dans deux ilacons munis do bouclions de cristal bien rodés, de façon à empêcher l'évaporation du liquide inclus, une solution saturée à froid de chlorure de sodium, et, avant de les fermer, introduisons dans l'un des vases un morceau de vessie préalablement desséchée. Dans le flacon où il n'y a que la dissoluhon saline, celle-ci ne donne lieu à aucun dépôt de cristaux ; mais dans celui où se trouve le lissu organique, les choses ne se passent pas de même : le tissu ne tarde pas à s'imbiber du liquide dans leijuel il baigne; mais, comme il enlève à celui-ci plus d'eau que de sel, et que la dissolution dont le bain se compose est saturée, il ne peut effectuer celte soustraction qu'en déterminant la solidification d'une certaine quantité de la matière saline, et effectivement on le voit se couvrir de cristaux abondants. § 5. — En résumé, nous voyons donc qu'à raison même insunk des propriétés physiques des parties solides de l'organisme, il 'crpiiTairés existe, chez les animaux comme chez les plantes, une force véiabdnent 1 !>/>• '', 1 1 (>i 1 X* (lus coiiranls rpu tend a hure pénétrer dans la prolondcur des tissus per- observés. méables de ces êtres l'eau et beaiicou[) d'autres liquides avec lesquels la surface de leurs organes se trouve en contact. Nous voyons aussi que les effets dus à ces actions capillaires doivent varier d'intensité et même de signe, suivant la nature des substances en contact avec les tissus organiques , suivant les propriétés de ceux-ci, et suivant les dimensions des espaces confluents dont ils sont creusés. Nous aurons à revenir bientôt sur ces conditions , dont dépend le degré d'activité avec lequel Timbibition s'opère; mais, en ce moment, une autre question doit nous préoccuper, et nous devons nous demander si l'attraction capillaire exercée par les solides de l'économie animale peut suffire à l'établissement de courants, soit de l'exté- rieur du corps vivant jusque dans les cavités dont se compose l'appareil circulatoire, soit du bain où Dutrochet a découvert sancn les actions 92 ABSORPTION. les phénomènes osmotiques jusque dans l'intérieur des poclies membraneuses employées dans les expériences de ce physiolo- giste ingénieux? Quelques auteurs ont supposé qu'il en était ainsi (1); mais il suffit de considérer attentivement le jeu des forces dont dépend l'élévation d'im liquide dans un tube capillaire, pour reconnaître que cette liy[)othèse est inadmissible. Effective- ment, la puissance attractive qui fait monter le liquide de la sorte pourrait bien faire arriver celui-ci jusqu'au bord supérieur du canal, si son intensité était suffisante ; mais elle ne pourrait jamais le déterminer à se déverser au dehors, et établir de la sorte un courant comme on en observe souvent dans les expé- riences sur l'osmose, car, dès que le liquide en mouvement dans l'endosmomèlre dépasserait le niveau de l'extrémité supé- rieure du tube capillaire, elle agirait en sens inverse et tendrait à retenir ce même liquide. Les anciennes expériences de du Fay, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler (2), montrent que rallraction adhésive exercée par les parois d'un tube capillaire sur le liquide inclus [)eut balancer les effets d'une pression hy- drostatique très notable, et devient un obstacle à l'écoulement de celui-ci au dehors. Ainsi l'action capillaire dépendante de la surface des cavités invisibles dont les membranes organiques sont creusées pourra suffire pour amener des liiiuides de l'une des surfaces de ces corps solides jusque dans le voisinage iuimédiat de la surface opposée, et pour produire l'imbibilion des tissus de l'organisme, mais sera toujours insuffisante pour faire avancer ce liquide plus loin et pour établir à travers la subslance de ces corps (1) Magendie, par exemple, sup- qu'en une inibibilion à double cou- posait que les phénomènes d'endos- rant (a). mose et d'exosmose ne consistaient ('J) Voyez ci-dessus, page 56. (fl) MaijeiKlie, Lci'ons sur les plinwmènes 'pitysiques de la vie, t. I, p. 83. ACTION DES LIQUIDES LES UNS SUR LES AUTRES. 93 un courant quelconque. Tout en attribuant beaucoup d'impor- tance aux eiïets de la capillarité dans la production des phéno- mènes complexes dont l'étude nous occupe ici, nous ne pouvons donc expliquer par le jeu des forces attractives que possèdent les tissus organiques, ni les phénomènes osmotiques, ni l'ab- sorption qui fait pénétrer les matières étrangères de l'extérieur des vaisseaux jusque dans le torrent de la circulation. Ce mou- vement ne peut être déterminé que par l'intervention de quelque autre force, et, pour en dé(;ouvrir la cause, cherchons d'abord à nous rendre compte de l'action que le milieu en rapport avec la surface vers hKjuelle le courant se dirige peut exercer sur les liquides dont les cavités capillaires de la cloison se sont rem- plies. § 6. — Si la cloison qui sépare entre eux deux liquides est éga- lement perméable dans tous les sens, et si ces deux liquides sont doués des mêmes propriétés, l'intluence de ceux-ci ne produira aucun effet sensible sur l'état d'équilibre du fluide logé dans les canaux capillaires dont cette cloison est creusée (1). Mais si ces liquides sont hétérogènes, il pourra en être autrement, car l'at- traction exercée parles molécules du liquide intérieur sur celles du liquide extérieur pourra l'emporter sur la force qui fait ad- hérer ces dernières aux parois des conduits capillaires intermé- Actioii des liquides liétérogèncs les uns sur les autres. (1) Si le fluide que j'appellerai interstitiel élail compressible comme le sont les gaz, son volume diminue- rait par l'eiïet de la pression exercée en sens opposé par les deux filets liquides attirés dans le canal capillaire parlesextrémitésopposéesde celui-ci ; mais cette pression étant égale de part et d'autre, il resterait stationnaire au milieu de la cloison et continuerait à former écran. Si le canal capillaire était vide, les deux filets liquides s'y rencontreraient et formeraient une masse continue, mais le liquide A ne pourrait repousser le liquide B ni être repoussé par lui, puisque nous avons supposé l'action capillaire égale de part et d'autre; par conséquent il n'y aurait établissement d'aucun courant. Eulin, si le canal capillaire est déjà occupé par un liquide identique avec A et B, ceux-ci ne pourront pénétrer ni l'un ni l'autre, parce que l'attraction exercée par les parois de ce conduit sur le liquide cavitaire sera égale à celle que ces mêmes parois exercent sur A et sur B, et il n'y aura là aucune cause de déplacement. 9/l ABSOr.l'TlON, diaircs, ainsi (lue sur la force (jui tendrail à faire pénéirer le liquide inlérieur dans ces mêmes canaux et à s'opposer au pas sage du lirpiide extérieur. Celui-ci serait alors sollicité à avancer -davantage et à se réunir au li(]uide inférieur; enfin, si l'attrac- tion e^î^ercée de la sorte par l'un des liquides sur l'autre était suffisamment grande, il en résulterait un mouvenient d'afflux de l'extérieur à l'intérieur, c'est-à-dire un courant endos- motique, et un phénomène analogue à celui qui constitue l'ab- sorplion. Pour avancer dans l'étude du mécanisme du transport des matières étrangères de l'extérieur de l'organisme ou des cavités circumvasculaires jusque dans le torrent de la circulation, nous avons donc besoin de connaître le mode d'action des liquides sur les liquides, et je me vois conduit de la sorte à faire une nouvelle excursion sur le domaine des sciences physico- chimiques. S 7 — Chacun sait que les liquides, quand ils sont en Cause '-' 111 deianiiscibilité ^Q,-,jjjj.[ j.ç comuortent d'une manière très variable : les uns des liquides. ' ' sont miseibles, les autres ne se mêlent pas; et lorscju'on veut se rendre bien compte de la cause de ces différences, il est bon de revenir au point de départ que j'ai choisi pour l'étude des actions capillaires, et de considérer ce qui se passe quand de très petites masses ayant la forme de gouttes sont en pré- sence. Nous avons déjà vu qu'il existe de très grandes variations dans l'intensité relative de la force de cohésion qui tient unies les molécules des divers liquides et de l'attraction adhésive que les corps solides exercent sur ces substances. 11 en est de même jiour les réactions des différents liquides les uns sur les autres. Ainsi, quand une goutte d'eau roule sur une surface où elle conserve sa forme sphérique et qu'elle vient à rencon- trer un globule de mercure, elle ne se confond pas avec celui-ci et reste arrondie, parce que la force d'attraction des ACTION DES LIQUIDES LES UNS SUR LES AUTRES. 95 molccules de l'eau pour elles-niêmes est supérieure à la force d'allraclion agissant entre ces molécules et celles du mercure, qui, de leur côté, sont maintenues le plus rapprochées possible, c'est-à-dire en boule, par une force de cohésion supérieure :\ l'attraction dont je viens de parler. 11 en est encore de môme quand des globules d'eau et d'huile viennent à se rencontrer; mais, quand une goutte d'eau arrive en contact avec une goutte d'alcool , les choses se passent tout autrement ; les deux glo- bules se confondent rapidement, et ne forment plus qu'une masse unique. En effet, l'attraction des molécules de l'eau pour celles de l'alcool, et réciproquement, est plus énergique que l'attraction cohésive des molécules de l'un ou de l'autre de ces liipiides pour elles-mêmes, et celte attraction détermine leur rapprochement. Il y a donc des différences très considérables dans le degré de puissance avec lequel les liquides liétérogènes s'attirent mutuellement. Pour mieux apprécier riniluence de cette inégalité dans la force adhésive, examinons de plus près ce qui se passe (]uand l'eau est en présence de l'huile ou de l'alcool. Chacun a pu remarquer que l'imile versée sur l'eau surnage à raison de sa moindre densité, et que si la quantité d'b.uile déposée ainsi est très petite, ce liquide conservera en dessous une surface convexe, tout en s'étalant en lame mince, et ne se mêlera pas à l'eau; bien plus, si l'on agite le vase de façon à diviser l'huile en parcelles très minimes et à éparpiller celles-ci dans tous les sens au milieu de l'eau, on la voit, par le repos, se réunir plus ou moins rapidement à la surface de ce liquide, et reprendre la position que l'équilibre hydrostatique lui assigne. Ainsi le mélange opéré artificiellement n'est pas permanent. Si, au lieu d'employer de l'huile, on verse doucement à la surface de l'eau une certaine quantité d'alcool, ou mieux encore du vin coloré, atin de rendre les phénomènes plus visibles, on Action 96 ABSORPTION. remarque aussi que ce dernier liquide forme au-dessus de la première une couche distincte ; mais la ligne de démarcation cesse bientôt d'être nette, et l'on voit le vin, malgré sa légèreté, descendre peu à peu dans l'eau et la teinter de plus en plus ; au bout d'un certain temps, le mélange se sera complété spontané- ment, et, lorsque ce résultat sera obtenu, ou lorsqu'on aura mêlé les deux liquides en les agitant, la différence de leur pesanteur spécifique ne suffira plus pour les séparer : les molécules du vin se seront distribuées d'une manière uniforme dans toutes les parties de la masse d'eau sous-jaccnte. Ces deux liquides sont donc miscibles, et la force qui lient les molécules du vin unies aux molécules de l'eau balance non-seulement l'attrac- tion cohésive de ces deux substances , mais aussi la force hydrostatique due à leur densité inégale, qui tend à faire monter les premières et descendre les secondes. Des phénomènes analogues s'observent quand on met en deslquilill présence un corps solide et un li(juide qui est susceptible, non- seulement de mouiller le premier, mais aussi de le dissoudre. Les mêmes forces déterminent les dissolutions aussi bien que les mélanges permanents dont je viens de parler, et, pour arriver à des idées nettes touchant l'action réciproque des li(piides, il me paraît indispensable de considérer d'abord ce qui se passe dans le travail de la dissolution. Prenons pour exemple un morceau de glace, et plaçons-le en rapport avec de l'acide sulfurique concentré : la glace se dissoudra, c'est-à-dire fondra et se dispersera dans l'acide, jusqu'à ce que celui-ci se soit chargé d'une certaine propor- tion d'eau. L'attraction exercée par l'acide sulfurique sur les molécules de la glace aura donc vaincu la force de cohésion qui retenait celles-ci comme enchaînées entre elles et leur donnait l'état solide ; elle aura produit sur ces particules un el'fet analogue à celui qui résulte de leur combinaison avec une quantité considérable de chaleur, et l'eau ainsi liquéfiée aura ACTIONS MOLÉCULAIRES DES LIQUIDES. 97 été introduite dans la masse de l'acide et distribuée d'une ma- nière uniforme dans toutes les parties de celle-ci, car la combi- naison ou mélange ainsi produit sera identique sur tous les points. Pour arriver au but que je me propose d'atteindre, nous n'avons pas besoin d'examiner ici quel est le caractère de la force attractive déployée [)ar l'acide sulfurique , et de chercher si elle moditie ou non le mode de groupement atomique des corps réagissants ; que cette force soit l'affinité chimique ou l'agent que nous avons vu intervenir dans la production des phénomènes de capillarité, et que nous avons appelé attraction adliésive, les effets dynamiques pourraient différer quant à leur intensité, mais resteraient les mêmes en ce qui touche au chan- gement d'état du corps dissous et à son mode de répartition au sein du menstrue, c'est-à-dire du lUiide dissolvant; et toujours l'action dissolvante de celui-ci se prolongera tant qu'il n'y aura pas équilibre entre la puissance attractive dont ce menstrue est doué et la somme des forces contraires qui ten- dent à maintenir les molécules de l'eau à l'état de glace séparées de celles-ci et réunies entre elles sous la forme solide. Le degré de solubilité de la glace dans l'acide sera donc déterminé par la résultante de ces forces contraires ; et quand cette résultante deviendra égale à zéro, la dissolution de l'eau dans l'acide sera dans l'état d'équilibre que les chimistes appellent sa^raaon. Mais les molécules de l'acide et celles de l'eau à l'état solide n'en persisteront pas moins à s'attirer réciproquement avec un certain degré de force; et il est visible que si l'on supprimait l'influence de la cohésion de la glace qui balance cette attrac- tion, celle-ci continuerait à déterminer le rapprochement entre les particules de ces deux corps hétérogènes, et une nou- velle quantité d'eau pénétrerait entre les molécules de l'acide. Or, cette désagrégation des particules de l'eau solide s'effectue par l'action de la chaleur, quand la glace vient à fondre sous l'influence de cet agent physique, et par conséquent l'acide sulfu- V. 7 98 ABSOrU'TION'. riquc, en vertu des l'oroes attraelives doiit nous venons d'exa- miner le jeu, pourra se pénétrer d'une quantité d'eau liquide supérieure à celle dont il s'emparerait si ce dernier corps était à l'état solide. Il en résulte que des phénomènes du même ordre que ceux qui caractérisent l'action dissolvante peuvent se pro- duire quand deux li(}uides sont en contact, et déterminer la répartition uniforme des molécules de l'un dans la masse con- stituée par l'autre. Nous verrons bientôt que l'attraction dévelo[)pce de la sorte est une cause de mouvement pour les dissolutions salines et les autres liquides qui se trouvent en rapport avec les humeurs de l'organisme, et joue un rôle considérable soit dans l'endosmose, soit dans l'absorption physiologique; mais, avant d'examiner ce point, cherchons à compléter l'idée que nous devons nous former de la réaction des liquides miscibles qui viennent à se rencontrer. Mode Si la force qui détermine le rapprochement des molécules .ifl distribution j l'aeide sulfurifiue et de l'eau était seulement rallniité clii- des molécules i<>-i i»-- .^ j enîiLoiuTion m'*liie, Ic mélange spontané de ces deux liquides ne se produi- rait plus du moment que cette affinité serait satisfiiite, et, en admettant même qu'à raison de cette force chaque molécule d'acide pût agglomérer autour d elle un très grand nombre de molécules d'eau, les effets ainsi produits auraient un terme, et, passé ce terme, rien ne solliciterait les particules d'acide hydraté à se répandre dans un volume d'eau plus considé- rable. Il en serait encore de même si le mélange des deux liquides n'était provoqué que par l'atlraclion adliésive agissant seule ou conjointement avec l'affinité; car, d'une part, la sphère d'activité sensible de cette force aurait aussi des limites, et, d'autre part, dès que la molécule d'acide serait en équilibre au milieu d'un groupe de molécules occu[)ant la totalité de l'espace correspondant à cette sphère, elle y resterait station- naire tant qu'une autre cause ne viendrait pas troubler cet ACTIONS MOLÉCIILAIKES DES LIQUIDES. 99 e(iiiilibre. Or, le voisinage d'une masse plus ou moins consi- dérable d'eau située au delà de ces limites ne saurait produire cet effet. Cependant l'expérience nous ap[)rend que si l'on met en contact de l'acide sulfuri([ue et de l'eau, le premier de ces corps se répartira uniformément dans le second et y restera distribué de la sorte, (piel que soit le volume de ce dernier li(juide. Ainsi, dix molécules d'acide qui se placeront à égale distance dans un volume d'eau constitué [)ar mille molécules de ce corps, se répartiront de la même manière dans un volume composé d'un million ou de cent millions de ces mêmes molé- cules ; de sorte que des portions du mélange prises dans des parties quelconques de la masse formée par celui-ci offrent les mêmes proportions d'eau et d'acide. L'explication de ce pliénomène a été donnée par un des pliysiciens que la Faculté des sciences de Paris est heureuse de pouvoir compter au nombre de ses membres : Gay-Lussac (Ij. Chacun sait que les corps, tant solides que liquides, changent i.-diat dos corps d, t. ... ,, ,, / , c^,, . '1 ' en (lissolulioi état sous 1 mlluence d une température suilisamment élevée, est analogue pourvu qu'ils ne soient pas décomposés préalablement par cette force, et que lorsque leurs molécules conslitutives ont été de la sorte écartées entre elles, celles-ci cessent d'exercer sur elles- mêmes une attraction réci[)ro(jue ap|)réciable, mais obéissent à la force répulsive que la chaleur leur communique, et tendent en conséquence à se répartir uniformément dans l'espace; quand des obstacles s'opposent à leur dispersion, elles pressent (1) Gay-Lussac élait à la lois un qui a été Torigiiie de nos connais - grand chimisle et un des physiciens sances sur les radicaux composés, et les plus illustres de son époque. Ou un grand nombre de travaux d'iuie lui doit la découverte de la hn dite grande importance. 11 naquit en 177 S des onluines, qui régit les combinai- et mourut en 1850, Arago et M, Biot sons des gaz; un travail capital sur ont publié l'un et l'autre des notices l'iode, la découverte du cyanogène, sur ses ouvrages (a). (a) Arago, Notices biographiques , I. III {Œuvres). — Biot, Notice sur Gay-Lussac (Journal des savants, 1850). en dissolution est analojue celui des gaz. 100 ABSORPTION. contre ceux-ci, et, ({luiikI elles cessent d'être confinées, elles se répandent au loin. Nous avons déjà eu l'occasion de voir qu'en vertu de ce pouvoir expansif, les gaz occupent tous les espaces vides où ils ont accès, et se logent aussi dans les interstices que les molécules des fluides laissent entre elles (1). Or, les mo- lécules d'un solide ou d'un liquide qui, par l'action dissolvante d'un menstrue , se trouvent écartées entre elles de la même façon, doivent se comporter d'une manière analogue; et par conséquent si les forces attractives (jui déterminent le groupe- ment d'un certain nombre de molécules du corps dissolvant autour de chaque molécule du corps soluble conservent une action sensible à des distances où déjà la force de répulsion l'emporte sur la force de cohésion, ces molécules doivent se comporter comme le font les particules d'un gaz ou d'une va- pein-, c'est-à-dire se repousser mutuellement et tendre à se ré[)artir uniformément dans la totalité de l'espace que le menstrue leur offre. C'est précisément de la sorte (ju'on les voit se répandre au loin, et par conséquent le phénomène de la diffusion des liquides dans les liquides, de même que l'expan- sion des gaz dans l'espace, s'explique par l'inégalité dans la loi de décroissance des forces attractives et répulsives avec les distances, décroissance qui amène la cessation des effcis sen- sibles de l'attraction quand les molécules réagissantes sont arri- vées à un certain degré d'écartement, mais qui ne modifie pas de la même manière la puissance répulsive, dont l'intensité ne dimiiuierait pas aussi rapidement avec l'augmentation de la distance et produirait seule des effets appréciables au delà des limites cpie je viens d'indiquer. Le mélange spontané des liquides miscibles qui se trouvent dtnVd-r'œs en contact est donc un phénomène complexe et peut être déter- miné par deux causes : par les forces attractives chimiques ou (1; Voyez tome 1*", page Z|56 et suivanles. DilVusion liquides. DIFFUSION DES LIQUIDES. 101 physiques qui sollicitent les molécules hétérogènes à se rappro- cher, et par la force répulsive qui, duc à la chaleur ou à tout autre agent, tend à écarter entre elles les molécules homogènes, et n'est plus balancée par l'attraction réciproque de celles-ci dès que ces mêmes molécules sont situées à nne certaine distance les unes des autres. Ce sont les effets dus à cette action répul- sive qui constituent essentiellement le phénomène que les phy- siciens désignent sous le nom de diffusion des fluides, et il est facile de concevoir qu'une puissance tendant à faire pénétrer les molécules d'ini corps du sein d'un licjuide dans la siihstance d'un liquide adjacent, doive jouer un rôle considérable dans l'absorplion physiologique, phénomène par suile duipiel les fluides en contact avec la surface humide de nos organes pénètrent jusque dans la masse des liquides nourriciers en cir- culation dans l'organisme. Tout ce que je viens de dire au sujet du mécanisme de la dissolution de la glace dans l'acide sulfurique, et de la diffusion subséquente des molécules de l'acide hydraté au sein d'un volume quelconque d'eau liquide, est applicable au phénomène de la dissolution en général, quel que soit le corps solide dont le liquide s'empare, et quel que soit le menstrue qui produit cet effet (1). Pour arriver au but que je me propose," il n'est pas (1) Ainsi quand l'eau dissonl du sel, rique, elle s'empare donc d'une qunn- cedernieiToips est liquéfié par l'action tité correspondante do chaleur, et en attractive de ce menstrue, tout comme sonsirayant celle-ci aux corps envi- nous avons vu la glace fondre au con- ronnants , produit du froid. Aussi tact de l'acide sulfurique. Or nous malgré le dégagement de clialeur savons que les corj)s, en changeant qui résulte en même temps de l'union d'état, rendent latente une quantilé de l'acide sulfurique avec un certain plus ou moins considérable de chaleur, nombre de molécules du liquide, et et que l'eau, par exemple, pour pas- qui balance en partie cet effet frigo- ser de l'état solide à l'étal liquide, rilique, peut-on obtenir ainsi un grand sans changer de température, absorbe abaissement de température : par 79 calories par kilogramme. Quand exemple, en mêlant 8 pari les de neige la glace se dissout dans l'acide sulfu- et 10 parties d'acide sulfurique étendu, 102 ABSORPTION, nécessaire de chercher à démêler la part que l'affinité chimique peut avoir dans l'action attractive exercée par le dissolvant sur les particules du corps soluble; la distinction serait d'ailleurs bien difficile à établir (1), et nous pouvons également nous dis- penser de l'examen des lois de la dissolution. Mais, d'après ce que nous savons déjà concernant la diffusion des liquides, les physiologistes conviendront avec moi qu'il peut nous être on parvient à faire descendre le ther- momètre jusqu'à 68 degrés au-dessous de zéro. La même absorption de chaleur se fait quand un sel se dissout dans l'eau. Ainsi en mettant en présence des par- ties égales d'azotate d'ammoniaque et d'eau, on détermine dans le mélange un abaissement de température de près de oO degrés. Mais les effets frigorifiques dépen- dants des piiénomènes de la dissolu- tion ne tiennent pas seulement à la fusion du solide dissous, et continuent de se produire après que ce résultat a élé obtenu. Ils sont alors dus à la diffusion des molécules du corps en dissolution dans l'espace que lui offre le menstrue. Cette diffusion, ai -je dit, est un phénomène analogue à l'ex- pansion d'un gaz dans le vide. Cette expansion est toujours accompagnée d'une production de froid, et par con- séquent la dilliision d un liquide dans un autre doit être accompagnée aussi d'une absorption de chaleur. L'abais- sement de température produit de la .sorte peut souvent être reconnu au thermomètre; mais dans d'autres cas Il est masqué par le dégagement de chaleur déterminé par le rapproche- ment des molécules du corps dissous et des molécules du menstrue qui viennent se grouper autour de cha- cune des premières. Comme exemple des effets calori- fiques complexes qui peuvent se pro- duire dans l'acte de la dissolution, je rappellerai qu'un équivalent de sulfate de magnésie anhydre, en se dissolvant dans une quantité déterminée d'eau, produit une élévation de température de h"f'6o; tandis que la dissolution du même sulfate cristallisé, et contenant 7 équivalents d'eau , détermine uu abaissemenlde température de 0",92. La quantité totale de chaleur dégagée par l'action de MgOjSO^surUOadonc été de Zi%33 -f 0",92 = 5°,23 (a). (1) Ainsi, quand on mêle de l'eaii et de l'acide siilfurique, on observe une diminution dans le volume des liquides, un grand dégagement de chaleur et tous les signes d'une com- binaison chimique ; mais une cer- taine élévation de température se pro- duit encore lorsque l'acide a déjà reçu une quantité d'eau si grande, qu'il est dillJcile de croire que l'hy- drate formé puisse s'unir chimique- ment à un nombre plus considérable d'atomes de cette substance basique. Par exemple, dans les expériences de M. Graham, un dégagement de cha- (a) r.raliam, Op, cit. {Annales de chimie, 3* série, t. VIII, p. 159). DIFFUSION DES LIQUIDES. ]0o iilile d'opprotbiidir davimdige l'élude de ce dernier pliéno- mène (1). § 8. — Si l'on met en contact de l'eau pure et une dissolution loî^ ,,,,-., de la dilTusion. de sel commun, on voit que les moleculesde cette dernière sub- stance s'échappent en partie du menstrue (jui les contient, et que cette diffusion se poursuit jusqu'à ce que la proportion des molécules salines et aqueuses soit devenue égale de part et leur 1res sensil)le s'observa lorsqu'on ajoulait de l'eau à de l'acide sulfuiique précédeiunieut dilué au point de con- tenir ^|8 équivalents de base pour un équivalent d'acide (a). Or, dans les cas de ce genre, fuut-il attribuer le dégagement de chaleur à des ac- tions moléculaires de l'ordre de celles qui déterminent l'adhésion de l'eau sur tout corps solide que ce liquide est susceptible de mouiller, et qui, en s'exerçant , produisent , comme M. Pouillet l'a constaté, une certaine élévation de température (6) ? Ou bien, faut-il supposer que Taflinité chimique de l'acide pour l'eau puisse s'étendre sur un groupe extrêmement consi- dérable de molécules de ce liquide basique? et alors, de même que dans le premier cas, où sera la limite de cette intluence? Dans l'état actuel de la science, ces questions ne me pa- raissent pas solubies, et d'ailleurs je ne crois pas que la distinction cuire les forces attractives dites chimiques et physiques soit aussi fondée qu'on l'enseigne généralement dans nos écoles. (1) Le phénomène de la diffusion des liquides dans les milieux liquides a été étudié avec beaucoup d'attention par l'un des chimistes les plus habiles de l'Angleterre, M. Th. Graham (c). Pour mesurer le pouvoir diiïusif d'une dissolution saline ou de toute autre substance dans un milieu quel- conque, ce savant a fait usage d'une méthode expérimentale très simple. Un flacon à large goulot est renipU de la dissolution saline et placé dans un grand vase que l'on remplit ensuite avec de l'eau pure, de façon que ce dernier liquide dépasse de beau- coup le bord supérieur du llacon, et que pendant l'opération la dissolu- tion saline n'ait pas été notablement agitée par des courants produits dans le bain où elle plonge. Au bout d'un certain temps, on recueille une cer^ taine quantité de Teau du bain, et l'on détermine, par évaporalioa ou par l'emploi de réactifs titrés, la propor- tion de matière saline qui s'y trouve répandue et qui lui a été fournie par la dissolution contenue dans le flacon ouvert et immergé (d). {a) Graham, Expériences sur la chaleur dégagée par les combinaisons chimiques {Annales de chimie et dephysique, 3' série, 4843, t. VIII, p. 175). (h) Voyez ci-dessus, pages 77 et 84. (c) Graham, On Ihe Diffusion of Liguids (Philos. Trans., 1840, p. 1). — Supplément. Observ. on the Diffusion of Liquids {Philos. Trans., 1850, p. 805). — Additional Observ. on the Dlffw sion of Liquids {Pliilns. Trans., liibl, p. 483). {d) T. Graham, Op. cil. {Philos. Trans., 1840, p. 1, llg. 2). 104 ABSORPTION. d'autre ; mais que ce mouvement cxpansif diminue d'intensité à mesure que l'expérience avance et que l'équilibre parfait ne s'établit que très lentement. En effet, la diffusion est d'autant plus rapide, que la différence est plus grande entre la proportion du sel dans les deux liquides; et pour mieux constater cette proportionnalité entre la quantité de la matière saline qui existe dans une dissolution et celle qui se répand dans un liquide adjacent, il suffit de placer dans autant de bains de môme vo- lume quatre vases contenant de l'eau chargée de chlorure de sodium dans les proportions de 1, 2, o et li centièmes, puis, au bout d'un temps voulu, une semaine, par exemple, de déter- miner la quantité de sel qui se sera répandue dans l'eau de chacun de ces bains : on verra que ces quantités seront entre elles dans les mêmes rapports que dans les dissolutions, c'est- à-dire comme 1, 2, 3, Il (]). Il résulte aussi des expériences de M. Graham que la rapidité de la diffusion croît, dons certaines limites, avec l'élévation de la température (2). La rapidité avec laquelle la diffusion s'effectue varie beau- coup, suivant la nature des substances qui se répandent dans (1) Ces expériences ont été faites par M. Giaham (a) ; mais je dois ajou- ter que pins récemment M. Beilslcin, sous la direction de M. Joliy, a exa- miné la proposition de ce cliimisle, relative aux rapports existant entre la rapidité de la diffusion et la pro- portion de sel, et qu'il n'a pas trouvé un accord si parfait; il pense donc que cette loi n'a qu'une exactitude approximative (6). (2) Ainsi, dans des temps égaux, des dissolutions également cliargées de chlorure de sodium ont répandu dans le bain circonvoisin 10 parties de sel quand la température était d'environ Zi degrés, et 13,6 quand la tempéra- ture était d'environ 19 degrés (c). L'inlluence accélératrice de l'éléva- tion de la température sur le pouvoir diffusif de diverses dissolutions salines est également mise en évidence par les expériences suivantes, faites, les unes à 15 degrés, les autres à 3 degrés, avec des liquides contenant un dixième de matière saline. La quantité de sel (a) Graham, Op. cit. {Philos. Traits., iS50, p. 0). (6) Beilt-tciii, Ueber die Diffusion von Flûssigkeiten (Liebig's Annalen, 1850, 1. XCIX, p. 165). [cj C.raliani, Up. cit., p. 0. DIFFUSION DES LIQUIDES. 105 un menstrue et aussi suivant la nature de celui-ci. Par exem- ple , dans une série d'expériences comparatives faites par M. Graham dans des conditions semblables, le temps employé pour la diffusion de 3 parties d'albumine dans un bain d'eau pure a suffi pour la dispersion de 13 de gomme, de 2G de sucre, de 51 de nitrate de soude , de 58 de chlorure de so- dium, et de 69 d'acide sulfurique monoliydraté. L'alcool ne possède qu'environ la moitié du pouvoir diffusible de ce der- nier corps ; mais l'ammoniaque, la potasse, et surtout l'acide chlorhydrique, se répandent dans l'eau avec une rai)idité beau- coup plus grande (1). Ces différences ne coïncident pas avec le degré d'aflînité plus ou moins considérable des substances solublesdansle menstrue. Ainsi le chlorure de sodium a plus d'aftiuité pour l'eau que le DitTuslbililé inégale (les dilTérenls corps. supposé anliydrc, qui s'est répiindne dans le bain pendant des temps égaux, était dans la proportion suivante : T. = 15'. T. = 3°. Chlorure de sodium. Nifrale de soude . . Chlorure d'ammo- nium Amylafe de potasse. — d'ammoniaque. . Chlorure de baryum. Sulfate d'eau .... Sulfate de magnésie. Sulfate de zinc . . . On voit qu'en généial l'accroisse- ment de la ditTusibilité qui accom- pagne l'élévalion de la tempéfature est d'autant plus grand que le pouvoir diffusif est lui-même plus considé- rable (a). (1) Ainsi, dans des solutions d'égale densité, lorsque les produits de la dif- 32,2 22,5 30,7 22,8 40,2 31,1 35,5 28,7 35,3 29,2 27,0 21.1 36,8 29,8 15,4 13,1 15,8 12,0 fusion du chlorure de sodium étaient 12 et ceux de l'acide sulfurique 18, la quantité d'acide nitrique dispersée était de 28, et celle de l'acide chlorhy- drique de oh {b). Les expériences de M. Beilstein ont conduit ce physicien à évaluer de la manière suivante le pouvoir dilTusif des divers sels qu'il a étudiés , la dif- fusion de chlorure de potassium étant prise pour unité : Chlorure de potassium. ... 1 Salpêtre 0,9487 Chlorure de sodium 0,8337 Bichromate de potasse. . . . 0,7453 Carbonate de potasse .... 0,7371 Sulfate dépotasse 0,6987 Carbonate de soude 0,5436 Sulfate de soude 0,5309 Sulfate de magnésie 0,3857 Sulfate de cuivre 0,3440 (c) (a) Graham, Op. cit. {Philos. Trans.. 1850, p. 12). (6) Idem, ibid. {Philos. Trans., 1850, p. 10). (c) Beilstein, Op. cit. {Ann. filr Chemie undPharm., 1850, t. XCIX, p. 105). 1 06 ABSORPTION. chlorure de potassium ; mais ce dernier sel, étant dissous, se répand plus rapidement dans ce liquide (1). inniicnce Lorsquc deux sels qui sont susceptil^les de se mêler sans se lie la diffusion sur combiner ni se décomposer, coexistent dans une dissolution, ils la composition chimique se répandent dans l'eau adjacente d'une manière presque indé- des liquides. , , , pendante et avec un degré de vitesse qui est règle principale- (1) On peut, jusqu'à un certain mosplif're, question qui avait été déjà point, estimer l'affinité d'un sel pour étudiée par M. Bliicher et quelques l'eau par la force de résistance que ce autres physiciens (6), M. Harzer a dé- corps oppose à la transformation de terminé avec beaucoup de soin l'aug- ce liquide en vapeur, ou, en d'autres menlation de poids qu'elles offrent par termes, par l'élévation du pointd'ébul- suite de leur exposition à l'air, dans lition de la dissolution saturée. Or la des conditions identiques, et a obtenu comparaison des données fournies de ainsi les résultats numériques sul- la sorte avec la quantité des produits vants : de la diffusion ne laisse apercevoir Augmentation aucune relation constante entre ces po,u,™"'ait deux phénomènes. On en pourra JU- Acide sulfm-ique monoludralé. 105,1 ger par les exemples suivants : Sulfate de soude 50,7 Acide acétique 40,7 PriinI Produit ,,, . i j- nn n (lYbuiiition. lit- In Glilorure de sodumi 39,3 ■''ff""'""- Chlorure d'ammonium .... 28,3 Chlorure de sodium . . 107,7 100,0 o, , . . ■ aa o Chlorure de potassium .... 2s, 8 Chlorure do potassium. 105,0 118,7 o if . j -• oo Sulfate de magnésie 8,6 Nitrate de soude. .. . 104, i 96,4 m u , j j «a/, Phosphate de soude 4,2 (c) Bisulfate de potasse . . 103,9 118,2 Sulfate de magnésie. . 101 ,1 95,5 q, \^^^^^ ^g.j^,,, ^j^ ^.^■^^. ^^^^ ,p p^,,. Sulfate de cuivre. . . . 100,8 28,7 . ,.(>• -c i i i i i- voir diiiusu du chlorure de sodi'.ini Je dois ajouter cependant que est presque aussi élevé que celui de M. Graham considère rensenible de Facide siilfurique, et les expériences ses recherches comme étant favorable de M. Graham montrent que la diffu- à rbypolbèse d'une relation entre la sion du chlorure de potassium se fait dill'usibilité et l'affinité (o). plus rapidement que celle du chlorure Pour apprécier le de<,'ré relatif de de sodium, tandis que, sous le rapport la puissance attractive exercée par du pouvoir hygroscopique, la première diverses substances chimiques sur la de ces substances est inférieure à la vapeur aqueuse répandue dans l'at- seconde. (a) Graham, On the Diffusion ofJAquids {Philos. Trans., 1849, p. 5). {!>) H. von Bliicher, Ueber das Vermôgen verschiedener Salze Wasser aus der Atmnsphôre auszuziehcn (l'oggendorff's Annalen, 1840, t. L, p. 541). — Schwedc, De hygroscopicitale, disscrt. inaug. Dnrpat, 1851. ■ — Bucklicim, Bcitràge iur Lchve von der Endosmose (Arch. filrphysiol. Heilk., 1853, t. XII, p. 217). (f) tlarzci', Beitràge zur Lehre von der Endosmose [Archiv (iir physiologische HeUkurtde, 185fi, t. XV, p. 232 et. 235). I DIFFUSION DES LIQUIDES. 107 ment par la diffusibilifé propre de chacune de ces substances ; souvent même l'inégalité qui existe à cet égard se prononce davanlage, et il résulte de ces différences dans le mouvement expansif que la diffusion peut devenir une cause de séparation entre les matières diverses mélangées dans un mêmemenstrue. Ainsi les sels à base de potasse sont plus diffusibles que ceux à base de soude, et par conséquent, si une dissolution contenant une proportion déterminée de deux de ces sels se trouve en contact avec de l'eau pure, elle perdra, dans les premiers temps de l'expérience, plus du sel potassique que du sel sodique, et les proportions relatives de ces deux sels changeront tant dans la dissolution primitive que dans le bain (1) ; circonstance dont il faut tenir grand compte lorsqu'on veut analyser les phéno- mènes qui accompagnent le transport des liquides de l'extérieur dans l'intérieur de l'économie animale. Enfin il est également important de noter que la diffusion d'un sel n'est pas notablement rolenlie {)ar la préexistence d'un autre sel dans le liquide on il se répand, particularité qui con- (1) Dans une des expéi ieiices faites par M. (ira lia m, une dissolu; ion de poids égaux de carbonate de soude anhydre et decliiorurede sodium dans 100 parties d'eau fut placée dans un vase ouvert au fond d'un bain d'eau distillée. Après sept jours de contact, le bain contenait un mélange des denx sels dans la proportion de 31,3 de car- bonate de soude pour 6S,7 de cblorure de sodium. Pans le réservoir intérieur, contenant la dissolution primitive, la proportion de carbonate, au lieu d'être de 50 pour 100, comme au commen- cement de l'expérience, s'était donc élevée à près de 69 pour 100, et celte dissolution s'était surtout appauvrie en sel commun. Dans une expérience anidoguc fuite sur un mélange de car- bonate de potasse et de carbonate de soude en poids égaux, les produits de la dilïusion furent dans la proportion d'environ 36 p. 100 de ce dernier sel pour(i/idu premier. Quelquefois même la dilîusibilité inégale de deux sels sus- ceptibles de naître par double décom- position peut devenir la cause déter- minante de celle décomposition. Ainsi du bisulfate de potasse peut être trans- formé de la sorte en sulfate neutre de potasse et en sulfate d'eau ou acide sulfurique hydraté. L'alun potassique se modifie également sous l'intluence de cette force moléculaire {a]. (a) Graham, Op. cit. {Philos. Trans., 1849, p. 15, 17 et 19). 108 ABSORPTION, stitiie un nouveau trait de ressemblance entre ce phénomène et l'expansion des gaz. Déplacement ])^i^^ jgg (.r,g ç[q niélan"es de liquides dont ie viens de parler, réciproque <^' i d i ' des liquides, je n'ai tenu compte que de la manière dont la substance logée dans le réservoir intérieur se répand dans le menstrue exté- rieur, etje ne me suis pas occupé de ce qui pourrait s'introduire de ce dernier milieu dans le liquide dont le réservoir est rempli. Effectivement, dans certaines circonstances ce déplacement est nul ou tout au moins insignifiant. Ainsi, quand le degré de dilution de la liqueur saline est tel que la distance entre les molécules du corps dissous est supérieure au double du rayon de la sphère d'attraction sensible de chacune de ces molécules sur la substance du menstrue, il est évident que cette attrac- tion ne saurait exercer aucune influence appréciable sur les molécules du bain extérieur qui se trouvent à une distance plus grande, et que par conséquent aucune force ne sollicitera celles-ci à pénétrer dans le sein de la dissolution saline qui occupe l'intérieur du réservoir. Le mélange ne sera déterminé que par la répulsion mutuelle des molécules du corps en dissolution, et la distribution uniforme de celles-ci dans les diverses parties des deux liquides ne sera produite que par le passage d'un certain nombre de ces particules de l'un des menstrues dans l'autre. Mais si la dissolution saline ou autre dont le réservoir diffu- sant se trouve chargé est dans un état de concentration tel que les effets de l'attraction mutiielle des molécules du corps en dissolution et du menstrue se fassent sentir au delà des limites du groupe de particules du liquide dissolvant dont chaque particule du corps dissous est entouré, le phénomène deviendra plus complexe. Les molécules du corps dissous, en même temps qu'elles tendent à s'écarter entre elles et à se répandre au loin dans le nouveau milieu qui leur est ouvert, attireront aussi à elles un nombre plus considérable de particules du meusliMie, THÉNOMÈNES OSJIOTIQUES. 109 et, pour obéira cette attraction, une portion du liquide extérieur pourra pénétrer dans le réservoir et s'y mêler à la substance constilutive de la dissolution. Il y aura donc entre les deux masses fluides deux mouvements en sens opposé, un courant de diffusion qui se portera de la dissolution dans le liquide adjacent, et un courant déterminé par l'attraction moléculaire qui ira de ce dernier milieu dans la dissolution. S 0. — Faisons maintenant un pas de plus: supposons que inm.ence -^ w . d'un liquide deux liquides miscibles et de nature différente, que j'appellerai intermédiaire A et B, soient placés dans un vase cylindrique et séparés entre formation , , des mélanges. eux par un troisième liquide G, d'un poids spécifique intermé- diaire, qui ne serait miscible qu'à l'un des premiers, par exemple à B, et appliquons à l'examen des phénomènes qui doivent se produire les principes fournis par l'étude de la diffusion. Il est évident que B et C se mêleront d'abord, et que par conséquent un certain nombre des molécules de B se réparti- ront d'une manière uniforme dans l'espace occupé par C. Une partie de ces molécules, en parvenant ainsi à la surface opposée de C, se trouveront par conséquent en contact avec A . Or, A et B sont miscibles, et par conséquent les molécules de B doivent pénétrer aussi dans l'espace occupé par A, soit pour s'y ré- pandre en obéissant seulement à la force diffusive qui les anime, soit pour satisfaire à la force d'attraction adhésive ou à l'affinité chimique qui peut exister entre elles et les molécules de A. Le liquide A, n'étant pas miscible à C, ne pourra se déplacer de la même manière pour aller vers B, et par conséquent le mouve- ment de translation ne se fera que dans une seule direction ; C sera traversé par un courant du liquide B qui passera peu à [)eu dans A, et ce déplacement ne devra s'arrêter que lorsque la totalité de B aura pénétré dans C, et que celles de ses molé- cules qui y seront demeurées s'y trouveront à des distances compatibles avec la nouvelle constitution du liquide A. M. Lhermite a réalisé ces conditions en plaçant dans un tube 110 ABSORPTION. une coloiHio de chlorolbriiie, puis inie couche d'eau, et au- dessus de l'eau une cuuclie d'éther. Le chloroforme ne pénètre pas dans l'eau, mais l'édier se répand peu à peu dans ce li(piide, et arrive ainsi en rap|)ort avec le chloroforme pour lequel il a de l'affiiiilé ; il passe donc graduellement daiis ce dernier liquide, et ce mouvement persiste jus(ju'à ce que la totalité de la couche d'éther superposée à l'eau ait disparu en s'enibnçant dans les liquides sous-jacents; enfui, on remarque en môme temps (pie le chloroforme augmente de volume, tandis que la couche d'eau conserve, à peu de chose près, son épaisseur primitive (1). § 10. — Substituons maintenant à la couche d'eau qui, dans solides l'expérience précédente, séparait entre eux le chloroforme et E.iria formation j'^lj nac cloisou [lorcuse. Si ce diaphragme est également ries raelaiiges. ^ i l i o o perméable aux deux liquides, il est visible que sa présence ne pourra ipie ralentir leur mélange et n'introduira aucun chan- gement important dans le caractère de ce phénomène (2). Une Influence des diaphragmes (1) M. Lhermite a varié ces expé- riences sur les phénomènes osmoli- ques délerminés par l'interposition d'nne cloison fluide entre deux liqui- des miscibles, et il a vu que toujours les résultats étaient conformes à ce que la théorie indique eu égard à la solubi- lité connue des liquides réagissants (a). (2) Il est probable que c'est à rai- son d'une disposition de ce genre que les efl'els osmotiques sont tou- jours très faibles ou même nuls , quand on sépare entre eux les li- quides réagissants à Taide de cloi- sons faites avec diverses substances inorganiques très perméables, telles que des lames minces de grès tendre, de calcaire grossier ou de porcelaine dégourdie. En employant ces corps, Dutrochet n'a pu obtenir aucune action endosmotique sensible à l'aide du su- cre, de la gomme ou de l'alcool : les liquides prenaient le même niveau dans le bain extérieur et dans l'endos- momètre. Mais en employant dans les mêmes conditions des lames d'argile blanche (ou terre de pipe;, ce physio- logiste a obtenu une ascension assez grande du liquide dans l'intérieur de l'instrument (6). Des résultais sem- blables ont été obtenus par M. Gra- ham à l'aide d'un endosmomèlre dont le réservoir était formé par un de ces vases poreux de terre cuite dont on fait usage dans la construction de la pile galvanique de Grove (c). (a) Lhermite, Recherches sur l'endosmose {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 185i, t. XXXIX, p. 1179, elAiin. des sciences nat., partie hotanique, 4*série, t. 111, p. 78). (6) Diilrocliel, Op. cit. (Mnnoin's, t. I, p. 21 et siiiv). (C) Grahani, On Osmolic Force (Philos. Trans., 185i, p. 180). PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. 111 partie de l'éther se répandra dans le chlorolbrine, et une partie du chlorolbrine se distribuera dans l'espace occupé par l'étlier. Mais si la substance de la cloison perméable ressemblait à celle de l'can, en ce sens qu'elle se laisserait traverser par l'éther sans livrer passage au chloroforme, il est évident ({uc les effets pro- duits par la juxtaposition de ces deux liquides seraient très diffé- rents et ressembleraient en tout à ce que nous avons vu dans l'expérience précédente. L'éther, appelé dans les lacunes inter- stitielles du dia[)hragme par l'attraction capillaire, arriverait en contact avec le chloroforme, et là serait sollicité à pénétrer dans ce liquide par l'attraction chimique ou [tliysique exercée sur ses molécules jiar celles de ce dernier liquide. Le chloroforme enlèverait donc sans cesse à la (doison une portion de l'éther dont elle serait imbibée, et la cloison à son tour en absorberait une quantité correspondante puisée dans le liijuide en contact avec sa surface opposée. Un courant se dirigeant de l'éther vers le chloroforme serait donc établi à travers le diaphragme, et le premier de ces liquides se trouverait transporté dans le sein du second, dont le volume augmenterait proportionné- ment à la quantité d'éther qui aurait été de la sorte ajoutée à sa propre substance. Il y aurait donc là production d'un phé- nomène d'osmuse^ et ce phénomène serait la conséquence des osmose, effets combinés de trois forces : la résistance opposée par le diaphragme à tout passage du chloroforme vers l'éther; l'ac- tion capillaire de cette cloison sur l'éther, action qui amènerait ce liquide de l'une de ses surfaces à l'autre et le mettrait à la portée du chloroforme; enfin, l'attraction mutuelle de ces deux liquides. Des résultats analogues s'obtiennent dans d'autres expé- riences. Ainsi Dutrochet a vu que si l'on place entre un certain volume d'eau et une quantité quelconque d'alcool une cloison mince de caoutchouc, le volume de l'eau ne tarde pas à aug- menter aux dépens de celui de ce dernier liquide. Tant que la 112 ABSORPTION. cloison conserve ses qualités normales, elle ne se laisse pas traverser par l'eau, mais elle livre passage à l'alcool, qui se trouve alors attiré par l'eau adjacente et s'y mêle en quantité considérable (1). Mécanisme Pour quc la clolsou poreuse placée entre deux liquides /endosmose, hélérogèncs et miscibles détermine l'accumulation d'une de ces substances dans l'espace occupé par l'autre, et l'augmenta- tion du volume de cette dernière, il n'est pas nécessaire que ce diapbragme soit imperméable pour l'une et admette l'autre: il suffit que l'action capillaire qu'elle exerce sur les deux liquides soit inégale en intensité, condition qui est presque toujours réalisée quand les cavités confluentes creusées dans son épaisseur et ouvertes à ses deux surfaces opposées sont de très petites dimensions , ainsi que cela a lieu dans les membranes organiques : par exemple, dans les tuniques de la vessie ou de l'intestin d'un Animal quelconque. Effective- ment , le géomètre Poisson a montré que dans ce cas les deux liquides peuvent de prime abord s'engager dans les deux extrémités de ces canaux capillaires, mais que celui de ces corps qui y est appelé avec le plus de force doit repousser l'autre, et s'avancer dans toute l'étendue de ces passages jus- qu'à la surface opposée, pourvu que ceux-ci n'aient pas une longueur trop considérable. Afin de simplifier l'examen de ce phénomène, supposons que la cloison perméable soit repré- sentée par un seul canal de très petit diamètre, un tube capil- laire de verre, par exemple, et que les deux liquides mis en relation par ce conduit étroit soient de l'eau et de l'alcool. Nous (1) L'étoffe dont Dutrochet a fait verrons bientôt qu'après un certain usage dans cette expérience était du temps, cette étoile, employée de la taffetas gommé, c'est-à-dire enduit de sorte , cesse d'être imperméable à gomme élastique ou caoutchouc. Nous l'eau (a). (a) Uiilrocliot, De l'endosmose (Méin. pour servir à l'hislolre anatomique et physitiue des Végé- taux et des Animaux, t. I, j>. 19). PHÉNOMÈiNKS OSMOTIQL'ES. 113 avons vu au commencement de celle Leçon que chacune tie ces subslances est susceptible de mouiller le verre, et que par conséquent elle s'élève dans des tubes de ce genre en y for- mant un ménisque concave et en faisant équilibre à une certaine traction hydrostatique s'exercant en sens contraire. Nous avons vu aussi que, toutes choses étant égales d'ailleurs, l'eau monte de la sorte beaucoup plus haut que ne le fait l'alcool. L'action capillaire exercée sur l'eau est donc beaucoup plus énergique que celle dont dépend l'ascension de l'alcool, et par conséquent, si ces liquides rencontraient des obstacles, ils tendraient à les vaincre avec des i)uissances inégales. Or, la colonne d'eau qui pénètre dans le canal capillaire y rencontre la colonne d'alcool qui s'oppose à sa marche, tout comme elle met de son côté obstacle à la progression de l'alcool. Ces deux colonnes, pour obéir à l'attraction capillaire, se reiiousseront donc mu- tuellement ; mais, comme la foire qui tend à faire avancer l'eau est beaucoui) plus grande que celle qui sollicite l'alcool à mar- cher en sens inverse, ce sera l'alcool vit('S interstitielles de la membrane; il admet que la substance de celle-ci n'est pas apte à former avec ces matières des combinaisons chimi- ques comme elle en constitue avec l'eau, et que par conséquent le trans- port de ces molécules vers le bain ne peut se faire par les parties compactes de la cloison mend)raneuse, et a lieu seulement par les pores ou passages capillaires (a). En réalité, la valeur proportionnelle des deux courants endosmolique et exosmotique serait donc réglée par le rapport existant entre la somme des espaces capillaires d'un certain calibre où les molécules de l'agent osmogène peuvent passer, et celle des parties d'une structure plus serrée où le li- quide dont cet agent est avide peut seul pénétrer; et la différence entre la théorie de M. Buckheim et celle de iMM. Briicke et Ludwig se réduit à con- sidérer la pénétration de ce liquide dans la portion compacte de la mem- brane osmotique comme étant déter- minée par le jeu d'affinités chimiques faibles, au lieu d'être due à l'attraction adhésive ou effet de capillarité. Nous avons déjà vu que la ligne de démar- cation entre ces forces moléculaires est très difficile à établir, en supposant même que, d'après la nature des cho- ses, il soit possible de la tracer autre- ment que d'une manière arbitraire ; et l'on rendrait la conception des phéno- mènes chimiques ordinaires moins fa- cile et moins nette, si Ton attribuait à l'affinité tous les effets du même ordre que ceux dont il est ici question, car on se trouverait conduit de la sorte à considérer comme une combinaison chimique toute union qui s'établit entre un liquide et un solide, quand le pre- mier mouille le second. (a) Biichheim, Deitrage %ur Lehre von der Endosmose [Archiv fur physiologischc Ueilkiinde, 1853, t. XII, p. 217). PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. l'iS Grothus , il y a pHis d'un demi-siècle, est admise aujourd'hui par tous les pliysiciens. En résumé, nous devons donc considérer les phénomènes Équivalents osmotiques comme consistant essentiellement en un échange «"dosmouqncs. entre deux liquides miscibles qui est déleruiiué à la fois par les attractions physiques ou chimiques exercées par les molécules hétérogènes de ces cor|)s les unes sur les autres, et })ar le pouvoir diffusif des molécules des substances en dissolution ; échange qui est réglé, quant aux proportions dans lesquelles il s'effectue, par Taelion capillaire inégale que la cloison perméable exerce sur les matières que cette cloison sépare. On désigne généralement sous le nom iV équivalents endos- motiques les quantités des diverses substances réagissantes qui, par suite de ces échanges, se substituent à une unité de volume de l'une d'elles dans l'espace occupé par celle-ci, et il est évident que les changements (jui s'observent dans le volume de chaque liquide à mesure que l'action osmotique se poursuit, doivent dépendre de la valeur de cet équivalent. Enfin il est également aisé de comprendre que pour évaluer la puissance osmogène d'un corps, il faut tenir compte, non-seulement de l'accroissement déterminé de la sorte dans son volume, mais aussi des pertes de substance qu'il subit pendant que ce i)héno- mène se produit, et qui sont masquées par l'effet de cette substitution (1). (1) Al. Pli. Jolly fut le premier à faire une élude spéciale des substiui- tioiis osmotiques, et à désigner, sous le nom à" équivalents endosmotiques, les quantités d'une substance qui rem- place une autre dans les éclianges ainsi effectués ; mais cet expérimentateur pensait que ces quantilés sont con- stantes, opinion qui a du être aiîan- donnée. Pour déterminer Véquivalent en- dosmotique d'un corps, M. Jolly place un poids connu de celte substance soit à l'état solide, soit en dissolu- tion, dans un vase dont le fond est formé par une membrane perméable (de la vessie de cochon), et plonge de quelques millimètres seulement dans un bain d'eau distillée, dont le volume est très considérable et que l'on re- nouvelle souvent, ou mieux encore qui se renouvelle sans cesse à l'aide 12/l ABSORPTION. Je ne prétends pas que les forces moléculaires dont je viens d'expliquer le jeu soient les seules qui puissent contribuer à. la production des effets osmotiques, mais elles peuvent suffire pour déterminer les déplacements de matière qui constituent le phénomène dont l'étude nous occupe ici, et, daus la plupart d'un courant, de manière ù rester tou- jours à peu près pure, malgré la dif- fusion de la matière osmogène. L'ap- pareil est disposé de façon à maintenir à peu près l'équililjre hydrostatique entre les deux liquides, malgré l'aug- meiilalion de volume de celui qui oc- cupe rinlérieurde rendosmomètre, et l'expérience se prolonge jusqu'au mo- ment oii la totalité de la substance osmogène déposée dans cet instru- ment s'est répandue au dehors et a été remplacée par de l'eau que l'on peut considérer comme pure. On dé- termine alors le poids du liquide qui s'est substitué ainsi au corps osmo- gène, et l'on compare ce poids à celui de ce dernier corps au commence- ment de l'expérience, en ramenant ce dernier poids à une valeur con- stante choisie comme unité de me- sure : un gramme , par exemple. En expérimentant de la sorte, M. Jolly a trouvé que, dans les conditions où il se plaçait, les quantités d'eau accu- mulées dans l'endosmomèlre en rem- placement d'une même substance os- mogène ne variaient que peu, mais que ces quantités dilTéraicnt beaucoup suivant la nature de ces substances (a). Le tableau suivant résume les résul- tats ainsi obtenus , en supposant que le poids de chaque substance osmo- gène était d'un gramme : NOM DE LA SUBSTANCE OSMOGENE. Chlorure de sodium . . Sulfate de soude. . . . Siilfntc de ])Otasse . . . Sulfate de uiaijnésie . . Sulfate de cuivre. . . Bisulfate de potasse . Sulfate d'eau (SO^HO). Isolasse liydratce . . . Alcool Sucre , Gomme EQUIVALENTS ENDOSMOTIQUES. MAXIMUM. 4,31G 12,440 d 2,760 11,802 9,504 2,345 0,391 231,400 4,330 7,2r,0 H, "90 MINIMUM. 3,820 11,000 11,420 11,503 0,308 200,090 4,132 1,004 TERME MOYEN. 4,223 11,628 12,277 11,652 0,349 215,745 4,109 7,157 Plus récemment, un des jeunes phy- siologistes de l'école de Dorpat, M. Ihn- zer, a fait de nouvelles recherches sur ce sujet , en évitant quelques causes d'erretu- dont M. Jolly ne s'était pas préservé, et en variant la nature des membranes à travers iestiuelles les échanges osmotiques s'cflectuaient. (a) Ph. Jolly, Experimentaluntersuchiingen ûhtv Endosmose ( Zeitschrift fur vationelle Nedicln, 1849, t. VU, p. 83). PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. 125 des cas, les circonslances qui font varier les résultats obtenus n'interviennent qu'en influant sur le degré d'intensité avec lequel l'une ou l'autre de ces puissances exerce son action. Pour le moment, je laisserai donc de côté la recherche des forces accessoires qui, dans certains cas, peuvent provoquer des mouvements analogues, et je m'attacherai d'abord à l'étude des conditions qui d'ordinaire déterminent ou règlent les échanges dont il vient d'être question. Pour évaluer ces échanges, on peut se contenter de calculer les profits et les pertes de l'un des liquides réagissants, et, pour faire cette estimation, on emploie communément un appareil très simple que Dutrochet a désigné sous le nom û'ejîdosmo- mèlre. C'est un réservoir dont la paroi inférieure est formée par une lame perméable , le plus souvent une membrane ani- Or il a trouvé ainsi que la quanlilé d'eau atliiée dans l'intérieur de l'en- dosmomètre, pendant la période de temps employé par la substance os- niogène pour se répandre au dehors dans le bain adjacent, pouvait varier dans la proportion de 1 à 6, suivant que la membrane à travers laquelle ces mouvements de translation s'ef- fectuaient élait préparée de manière à être plus ou moins perméable à la substance employée {a\ M. Ludwig a publié aussi des recher- clies sur la valeur des équivalents en- dosmotiques d'une même subslancc. H a fait varier soit la durée de l'ex- périence, soit le degré relatif de con- centration des deux liquides, et il a obtenu de la sorte des différences très considérables. Ainsi, en plaçant du chlorure de sodium cristallisé dans un endosmomètre et en mettant cet instrunienl en rapport avec l'eau pure, il a vu que l'équivalent était, dans une expérience, de 3,ù au bout de soixante-huit heures, et de 5,7 au bout de deux cent trente-quatre heures; dans une autre expérience, à la pre- mière de ces périodes, de Z|,0, et après la seconde, de 6,'J. Cela indique que la dissolution 1res concentrée du sellaisse échapper par dllfusion une plus grande proportion de molécules salines que la dissolution étendue. Du reste, on re- marque beaucoup d'irrégularité dans la marche de ces expériences {h). On doit également à M. Cloetta des recherches sur les équivalents endos- motiques (c). (a) Harzcr, Beiiriicje z-tir Lchve vom Endosmose (Arcldv fur physiologische Heilkunde, 1856, I. XV, (.. 19i). (b) Luilwig-, Vebcv die eiidosmotisclieii .Equivalente uud die endosmolischc Théorie (Zeitschr, fur 1-alionelle Medicin, 184'J. t. VUl, p. 8). (c) Cloella, Diffusionsversiiche durch Membranen mit 2 Salzcn. Zuricli, 185i, 126 ABSORPTION. maie, un morceau de vessie, par exemple, et dont la partie supérieure est fermée, sauf dans le point où se trouve insérée l'extrémité d'un tube vertical ouvert par le haut. On renferme dans cet instrument le liquide dont on veut étudier l'action osmogène, et l'on met la surface extérieure de la paroi perméable du réservoir en contact avec le second liquide en la faisant plonger plus ou moins dans le bain constitué par celui-ci ; puis on note le point correspondant au niveau du liquide intérieur dans le tube vertical de l'cndosmomctre, et l'on évalue les chan- gements de volume que ce liquide éprouve en conséquence des actions osmotiques, par le déplacement de ce niveau qui monte ou qui descend dans le tube proportionnelleuient à ces chan- gements (1). (1) Dans les premières expériences failes par Dulrochet, le réservoir de rendosniomèlre était formé par un sac membraneux, tel que le caecum de l'inleslin d'au Poulet ou la vessie natatoire d'un Poisson (a) ; mais il ne tarda pas à faire usage de l'instrument décrit ci- dessus (6). Afin d'éviter les erreurs d'observa- tion qui pourraient résulter de la cour- bure de la cloison membraneuse sous Ja pression exercée par le liquide su- perposé, M. Graham place ce genre d'endosmomètre sur une lame rigide criblée de trous et supportée par un trépied (c). Enfin, pour diminuer les complications dues à la transsudalion que pourrait délemiiner la uièuie pres- sion l)ydroslatique,il a soin d'élever le niveau du bain extérieur à mesure que l'endosmose augmente, de façon à maintenir ce niveau à une petite dis- tance seulement au-dessous du niveau du liquide intérieur. Pour se mettre plus sûrement à l'abri de cette der- nière cause d'erreur, M. Ludwig a fait usage d'uu llacon qui avait pour fond la cloison perméable et qui était sus- pendu à l'aide d'une poulie, de façon à descendre dans le bain à mesure que la quantité de liquide qui s'accu- mulait dans son intérieur augmeulait. Les efl'els endosmotiques étaient éva- lués non par l'élévation du liquide dans un tube, mais par les dilléren- ces de poids avant et après l'expé- rience {(]). MM.Matieucciet Cima ont substitué à l'appareil de Dulrocliet une espèce d'endosmomètre différentiel, composé d'un réservoir divisé en deux compar- timents par une cloison membiancuse verticale, et se continuant, par clia- cune des cellules ainsi établies, avec (a) Dutrofliel, L'agent immédiat du mouvement vital dévoilé, p. 130 et suiv. (6; Dulrocliet, Nouvelles recherches expérimentales sur l'endosmose et l'exosmose, 1828, p. 4, pi. i.fig. i. (c) Giaham, Op. cit. {Philos. Trans., 1854, p. 185, fig. 2, 3 et i). {d) Liiilwig, Lthrbuch der Physiologie, t. I, p. G4, ilg. 7, PHÉNOMÈNES OSMOTIQl'ES. 127 Les expériences pratiquées de la sorte, ou faites d'après des méthodes analogues, rendent visible à l'œil la résultante des échanges osinotiques, mais ne suffisent pas lorsqu'on veut approfondir l'étude de ces mouvements, et déterminer, soit le pouvoir osmogèm d'vm corps, c'est-à-dire la quantité d'une autre substance qu'une quantité donnée de ce corps est susceptible d'attirer dans son sein en l'enlevant à la cloison perméable adjacente, soit Y équivalent endosmolique de cette substance, c'est-à-dire le volume du liquide extérieur qui se substitue à chaque unité de volume de celle-ci, ou, en d'autres mots, la balance entre les gains déterminés par le jeu des forces attrac- tives dont dépend l'endosmose, elles pertes occasionnées par la diffusion des molécules de la matière osmogène dans le second liquide. Dans ce cas, l'observation des volumes ne nous éclai- rerait en rien, et il faut constater les changements opérés dans la composition des deux masses liquides qui sont séparées par le diajtliragme perméable, et déterminer les proportions dans les- quelles l'une des substances réagissantes entre dans la consti- tution de ces volumes avant et après la réalisation de l'écliange osmotique (1). un tube vertical ouvert par le haut et liam a fait usage d'un endosmomètre muni d'une écliellec Les deux liquides dont le réservoir était constitué par sont déposés dans les deux coniparli- un des vases poreux que les pliysi- menlsde l'instrument, etchacun d'eux ciens emploient pour la construction s'élè\e à une certaine hauteur dans le des piles de Grove, et il y adaptait un tube correspondant. On établit d'abord tube vertical à l'aide d'un ajutage de le même nivedu dans les deux bran- guUa-percha (c). Il s'est servi aussi ches de ces vases communicants, et, de ces pots sans ajutage, en évaluant par l'inégalité de niveau due à l'action les produits des échanges par des pe- osmolique, on juge des résultats ob- sées ou des dosages chimiques, tenus [a). M. Vierordt a employé un (1) Ainsi, danstouleslcsexpériences appareil analogue (6). dont je viens de parler, Teflet appa- Dans d'autres expériences, M. Gra- vent, c'est-à-dire le changement dans (fl) Matleucci el Cinia, Mcm. sur l'endosmose {Annales de chimie et de physique, 'i' série, 1845, t. Xlll, p. G3, pi. \). (b) Vierordi, Physik des organischen Stoffwechsels [Archiv fur physiologische Heilkunde, 1847, t. VI, p. B55, pi.). (c) Graham, loc. cit., p. 1 80, lig. \ . 128 ACSOHPTION. inniiencc § 'l ^ • — Un [ireiîiier résullat qui a été donné par les expé- (le l'élendiic . • ' i i • » . « / de la surface riencGS praliquccs de la sorte, et qui était facile a prévoir par la théorie, est que , tontes choses étant égales d'ailleurs , la quantité de liquide introduit dans une cavité de l'endosivomètre est proportionnelle à l'étendue de la cloison perméable à travers le volume ou dons le poids du liquide que j'ai appelé osmoqène, parce qu'il est la cause principale du pliéno- iiKMie, n'est que le produit de la dif- férence entre les quantités de matières déplacées dans un sens par le courant endosmotique qui ])énè!re dans ce li- quide, et en sens contraire par l'ex- pansion dilTusivedes molécules en dis- solulion dans ce dernier milieu ou courant exosmotique, pour employer ici les expressions adoptées par Du- irochel. Pour évaluer la puissance osmotique déployée dans ces circon- stances, il faudrait donc ajouter aux effets apparents la valeur des perles subies par l'agent osmogène. Par exemple, quand l'endosmomètre est amorcé avec une dissolution de sucre et plongé dans un bain d'eau distillée, la quantité de ce dernier liquide qui pénètre dans l'intérieur de l'instru- ment pour obéir à l'action attractive du sucre est en réalité beaucoup plus grande qu'on ne le croirait au premier abord, car elle correspond en même temps à l'excédant de volume final du liquide intérieur comparé au volume initial de celui-ci, et à la quanlilé de sucre qui s'esl écliappée au dehors et qui a été remplacée par de l'eau dans la cavité de rcndosmomètre. Or, les expériences de M. Craliam montrrnt que le poids du sucre qui s'écliappe de l'instrument par lolTet de la difl'u- sion est d'ordinaire égal à environ 1/5" (\x\ gain réalisé par la dissolution sucrée, par suite de ces échanges. lien résulte que la quantité d'eau qui, sous l'influence attractive du sucre, a tra- versé la cloison membraneuse , est aussi d'environ 1/5" plus considérable que celle indiquée par la comparaison des volumes du liquide intérieur au commencement et à la fin de l'expé- rience. Ainsi, dans une série de huit expé- riences faites avec des dissolutions de sucre à divers degrés de concentra- tion (depuis 1 jusqu'à 10 pour 100 de sucre), la proi)ortion entre les pro- duits de la dilfusion, c'est-à-dire la quantité de sucre répandue au dehors, et les produits apparents de l'osmose, c'est-à-dire l'aiigmenlalion de poids déterminé dans la dissolution sucrée par l'endosmose, n'a varié que peu. Elle était en moyenne de o8',82Zi de sucre épanché au dehors, etdel7s',639 de gain réalisé par la dissolution. Mais la quantité d'eau reçue par ce dernier liquide se composait à la fois du volume correspondant à ce dernier poids, et de ce qui avait remplacé les 3s',8'2i de su- cre perdu, volume qui peut être estimé à 'is',25. Par conséquent, pour ù«',82/j de sucre déplacé par la dilfusion, il était entré 198','r82 d'eau, ce qui cor- respond à 5,2 parties d'eau pour rem- placer 1 partie de sucre. Dans d'autres expériences analogues faites avec des dissolutions à divers degrés de con- centration, M. Graham a obtenu à peu près les mêmes rapports : ainsi, pour Différences (ians la puissance PHÉNOMÈNES osmotujues. 129 laquelle ce passage s'effectue (l). Nous verrons bientôt (jn'il en est de même pour l'absorption, et que par conséquent un des moyens employés par la Nature pour accroître la puissance absorbante d'un organe, c'est d'augmenter la surface par laquelle celui-ci se met en rap])ort, d'une part avec la matière (pii doit pénétrer dans l'économie , et d'autre part avec le fluide destiné à la recevoir, c'est-à-dire le sang. § 12. — Lorsqu'on varie les substances dont l'endosmo- mètre est cliargé, et (ju'on opère d'ailleurs dans des condi- tions identiipics, on ne tarde pas à reconnaître que les cftets TsTu"rl'!'' obtenus dilTcrcnt beaucoup suivant la nature cliimique de ces corps. Ainsi, prenons une série d'instruments de ce genre d'égale capacité et garnis tous avec la membrane muqueuse de la vessie du Bœuf; plaçons dans cbaque endosmomètre une quantité de lifpiidc suffisante pour que la surface de celui-ci arrive au niveau du zéro dans le tube gradué , et cboisissons pour les charger ainsi des dissolutions aqueuses de divers chlorures dans la proportion de 1 en poids pour 100 parties d'eau ; enfin, plongeons la partie inférieure de chacun des instruments ainsi 1 partie de sucre déplacée par diffusion ou exosmose, l'eau absorbée était de : 5.21 par la dissolution à 1 p. 100 de sucre. 5,85 — à 2 p. 100 — 5.22 — à 5 p. 100 — 4,43 — il 10 p. 100 — 4,66 — à 20 p. 100 — La moyenne était de 5,07 parties d'eau .se substituant à 1 partie de sucre (a). (1) Ainsi, dans une expérience com- parative faite par Dutroclietjles réser- voirs des deux endosmomèlres con- struits avec les mêmes matériaux et amorcés avec les mêmes substances, mais dont les cloi.sons perméables avaient des diamètres dans le rapport de 1 à 2, funMU pesés avant leur im- mersion dans l'eau et après un séjour de deux heures dans ce liquide. Le grand présenta une augmentation de poids quatre fois plus considérable que le petit; rapport qui était préci- sément proportionnel aux différences des surfaces absorbantes (6). (a) Graham, On Osmotic Force (Philos. Trans., 1854, p. 197J. (b) Uuirochet, Op. cit. (Mémoires, t. I, p. 28). ] 30 ABSORPTION . préparés dans un bain d'eau distillée : au bout d'un certain temps le Hquide contenant le cblorure de sodium sera monté de 12 millimètres ; celui contenant du chlorure de potassium sera monté à 18; la dissolution de chlorure de strontium se trouvera à 26 millimètres; la dissolution de cblorure de man- ganèse à 36 millimètres ; celle de chlorure de nickel à 88 milli- mètres ; celle de bicblorure de mercure à 121 millimètres; celle de chlorure de cuivre à 351 millimètres ; enfin celle de chlorure d'aluminium à S^O millimètres (1). Nous verrons bientôt qu'il existe une certaine proportionna- lité entre le degré de densité d'une dissolution saline ou sucrée et la grandeur des effets osmotiques déterminés par cette sub- stance. Par conséquent, on pourrait croire au premier abord qu'il doit y avoir des relations analogues entre la [)esanteur spé- cifique de corps de nature différente , et l'intensité de la force motrice qu'elles sont suscepfibles de déployer dans les circon- stances dont l'étude nous occupe en ce moment. Mais il suffit d'un petit nombre d'observations pour prouver (jue les choses ne se passent pas ainsi. Par exemple, le chlorure de potassium, qui donne des effets endosmotiques plus considérables que le chlorure de sodium, est moins dense que ce corps, et les chlorures de baryum et de calcium en diffèrent à peine sous le rapport osmotique, quoique la densité du premier soit 3,9 et celle du second seulement 2,2. Du reste, pour mettre bien en évidence ce défaut de relation entre la pesanteur spécifique des corps et leur pouvoir osmogène, il suffit de comparer les résultats fournis par l'emploi de dissolutions d'égale densité de certaines substances, telles que du carbonate de [)otasse, du car- bonate de soude, de l'acide oxalique ou de l'acide chlorhydrique : (1) Les résultats indiqués ici sont trouve dans le mémoire de ce chi- ceux obtenus dans les expériences miste beaucoup d'autres faits analo- comparalives de M. Graham. On gués (a). (a) Graham, On Osmotic Force {Philos. Trans., 1854, p. 225. PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. 131 avec ces sels basiques, la colonne endosmomélrique s'élèvera rapidement ; avec les acides convenablement dilués, elle s'abais- sera d'une manière non moins remarquable, el descendra beau- coup au-dessous du niveau du bain extérieur (1). Ces faits, et beaucoup d'autres du même ordre que je pour- rais invoquer si je ne craignais de m'arrêter trop longtemps sur l'examen de cette question, prouvent aussi d'une manière sur- abondante que la valeur des effets endosmotiques n'est pas liée uniquement à la grandeur des forces attractives développées entre les deux liquides réagissants ; et d'ailleurs le raisonne- ment suffirait pour établir qu'il ne saurait y avon^ de connexité nécessaire entre l'avidité plus ou moins grande d'une substance pour une autre et l'accumulation des molécules de ces corps dans l'espace occupé par l'un plutôt que dans celui occupé par l'autre. Effectivement, si le corps A attire le corps B, celui-ci doit agir de la même manière sur A, et par conséquent le (1) Les effets négatifs de l'acide oxalique n'ont pas éctiappé à l'atten- tion de Dutrochet, et contribuèrent beaucoup à reclilier les opinions de ce physiologiste, relatives à l'ensemble des phénomènes osmotiques. Il vit aussi que des effets analogues pou- vaient être produits par l'acide chlor- hydrique, l'acide sulthydrique et plu- sieurs autres substances acides, mais que cela était subordonné au degré de dilution de ces corps dans l'eau {a). M. Graham a repris plus récemment l'étude de l'action osmotique de ces substances, et a trouvé que le courant dirigé de l'acide vers l'eau était le plus puissant quand on chargeait l'endos- momètre avec une dissolution d'acide oxalique au litre de 1 p. 100. L'acide sulfurique produit des effets tantôt négalils, tantôt positifs, lors- qu'il est étendu dans 1000 parties d'eau, M. Graham a observé des varia- tions plus considérables dans ses ex- périences sur d'autres acides, et il a constaté que, sous ce rapport, quel- ques-uns de ces corps changent de caractère par le seul fait de leur fusion ignée. Ainsi une dissolution faite avec de l'acide citrique ou de l'acide tar- trique, au titre de 1 p, 100, donne des produits osmotiques positifs, tan- dis que, préparées avec ces mêmes acides préalablement fondus par la chaleur, ces dissolutions donnent des effets négatifs {b). (a) Dutrochet, Sur V endosmose (Méinoii'es, t. I, p. 46 et suiv.). {b) Graliam, Op. cit. {Philos. Trans., 1854, p. 191). La direction du courant cndosmotiquB est déleniiinée par l'aclion ,13Ç2 ABSORPTION. déplacement de l'un ou de Taulre sera déterminé, non par le degré d'intensité de cette attraction muluelle, mais par la résis- tance différente que cette force rencontrera pour mouvoir de la sorte A et B. Or, la résistance inégale à vaincre dans cette circonstance est due essentiellement à l'obstacle que le dia- phragme situé entre les deux liquides oppose à leur passage. Nous avons déjà vu que la direction du courant principal, ou courant endosmotique, c'est-à-dire celui qui baigne directe- ment les parois des passages interstitiels de la cloison placée "dcïa" entre les deux liquides, est déterminée par la prédominance de membrane. j'g^^JQj^ Capillaire cxercée par cette cloison sur l'un de ces liquides, lequel vient occuper ces passages, et traverse ainsi le diaphragme pour se mêler ensuite à l'autre liquide. La théorie nous conduit donc à poser en principe que, toutes choses étant égales d'ailleurs , celui des deux liquides miscibles réagissants qui sera attiré avec le plus de force par la substance de la cloison perméable sera versé dans l'autre et en augmentera la masse. Connaissant la force de pénétration relative avec laquelle deux liquides s'accumulent dans un tissu organique, nous pour- rons donc déterminer à priori celui vers lequel le courant endosmotique se dirigera quand celui-ci sera séparé de l'autre liquide par une cloison mince composée de ce même tissu. Ce sera toujours le liquide le moins apte à s'insinuer dans la sub- stance du diaphragme qui augmentera de volume aux dépens do l'autre. Yovons si l'expérience confirme ce raisonnement. Nous savons, par l'étude des phénomènes d'imbibition, que la force avec laquelle les divers liquides sont attirés dans les espaces interstitiels d'un môme tissu organique varie beaucoup suivant la nature chimique de ces corps et suivant les condi- tions dans lesquelles la réaction s'opère. Le volume du liquide dont le tissu s'imprègne est réglé par le rapport entre cette force qui tend à accumuler de la matière dans ses cavités à PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. 133 parois extensibles et la résistance que la substance élastique de ces mêmes parois oppose à la distension ; en sorte que si la nature de cette substance reste la même, on peut juger delà puissance d'imbibition par le degré dégonflement du tissu, ou, ce qui revient au même, pnr le poids du liquide qu'il est sus- ceptible d'accumuler dans son intérieur. Or, nous avons vu que les tissus animaux, après avoir été privés d'eau par la dessicca- tion, se gorgent d'eau quand on les plonge dans ce liquide, et que si, au lieu de les placer dans l'eau, on les immerge dans une dissolution aqueuse de sel commun, ils absorbent aussi une certaine quantité de liquide, mais beaucoup moins que s'ils étaient en présence d'eau pure(l). Nous savons également que ces mêmes tissus se laissent pénétrer par l'alcool, mais n'ad- mettent que fort peu de ce liquide. D'après les principes établis ci-dessus, nous pouvons donc prévoir que lorsque de l'eau se trouvera en contact avec une des surtaces de la cloison osmolique formée par une membrane organique de ce genre et de l'alcool en contact avec la surface opposée, le courant endosmotique se portera de l'eau vers l'al- cool, bien que ce dernier liquide soit moins dense que le pre- mier; et, effectivement, c'est ce que l'expérience nous monire. Ainsi, quand on [ilace de l'alcool dans le réservoir del'endos- momètre garni d'un diapbragme fait avec de la vessie et qu'on met de l'eau en contact avec l'extérieur de l'instrument, le liquide intérieur augmente de volume et monte dans le tube qui termine supérieurement cet instrument ; tandis que si le môme endosmomètre est cbargé d'eau et plongé dans un bain d'alcool, le liquide intérieur, au lieu de s'élever, descend plus ou moins rapidement, et sa surlace peut être portée ainsi beau- coup au-dessous du niveau du bain circonvoisin (2). (1) Voyez ci-dessus, page 81 el Dulrochet avaient porté ce pliysiolo-- suivantes. f^iste ar la différence des hauteurs aux(pielies les divers liquides s'élèvent dans les tubes capillaires, que cette attraction adhésive peut varier en puissance suivant la natm'c chimique, soit de la substance qui constitue le tube , soit de la matière qui y pénètre, et, en étudiant les mouvements des fluides dans les tuyaux de petit calibre, nous avons vu aussi que parfois ces circonstances influent beaucoup sur le débit d'un canal quand la force motrice reste constante. Nous pouvons donc prévoir que, toutes choses étant égales d'ailleurs, le temps nécessaire pour la réalisation du phénomène endosmolique sera d'autant plus long que le liquide absorbé sera plus fortement attiré par la substance de la membrane perméable, et que la route qu'il aura à y parcourir sera plus longue (1). Plus cette (1) Les expériences de M. Poi- seuille, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler (a), montrent que le moiive- nient de l'eau dans les tuyaux capil- laires peut, la force motrice étant constante, devenir plus rapide ou plus lent, suivant que ce liquide se trouve chargé de telle ou de telle autre ma- tière saline. Par exemple, que l'écou- lement de l'eau est ralenti par la présence d'une certaine quantité de sulfate de potasse ou de magnésie en dissolution dans ce liquide, mais s'ac- célère quand on substitue ù ces sels du nilrate de potasse ou de l'iodure de potassium {b). On conçoit donc que, toutes choses étant égales d'ail- leurs, l'eau qui pénètre dans l'endos- (a) Voyez ci-depsus, tome IV, page 248 et suiv. (b) PoiscuiUe, Hecherches expérimentales sur le mouvement des liquides de nature différente dans les tubes de très petits diamclres [Annales de chimie et de physique, 'i° série, i 847, t. XXI, p. 10). PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. l/l7 cloison sera mince , poreuse et indifférente pour le liquide qui la traverse, plus le courant endosmolique sera rapide sous l'influence d'une force osmogène donnée. Pour (ju'il y ait endosmose, il faut que l'altraction adhésive exercée par la membrnne sur l'un des deux liquides réagissants soit assez puissante pour l'emporter sur l'aclion capillaire que celle-ci exerce sur l'antre liijuido; mais, [)ourvu que celte condition se trouve remplie, raccomj)Iissementdu phénomène sera d'autant plus facile, et par conséquent plus rapide, que ces attractions seront plus faibles. Il est une autre circonstance dont il faut ("gaiement tenir influence compte dans l'étude des phénomènes osmohques, c'est la prLxi's"LiS nature du liquide dont la substance de la cloison [lerméable h membrane. peut se trouver imprégnée avant le commencement de l'expé- rience. Nous avons déjà vu que les liquides adhèrent souvent d'une manière si forte aux corps solides mouillés par eux, qu'il est extrêmement difficile de les en détacher compléteuient, et que la présence d'une couche de matière étrangère, tellement mince (ju'elle échappe à l'observation, peut suffire pour empê- cher la surface ainsi souillée d'exercer sur un autre liquide son action attractive ordinaire. Les effets de cai)illarité jouant un grand rôle dans le passage des li(|uides au travers des cloisons perméables , passage qui constitue la base des phénomènes osmotiques, nous devons donc nous attendre à voir ceux-ci être subordonnés, dans certaines limites, non-seulement à la na- ture chimique de la substance constitutive du diaphragme, mais aussi aux qualités des liquides dont cette substance peut se moinètre peut y arriver lanlôt plus dont la membrane osmolique est vite et d'autres fois plus lentement, creusée. Au sujet de l'influence de suivant que ce liquide est exempt de l'épaisseur de la membrane sur la tout mélange, ou bien qu'il se trouve rapidité des courants osmotiques, je chargé de matières qui augmentent ou renverrai à ce que j'ai déjà dit sur qui diminuent le degré de son adlié- les mouvements des liquides dans les rence aux parois des canaux capillaires tubes capillaires (lome IV, page 272). l/l8 ABSORPTION. trouver imprégnée. L'expérience prouve qu'effectivement il en est ainsi, et, en variant les liquides dont la paroi perméable d'un endosmomètre est imbibé, on peut même changer la direc- tion du courant qui la traverse. Par exemple, si l'on place de l'eau dans un vase de terre, et qu'on immerge celui-ci dans un bain d'alcool, ce dernier liquide mouillera le vase moins rapi- dement que ne le fera l'eau, et bientôt un courant s'établira de dedans en dehors de la même manière que dans une des expé- riences dont j'ai déjà rendu compte en traitant de l'action osmotique des membranes animales (1); mais si le vase poreux a été préalablement imprégné d'une matière grasse qui y adhère beaucoup, un phénomène inverse se produira ; ce sera l'alcool qui traversera la cloison pour aller se mêler à l'eau extérieure, tout comme dans le cas où nous avions choisi pour diaphragme entre ces deux liquides une lame mince de caout- chouc (2). L'activité du courant endosmotique que détermine une sub- stance donnée peut être accrue ou diminuée par la présence d'une très petite quantité de certaines matières qui semblent rendre le tissu de la cloison osmotique tantôt plus, tantôt moins apte à se laisser imbiber (5). Ainsi, M. Graham a remarqué (1) Voyez ci-dessus, page 113. pour diminuer beaucoup les eirets en- (2) M. Lhennite a fait cette expé- dosmotiques produits d'ordinaire par rience on imprégnant le vase poreux ces substances, et qu'en augmentant la avec de l'huile de ricin (a) ; mais il est dose de cet acide il déterminait un à noter que l'effet ainsi obtenu n'est abaissement dans le niveau du liquide pas permanent, et qu'au bout d'un intérieur. Il avait d'abord supposé que temps plus ou moins long, l'huile est l'acide sulfhydrique possédait la fa- déplacée, cnlté de s'opposer à l'action endosmo- (3) Dutrochet a constaté que la pré- tique (6), et cette opinion a été l'objet sono; d'une trîs petite proportion de critiques trop vives (c) ; mais il ne d'acide sulfiiydrique dans ime disso- tarda pas à reconnaître que le phéno- lutiou dégomme ou de sucre suffit mènecnquestiondépendait del'inten- {a) Lliuniiitc, Recherches sur l'endosmose {Cimiptcs rendus de V Académie des sciences, 1854, t. XXXIX, p. 1179). (6) Diitnichet, L'aijcnt immi'diat du mouvement vital dévoilé. (c) Magoiidic, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t, I, p. 90, elc. PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. 1/|9 que les tissus enduits d'albumine coagulée donnaient, avec le sulfate de soude, des produits beaucoup plus considérables que d'ordinaire quand ils avaient subi préalablement l'action d'une dissolution môme extrêmement faible de carbonate de potasse, et que la modification elïectuée de la sorte persistait pendant fort longtemps, malgré le lavage de la membrane, mais n'était pas permanente (1). On voit donc que les propriétés osmotiques des membranes animales peuvent être grandement modifiées par le seul fait de l'introduction dans leur épaisseur d'un liquide déterminé ou de la présence de celui-ci à leur surface, et j'insiste sur ce point, parce que certains i)hénomènes d'absorption dont nous silé relative des deux courants contrai- res, l'acide donnant lieu à un courant vers l'eau dont les elTets masquent plus ou moins ou dépassent ceux d(5pendants du courant de l'eau vers le sucre (a). Des faits du même ordre , et non moins remarquables, ont été consta- tés par M. l'oiseuille en mêlant de très petites quantités de chlorhydrate de morphine à certaines dissolutions salines. Ainsi, en chargeant l'endos- momèlre avec une dissolution de chlo- rure de potassium et en plongeant rinslrument dans un bain de sérum, ce physiologiste vit le liquide inté- rieur s'élever assez rapidement à une hauteur de 9 millimètres; mais, en substituant à la dissolution du sel po- tassique pur une dissolution du même Sel mêlé à du chlorhydrate de mor- phine en très petite proportion, le mouvement endosmoiique n'a été que de 6 millimètres et a été bientôt suivi d'un phénomène d'exosmose très pro- noncé (b). (l) En employant pour cloison os- motique une double meudjrane , la dissolution de sulfate de soude parfai- tement neutre et au titre de 1/100, I\I. Graham obtint une ascension de 20 ou de 21 millimètres; mais, eu ajoutant à cette dissolution saline un dix-millième de carbonate de potasse, il faisait monter la colonne endosmo- lique à 101 et même à 167 millimètres. Or, le carbonate alcalin employé seul dans les mêmes proportions n'aurait donné que de 17 à 23 millimètres, et, après avoir fait macérer la cloison ainsi imprégnée dans de l'eau pendant toute une nuit, M. Graham trouva qu'elle produisait avec la dissolution de sulfate de potasse pure une ascen- sion de 65 millimètres au lieu de 20, comme avant son imprégnation de carbonate alcalin (c). (a) Dutrochet, De l'endosmose {Mémoires, t. 1, p. 05). (b) Poiseiiillo, liechcrches expérimentales sur les médicaments {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1844, t. XIX, p. -1001). (c) Graham, On Osmolic Force {Philos. Trans., p. 2H). 150 ABSORPTION. aurons bientôt à nous occuper trouveront ainsi leur explica- tion. Je suis porté à croire aussi que riucgalité dans l'intensité de l'action osmotique qui, dans certains cas, s'observe entre les deux surfaces d'une même membrane animale, dépend souvent de quelque circonstance de ce genre, c'est-à-dire d'une diffé- rence dans la nature chimique, soit du tissu, soit des li(]uides dont ce tissu est imprégné, dans le voisinage immédiat de ses surfaces (1). Peut-être faudra-t-il attribuer également à des modifications du môme ordre les phénomènes qui se mani- (1) MM. Matteucci et Cima ont vu qu'en employant comme cloison per- méable la peau de diveis Animaux, et en cliargeant i'endosmomètre avec de Talcool, le courant s'établit toujours de l'eau vers ce liquide, mais que l'in- tensité du courant endosmoli(iue va- rie beaucoup suivant que leau entre dans la substance de ce tissu orga- nique par la face interne ou par la face épidermique de la membrane. Jj'eauqui se rendait à l'alcool, en pas- sant de la face épidermique vers la face interne de la peau de la Gre- nouille, faisait monter la colonne en- dosmoméliique jusqu'à une hauteur de ZiO millimètres, tandis que dans les cas où la surface épidermique était en contact avec l'alcool et la face interne de la membrane en lapport avec l'eau, l'ascension ne dépassait pas 20 millimètres. Avec la peau d'Anguille, ces dilfé- rences sont en sens inverse; le cou- rant endosmotique formé par l'eau qui se rend à l'alcool est le plus puissant quand le premier de ces liquides arrive par la surface interne du derme (a). [1 me paraît probable que ces diffé- rences dépendent du mode de distri- bution de la matière grasse dans la substance de la peau de ces Animaux. Les histologistes savent qu'elle n'est pas répandue d'une manière uni- forme, mais logée dans des utricules spéciaux. Elfeclivemenl, il suflirait de l'existence d'un nombre plus considé- rable de ces points imperméables à l'eau vers la surface interne du derme ou à sa surface externe pour rendre rimbil)ition de ce liquide plus facile par l'une ou par l'autre de ces voies, et pour cbanger par conséquent la puissance du courant osmolique, sui- vant que l'eau se trouve en contact avec l'une ou avec l'autre de ces sur- faces. Or, il ne serait pas impossible que la distribution de la graisse ne fût pas la même dans la peau de l'An- guille et dans celle de la Grenouille. Avant de rien conclure de ces fails, il faudrait donc en faire une étude plus approfondie. (a) MaUeiicci et Cima, Op. cit. {Ann. de chimie et de physique, 4 845, 3" série, t. Xlll.p. G8).. Causes dos variation* dans le courant i»HÉNOMèNES OSMOTiaUËS. l51 lestent quand l'osmose s'clïectue sous l'inlluence de forces électriques; mais, pour le moment, je n'aljorderai pas celte question, voulant, au préalable, compléter l'exposé des faits fondamentaux de l'histoire des actions osmotiqnes. § 15. — Si nous cherchons maintenant à nous rendre compte des circonslances qui peuvent inlluer sur le courant exosmo- tique, c'est-à-dire sur la dilïusiou des molécules de la matière «o^'™tia"« active en sens inverse du mouvement d'aftlux déterminé par celle-ci, nous aurons à considérer en premier lieu les relations qui peuvent exister entre la rapidité avec laquelle ce phénomène se produit et la valeur des résultats fournis par le jeu des mêmes forces dans un milieu où ces molécules se meuvent librement. Nous avons déjà vu que la rapidité avec laijuelle diverses sub- stances se répandent au loin dans le sein d'un même liquide varie beaucoup, et il ne me parait pas douteux que la lacilité plus ou moins grande de ce transport contribue à régler le mouvement des courants exosmotiqiies : ainsi les deux substances que j'ai citées comme étant remanpiables par la fai- blesse de leur pouvoir diffusif dans l'eau, l'albumine et la gomme, sont aussi, de tous les agents osmogèncs connus, ceux qui fournissent le moins de matière au bain situé du côté opposé d'une cloison membraneuse. D'antre part, nous voyons que les acides, dont la diffusion se fait toujours avec un grande rapidité, sortent de l'endosmomètre en volume presque égal ou même supérieur à celui de l'eau qu'ils y attirent du dehors. Mais les relations entre la dilfiisibilité des corps dans un liquide libre et leur pouvoir exosmolique sont loin d'être con- stants, et souvent on voit deux substances qui, sous le premier rapport, diffèrent à peine l'une de l'autre, remonter les courants endosmoliques et traverser les cloisons perméables pour se répandre dans le liijuide adjacent avec des vitesses très diffé- rentes; enlin, dans certains cas, les résultats de la dilfusion libre et de la diffusion à travers les passages capillaires sont 152 At?SOnPTlON. dans un désaccord plus grand encore, car c'est la matière In moins diffiisiblc dans les circonstances ordinaires qui alors se déplace avec le plus de rapidité. Pour faire un pas de plus dans l'étude de cette question, il nous faut donc examiner l'action que la cloison au travers de laquelle la diffusion exosmotique s'opère, peut avoir sur le déplacement de matière que celte force répulsive tend à opérer, et, pour comprendre comment cette aciion s'exerce, il est nécessaire de se rappeler la manière dont les molécules d'une dissolution saline se distribuent dans l'intérieur d'une cavité capillaire. En étudiant les phénomènes d'imbibition (1), nous avons vu que les particules des corps en dissolution ne sont pas réparties uniformément dans toutes les couches du mcnstrue ainsi placées, quand celui-ci exerce sur la substance des parois de la cavité une action attractive plus grande que celle de ces mêmes particules; qu'il se fait alors, sous l'influence de la paroi à laipiclle le liquide adhère, une séparation entre les molécules qui sont associées dans la dissolution , et (pie , par suite de ce départ, la couche extérieure du liquide ne se trouve contenir que peu ou point de la matière dissoute, mais que la proportion de celle-ci augmente progressivement de la circonférence vers le centre de la masse fluide ainsi entourée ('2). Or, ce qui a lieu pour un mélange qui était uniforme dans sa constitution doit avoir lieu, à plus forte raison, pour un mélange (1) Voyez ci-dessus , page 88 et série de recliciclies pour soumettre suivantes. cette tliéoiie à i'éprciive de l'expé- ('2j M. V'mk a fait voit* que celte riencc. Les résultais qu'il a oijtenus conséquence découle des vues lliéo- ne sont pas tous concluants, mais pa- riques de M. Bri'ickc, iclalivcs au raissent cire généralement favorables mode de diffusion des liquides au tra- à cette manière d'expliquer les phé- vers des nirnd)ranes, et il a fait une nomèncs osmotiques [a). (a) Kink, ['fber Di/fiisinn (Pdi^giiidorlT's Annalcn dcr Phijsik itiid Chemic, 1855, t. XCIV, p. 59). 153 l'HENOMENES OSMOTlQUES. I 'J'5 qui (end à s'élablir, et pai^ consé((iient chacun des petits filets d'eau qui occupent les passages capillaires de la cloison osino- lique, et qui constituent les voies par lesquelles la diffusion de la substance osniogénique s'opère, doit opposer moins d'obstacle à la pénétration près de son axe que près de sa surface. Nous savons aussi, par l'examen que nous avons fait des actions capillaires, que l'influence attractive des parois d'un canal de ce genre décroît très rapidement avec la distance, et par con- séquent la couche liquide où l'équilibre entre les molécules du menslruc et de la matière dissoute se trouve ainsi troublé ne peut avoir qu'une faible épaisseur. 11 en résultera donc que l'obstacle né de la plus grande intensité de l'action attractive des parois sur les molécules du menstrue aura d'autant moins d'influence sur le courant exosmotique que l'épaisseur de cette couche peu ou point accessible à ces molécules sera une fraction plus petite du rayon du cylindre liquide dans lequel la diffusion s'effectue. Ainsi, supposons que, dans un conduit de ce genre, une dissolution chargée d'une quantité donnée de chlorure de sodium se modifie de façon que la couche liquide en contact avec les parois ne contienne en moyenne que rô'ô^ (1^ sel et qu'elle ait j^ de millimètre d'épaisseur, tandis que la portion centrale du cylindre liquide contienne 70 ^^ ^^^ '• il ^st visible que l'existence de la couche formée de la dissolution faible n'aura aucune influence notable sur le degré de concentration de la quantité totale du liquide, si le canal a un millimètre de diamètre, mais en exercerait une très grande si ce même canal n'avait que ^h ^^^ millimètre , et diminuerait encore davantage le titre de la dissolution à laquelle le conduit livrerait passage, si le calibre de celui-ci était réduit à ^ de milli-- mètre, car alors il ne se laisserait traverser que par la couche chargée de j^^^ de sel. Nous pouvons donc prévoir que dans les canaux capillaires ^ 54 ABSORPTION. de grande section la diffusion s'effectuera à peu près connue dans un liquide libre, et que sa rapidité ne sera guère dimi- nuée que par celle du courant en sens inveise que les mole- cules mises en mouvement par leur force ré|)ulsive auront à remonter pour gagner le liquide situé de l'autre côté de la cloi- son perméable ; mais que dans les voies capillaires très étroiles il en sera autrement, et que les produits de la diffusion pendant un temps donné décroîtront à mesure que le calibre des pas- sages interstitiels deviendra plus petit. Il en résulte que l'équivalent endosmotique d'un corps, c'est- à-dire la quantité d'un autre corps qui se substituera à une quantité déterminée du premier par l'effet des écbanges osmo- tiqucs, ne saurait être une valeur eonslante, et doit varier avec les dimensions des passages interstitiels à travers lesquels ces écbanges s'effectuent. Toutes clioses étant égales d'ailleurs, cet équivalent devra s'élever, suivant une certaine loi, avec l'abais- sement du diamètre des conduits capillaires dont la cloison osmotique est creusée (1)* (1) M. Graham n'a pas pris en con- sidéialion les relations qui peuvent exister entre le degré de j)erméabilité des cloisons osniotiques et les quan- tités de la nialière qui s'échappe par voie de dillusion comparées ù celle de l'eau qui vient en occuper la place ; mais on trouve dans les détails de ses cxi)ériences plusieurs faits qui vien- nent à l'appui des vues exposées ci- dessus. Ainsi, ce savant a souvent évalué la résistance hydrostatique du diaphragme de Tosmomètre par le temps écoulé entre la chute de deux gouttes d'eau distillée filtrant à raison de son poids au travers de celte cloison membraneuse quand l'instrument était suspendu dans l'air ; et, dans deux expériences faites avec un tissu albu- miné comme diapliragme et une dis- solution de carbonate de soude au même titre (10 pour 100), la résis- tance hydrostatique était de 12 dans un cas et de (J seulement dans l'autre. Or, dans la première expérience, l'as- cension du liquide intérieur é:ait de 206 et la diffusion de is%66; dans la seconde, l'ascension était de 1G3 de- grés et la diffusion de ls',^3. Par con- séquent, une mèmequaniilé de sel a été remplacée par environ IZi volumes quand la résistance hydrostatique était considérable, et par 8 volumes d'eau quand cette résistance était moitié moindre. Je trouve aussi dans cette sé- rie d'observations faites avec des disso- lutions du même sel an litre de 1/100, des cas dans lesquels les résistances PHÉNOMÈNES OSMOÎIQIJES. l55 Ces considérations Ihéoriques nous donneront la clef de divers phénomènes osmotiques qui ont été enregistrés par les expérimentateurs, et qui semblaient de prime abord inexpli- cables. Ainsi un jeune physiologiste de l'école de Dorpat, M. Harzer, a fait dernièrement une série d'expériences comparatives sur les équivalents endosmotiques du chlorure de sodium séparé de l'eau pure par des membranes animales dont le tissu était tantôt dans son état naturel, et dans d'autres cas avait été rendu plus dense ou plus lâche par l'action de divers réactifs chimiques. 11 a trouvé qu'en garnissant son endosmomètre avec un morceau de péricarde de Bœuf à l'état frais, un volume de sel commun était remplacé dans l'instrument par près de 5 volumes d'eau; mais que si la même membrane avait été préalablement attaquée par de l'acide sulfm^ique faible, l'équi- valent de chlorure de sodium descendait au-dessous de /|. L'aclion de l'acide tannique sur la même cloison osmotique déterminait une augmentation de l'équivalent qui, dans une expérience, s'est trouvé être alors 7,6; enfin, en soumettant la hydroslatiquos élaient de 3 et de G : dans la preinièie, 1 centigramme de sel a é.té remplacé par 11 volumes d'eau, et dans le second par 10 volumes du même liquide. Enfin, en opérant avec une dissolution au litre de l/lOOO, et une cloison dont la résistance hy- drostatique était représentée par 10, l'unité en poids du carbonate potas- sique était remplacée par plus de 37 volumes d'eau ; tandis qu'avec une dissolution plus concentrée (1 p. 100) et une résistance hydrostatique de 6, la dillusion s'est accrue de façon à amener l'échange d'un même poids de sel pour moins de 1 volume d'eau (o). Dans une autre série d'expériences, portant sur un mélange de nitrate d'urane et d'acide nitrique, poiu- un même volume d'eau absorbée, les pertes par dillusion ont été de /|6 avec une résistance hydrostatique repré- sentée par l, et de 19 avec une résis- tance hydrostatique de 3 (6j. Ainsi, dans tous ces cas, l'équiva- lent endosmotique s'est élevé lorsque la cloison était moins perméable. (a) Graliam, On Osmotie Force {Philos, Trans., p. 209). (b) Idem, ibid., p. 222. 156 ABSORPTION. membrane à l'action de l'acide cliromiqiie avant de l'employer à la construction de l'endosmomètre , il a obtenu pour équiva- lent de sel commun jusqu'à 25, /i. Dans ce dernier cas, chaque molécule de chlorure avait été remplacée par environ six lois plus d'eau que dans l'expérience où l'absorption de l'eau s'était effectuée à travers une membrane attaquée par l'acide sulfu- rique (4). Or, nous savons, par d'autres observations dont les anatomistes ont tiré grand profit, que l'immersion des tissus animaux dans une dissolution d'acide chromique les rend plus consistants, plus denses; nous savons aussi que le tannage pro- duit sur les membranes animales un effet analogue, tandis que l'immersion dans l'acide sulfurique dilué en augmente la per- méabilité. Les résultats obtenus par M. Harzer sont donc en parfaite harmonie avec les données fournies par la théorie physique des pliénomènes osmotiques. Une autre conséquence de ce mode de distribution des par- ticules du corps dissous dans les diverses couches de chacun des petits filets liquides renfermés dans les canaux capillaires de la cloison, c'est que le rapport entre la quantité du liquide extérieur qui pénètre dans l'endosmomètre et la rpiantité de matière osmogène qui s'échappe au dehors par diffusion doit varier avec le degré de concentration de la dissolution, et que l'équivalent doit croître avec la densité de celle-ci. Cette diminution relative dans les produits de la diffusion (1) Ces expériences se trouvent des membranes à déterminer l'en- dans le mémoire que j'ai déjà eu l'oc- dosmose ; mais il n'a pas examiné les casion de citer (a). M. Langeau a cliangemenls que la niodificalion du étudié aussi l'influence que le tannin, tissu produit de la sorte peut exercer le sublimé corrosif et quelques autres sur la valeur des équivalents endos- subsiances exercent sur l'aptitude motiques {b). (a) Harzer, Deitrà'ge zur Lehre Von der Endosmose {Arch. fïtv physiol. Heilkunde, ISSfl, f. XV). (i) LangoQii, ^vle sur certaines subslatices auxquelles on altribtic Ui jiroprù'ti' de prévenir l'absorption en déterminant l'obstruction des vaisseaux capillaires superficiels [Comptes rendus de la Société de biologie, 2- série, 1855, l. H, p. 38). l'HÉNOMÈNES OSMOTlQUIiS. 157 comparés à la recelte endosmotiqiie, à mesure que la ({uantité de matière à la fois dilïusible et osmogène augmente, est facile à constater expérimentalement , et je m'étonne que M. Graham n'en ait pas été frappé, car elle est manifeste dans plusieurs des séries de résultats consignés dans le travail de ce chimiste habile. Je me bornerai à en citer ici un exemple. En employant une dissolution de sulfate de magnésie à divers degrés déconcentration, nne partie de ce sel s'est répandue au dehors pendant que l'instrument se chargeait de : 5,16 volumes d'eau avec la dissoliilion cliargée de 2 pour 100 de sel; 5,76 volumes d'eau avec la dlssolutron à 5 pour 100 ; 6,01 volumes d'eau avec la dissolulion à 10 pour 100; 6,57 volumes d'eau avec la dissolulion à 20 pour lOO (1). Mais lorsque la substance de la cloison perméable est en partie dissoute par l'action du réactif employé, circonstance qui doit amener l'agrandissement des passages capillaires, la proportion de la matière osmogéni(]ue qui s'échappe par diffusion, comparée à la quantité d'eau qui pénètre dans l'en- (1) Dans une autre série d'expé- riences faites également avec du sul- fate de magnésie, M. Graliam a obtenu comme équivalent endosmotique de ce sel : 5,3 avec la dissolulion à 2 pour 100; 5,9 avec la dissolulion à 5 pour 100; 6,3 avec la dissolution à 10 pour 100 (a). Je vois aussi que, dans une série d'expériences faites avec un ondos- momètre à membrane simple qui offrait une résistance hydrostatique uniforme, l'équivalent endosmotique du chlorure de sodium s'est élevé en poids à 1,1 ou 1,2, avec des disso- lutions à 2 pour 100, et ù 2,2 avec une dissolution chargée de 10 pour 100 de sel (6) ; mais je dois ajouter que, dans des expériences faites avec une double cloison, les résultats ont beaucoup varié. Voici un autre exem- ple fourni par le chlorure de calcium : l'équivalent endosmotique était de 0,3 avec la dissolution de 2 pour 100 ; de 0,8 avec la dissolution à 5 pour 100; et de 2,3 avec la dissolution à 10 pour 10J3, la résistance hydro- statique restant constante (c). (a) Graham, On Osmotic Force (Philos. Trans., 1854, p. 201). (b) Idem, ibid., p. 202, lab. 8. (c) Idem, ibid., p. 204, 158 ABSORPTION. dosmomètre, augmente avec la concentralioii de la dissolu (ion employée (1). La persistance de la distension du tissu perméable déterminée par l'infiltration capillaire paraît susceptible de diminuer l'élas- ticité de ces corps, et d'amener ainsi un élargissement dans le calibre des passages interstitiels à travers lesquels la diffusion exosmotique s'effectue. Cela explique comment des cloisons qui, au commencement d'une expérience, donnent lieu à l'établissement d'un cerlain équivalent endosmolique, fournis- sent souvent un équivalent plus faible quand l'épreuve a duré longtemps (2). 11 me semble probable que les différences observées dans le volume des équivalents endosmotiques d'une même substance, quand on emploie diverses membranes animales comme cloi- son osmotique, dépendent en partie de l'inégalité dans le (1) Ainsi, en employant une disso- lulion de carbonate de potasse au titre de 2/100, M. Graham a vu que la résistance hydrostatique était de 20, et l'équivalent a été en moyenne de 5,6 ; tandis qu'avec une dissolution au litre de 10/100, la résistance hy- drostatique est descendue à 16, et l'équivalent endosmotique est tombé à 13 (a). (2) Un exemple très remarquable de variations dans les produits du travail osmotique dont l'explication semble être donnée de la sorte, nous est oHert par une expérience de Du- trochet, dont j'ai déjà eu l'occasion de dire quelques mots. Ce physiologiste a vu qu'en employant comme dia- phragme osmotique un morceau de taffetas gommé, c'est-à-dire un tissu revêtu d'une couche mince de caout- chouc, et le plaçant entre de l'eau et de l'alcool, le courant endosmotique s'établissait de ce dernier liquide vers le premier. Il a vu aussi que, pendant les premiers temps de l'expérience, il ne passait pas d'eau en sens inverse , mais qu'après une certaine dmée de l'action endosmotique, une petite quan- tité de ce liquide traversait la cloison de caoutchouc pour se répandre dans l'alcool (b). Ce phénomène de diffu- sion ne s'est donc produit que lorsque l'alcool dont la cloison de caoutchouc s'était pénétré avait eu le temps né- cessaire pour élargir à un certain de- gré les interstices capillaires de cette substance en balançant sa force élas- tique. des (a) Graham, loc. cit., p. 200, tab. 13. (b) Dulrocliel, De l'endosmose (Mémoire pour servir à Ihistoii-e anatomique et phnsiologique s végétaux et des animaux, l. I, p. l'J). PHÉNOMÈNES OSMOTIQUES. 159 calibre des passages que ces tissus organiques offrent pour l'accouiplissement des échanges entre les liquides liélérogènes. Comme exemple de ces différences, je citerai encore une expé- rience de M. Harzer. En employant comme cloison osmotique le péricarde du Bœuf, l'équivalent de sel commun était /i, et, en substituant à cette membrane un morceau de la vessie du même Animal, cet écpii valent a dépassé (1). D'après ce que nous savons de la grande inégalité des actions capillaires exercées par un même tissu perméable sur des liquides de nature différente, ou par des tissus différents sur un même liquide, nous devons penser aussi que les obstacles opposés à la diffusion des molécules en dissolution par les j)aroisdes canaux capillaires varieront également en force sui- vant la constitution chimique des substances qui forment ces parois, et qu'il y aura là une nouvelle cause de variations dans la valeur des équivalents endosmotiques. Comme exemple de l'influence que la cloison perméable peut exercer sur les produits de la diffusion de diverses sub- stances, je citerai en premier lieu les résultats obtenus par M. Mialhe en étudiant les courants exosmotiques qui s'établissent au travers de la membrane interne de la co(piille de Tœuf de la Poule, quand on la dénude et qu'on la met en contact avec l'eau. Des phénomènes endosmotiques se manifestent bientôt; (1) Voici quelques-uns des résultats ■i.S avec la vessie de Cochon ; nniiiériqiies obtenus dans des expé- ^-^ avec la vessie de Bœuf (a). i-iences comparatives faites avec des ^^^^^ ^^^ expériences analogues membranes dont le tissu était plus ou ^^.^^^ p^,. ^,_ olechnowicz, en em- moins serré. L'é.iuivalent du chlorure ^^^^^^^^ ^^,^j„,g ^,^1^^,^ osmolique de sodium s'est trouvé de : ^^^^ ,3,^^ ^^-^^^ ^^ collodium, l'é- 2,9 avec la vessie natatoire d'un Poisson ; quivalent du sel COmmun s'est élevé 4,0 avec le péricarde de Bœuf ; à 10,2 (o). (a.) Harzer, Beitrage zitr Lehve von der Endosmose {Avchiv fur physiologische Heilkunde, 1 856, t. XV, p. 202 et suiv.). (6) F. Olechnowicz, Ba;pertme/ifa quœdamde e/n/osmosi (dissert, inaug.). Uorpat, 1851. 160 ABSOUI'TION. l'eau du dehors pénètre dans l'intérieur de l'œuf, et une partie des matières salines qui se trouvent dans ce corps s'en échappent pour se répandre dans le bain extérieur ; mais ^I. Mialhe assure que l'albumine de l'œufne passe pas. Quand on emploie la mem- brane externe de l'œuf de la même manière, en y plaçant du sucre ou du sel commun pour exciter Faction osmoti(jue, l'eau du dehors y pénètre et s'y accumule également ; mais il y a en même temps exosmose, et le sucre, ainsi que le sel, se répand dans le bain extérieur. Par conséquent, la diffusion de l'albu- mine est empêchée ou rendue extrêmement faible par une cloison perméable qui non-seulement se laisse traverser par l'eau, mais qui permet la diffusion du sucre et du sel (1). Nous avons déjà vu que dans certains cas les deux surlaccs opposées d'une membrane animale n'exercent pas la môme action capillaire sur les liquides qui les baignent, et qu'il en résulte des variations dans l'intensité du courant endosmolique, quand les rapports entre la cloison perméable et la substance osmogénique viennent à clianger. Il paraît en être de même pour le passage de ces dernières matières par voie de diffusion dans l'intérieur des courants affluents jusque dans le bain adja- cent, et il en résulte que le produit de l'échange osmotique peut être augmenté on diminué par l'influence exercée de la sorte (1) Pour pratiquer celle expérience, M. iMiallie enlève une petite portion de la coquille à Tune des extrémités de l'œuf, et soutient la membrane dénu- dée à Taidc de bandelettes de liégc entrecroisées ; puis il fait un trou à l'extrémité opposée de l'œuf, el y adapte un tube qu"il lute avec de la cire. Il assure que l'albumine reste emprisonnée dans le réservoir ainsi constitué, soit qu'on laisse cette sub- stance dans son état naturel , soit qu'on la batte préalablement avec de l'eau et qu'on la filtre avant d'en charger l'endosmomèlre. M. Miallie a obtenu les mêmes résultais en sub- stituant au blanc d'œuf du sérum du sang («). Mais je dois ajouter que, dans des expériences analogues fiiites par M. Béclard, les mêmes résultats n'ont pas été obtenus , et le passage de l'albumine a pu être constaté (h). (a) Mialilc, Chimie appliqm^e à la physiologie, \>. l'M) et suiv. ib) Béclard, Mémoire sur la thcoric de l'endosmose {Gazelle des hùpilaux, 1851, p. 3:24). l'IlÉNOMÈiNES OSMOTlyiliS. 101 sdi' l'cNOsiiiose aussi bien ([ue sur l'endosinose. Ainsi, (iiiund on lait usage de la muqueuse gastrique de l'Agneau, et qu'on charge l'instrument avec une dissolution d'albumine, l'eau exté- rieure pénètre en plus grande quantité à travers la membrane lorsque celle-ci est en contact avec ce dernier liquide par sa sur- lace péritonéale; mais si l'on substitue à l'albumine un dissolu- tion de sucre, l'ascension du liquide intérieur est la plus consi- dérable quand l'eau arrive par la surface épithélique. Or, dans le |)remier cas, quelle que soit la direction du courant endos- motiquc, les produits du courant contraire, c'est-à-dire la quan- tité d'albumine répandue au dehors est 1res faible ; et nous pouvons conclure de ce fait que les différences dans les résul- tats de l'expérience, quand on change les rapports de la mem- brane avec les li(piides réagissants, dépendent principalement de la pénétration [)lus facile de l'eau par la surface musculaire ou péritonéale de la muqueuse que par sa surface épithélique. Mais les résultats, ai-je dit, sont autres quand on substitue à l'albu- mine une dissolution de sucre. Cela ne semble pas devoir dépendre d'une intluence inégale que le sucre exercerait sur le courant endosmoti(|ue, quand cette substance est en contact avec telle ou telle surface de la membrane, mais plutôt à la f^icilité plus grande que le courant contraire formé par les molécules de sucre qui s'échappent par diffusion trouve à tra- verser la muqueuse gastrique quand ces molécules y pénètrent par la siuiaco épithélique, au lieu d'y arriver par la surface détachée des autres tuniques de l'estomac (i (1) Il esl aussi à noler qu'en faisant était en contact avec la surface épi- usa^c de la muqueuse gastrique de tliélique, et l'eau en rapport avec la divers Carnivores, MM. Matteucci et surface péritonéale ; mais lorsque Cimaontobtenudes résultats inverses. l'eau baignait la surface épithélique Ainsi, avec la tunique interne de l'es- delà muqueuse, le liquide n'est monté tomac du Cliien, ils ont vu la colonne dans l'endosmomètre qu'à 8 milli- cndosmoméirique s'élever à 60 niilli- mètres. métrés quand la dissolution sucrée Dans les expériences citées ci-des- V. 11 162 ABSOUPTION. L'influence que la nalurc chimique du liquide logé dans les cavités capillaires d'un (issu organique peut exercer sur la diffusion de la maiière osmogène à travers ces passages, ou, en d'autres mots, sui' Tinlensité du courant exosmotique, et par conséquent aussi sur la valeur du produit de l'échange, est mise en évidence par Texpérience suivante. Si l'on emploie connne cloison osmotiqnc la membrane interne de la coquille de l'umil', et (ju'on charge l'instrument ainsi préparé avec de l'albumine, cette matière ne s'échappera'pas en quantité notable si le li(juide réagissant est de l'eau pure ; mais si l'on substitue à ce bain une dissolution de chlorure de sodium, une (juanhté considérable d'albumine se répandra au dehors, bien que le courant endosmotique continue à se diriger vers l'intérieur du réservoir et à augmenter le volume de la dissolution albumineuse qui s'y trouve logée (1). sus, les haiileurs observées furent, avec la membrane gastrique de l'A- gneau et le sucre : 60 à 72 millinièlrcs, quand l'eau élait en contact avec la surface épilhé- lique de la membrane. 54 à 56 millimètres, quand l'eau clait en contact avec, l'autre surface de l;i membrane, et le sucre eu rapport avec sa surface dpitlié- liquo. Avec le blanc d'œuf : 11 à 22 millimètres, quand l'eau baignait la surface épithéliquo, et l'albu- iiiine la surface pcritonéale. 23 à 35 millimètres, (piand l'eau était en contact avec la surface pcrito- néale, et l'albumine en contact avec la surface épilhélique. Avec la tunique muqueuse de Tes- tomac du Chat, une dissolution gom- meuse a donné une ascension de : 38 millimètres, quand l'eau était en contact avec la surface viscérale, et la gomme en rapport avec la surface cpitliélique. 1 4 millimètres, quand l'eau était en contact avec la surface épitliélique (a). (1) En opérant de la sorte avec une cloison osniolique formée par la mem- brane interne de la coquille de l'œuf, !\I. Witlich a vu qu'en présence de l'eau pure, 2 centimètres cubes d'une dissolution albumineuse augmentaient en volume de 3" ,5 et ne laissaient échapper que 0«',015 de substance organique. Mais , en substituant au bain d'eau distillée un bain d'eau salée contenant 3,7 pour 100 de chlorure de sodium, la même quantité de dissolution albu- (a) Malleucci cl Cima, Op. cil. (.\iinales de chimie et de ■phijsUiuc, 3' série, 1845, t. XIII, p. 73 et suiv.). Rësimié. l'HÉNOMKNKS OSMOTIQUES. 163 il est aussi à iiote.i' que le degré d'iulensité des courants exosmoti(}ues peul être augmenté ou diminué par le lait de l'as- sociation de certaines matières osmogènes. ^ i6. — En résumé, nous voyons donc que tous les laits fondamentaux de l'histoire des phénomènes osmoticpies trouvent leur explication dans les lois connues de la capillariié, de rat- traction adhésive ou de l'aninité chimi(iue des liquides hétéro- gènes, et de la diffusion des corps en dissolution ; mais il ne faudrait [)as en conclure que des effets analogues ne puissent être dus à d'autres causes, ni (|ue des forces dont je n'ai pas tenu compte jusiju'ici n'exercent aucune intîuence sur la valeur, ou même sur le caractère des résultats ohteniisde la sorte. Ce serait tomhcr dans une erreur grave, et le physiologiste a par- ticulièrement besoin de connaître le rôle de ces agents acces- soires. § 17. — Ainsi, la chaleur peut déterminer de grandes modi- lications dans le jeu des forces dont dépendent les mouvements de translation et les échanges qui constituent le phénomène com- ,„ ph-non,cnes plexe dont l'élude nous occupe ici. Nous avons vu pré(^édem- ^'■^'""'"'"'^'• ment que l'élévation de la température^ tend à diminuer les effets dus aux actions capillaires, mais active le travail ])ar lequel l'imbihition des substances poreuses s'accomplit. La liilluence de la lonipéralure mineuse a gagné seulement 2"',1 en volume, el a perdu, par dilîusion, Os',^31 de matirro organique (a). Dans dos expériences faites vécein- ment par M. lleynsius, en vue d'é- clairer l'histoire de la sécrétion uri- naire , des faits analogues uni été observés. Deux endosmométres i'er- més par un morceau de la memjjrane amniotique, et chargés de sérum du sang de Bœuf, furent plongés, l'un dans un bain d'eau, l'autre dans de l'urine acide; au bout de vingt-quatre heures, le premier avait laissé écliap- |)cr beaucoup d'albumine, le second pas; mais lorsque l'urine était alca- line, l'albiiniiae passait au travers de la cloison osinotique (6). ((() VVillicli, Ueber Einieiss-DiU'usioii (Miillur's Avchiv fur Anal, itiid l^hijsioL, 1S5G, p. JUi). (b) Heynsius, Zuv Théorie der Harnseorelion {Arcliiv filr die Hollaiidischen [ieitrâaex-jtr Natitr- Hiid Hcilkvnde yrui Donder? iind W., lîiTliii, IS.iS, t, 1, p. 20r.). 154 ABSUIU'TIUN. chaleiii' accélère aussi les iiiuiiveiuciils osinolicjui's , et eela semble pouvoir dé[)endre prineipalemenl de deux eireoiisUuiees diftereiiles : 1° de la diminution dans les résistanees opposées au passage des liquides dans les eavités capillaires de la mem- brane, résultat qui est produit tant par l'affaiblissement que la chaleiu^ détermine dans l'attraction adhésive développée entre les deux corps en contact, que par la dilatation du tissu per- méable ; ^2° du dévelo{)pement de la puissance attractive réci- proque, ou affinité , exercée par les liquides miscibles réagis- sants, ([ui est aussi, dans certaines limites, une conséquence ordinaire de l'élévation de la température. Cette influence accélératrice de la cbaleur sur le travail endosmotique a été mise en évidence par les expériences de Dutrocbet. Ce [ibysiologiste a vu un même endosmomètre, cliargé avec des dissolutions identiques de gomme, n'absorber en un temps donné qu'un volume d'eau à la température de degré, et prendre o volumes d'eau à la température d'en- viron 34 degrés (1). En employant de l'acide cblorhydrique, il obtint des résultats encore plus remarquables, car une disso- lution de ce réactif dans une proportion voulue d'eau lui donna des effets négatifs à la température d'environ 20 degrés, tandis qu'à 10 degrés cette même liqueur déterminait un courant en sens contraire et faisait monter le liquide dans l'intérieur de rendosmomètre (2;. Ainsi, par le seul fait d'un léger clian- (1) Ces expériences rurciil faites avec un caecum de l'oulel chargé d'une (lissolulion de goninie, adapté à un tube de verre, et plongé dans un bain d'eau distillée. L'augmenlation de poids fut, dans une expérience, de lo grains à 5 degrés, et de Tô grains à environ 32 degrés. Dans une autre expérience , l'appareil se chaige de 10 ]/2 grains à degré, et de 37 grains à environ 'SU degrés la). (2) Dutrocheta trouvé qu'en plaçant dans un endosnionièlre garni d'un morceau de vessie de l'acide clilorhy- drique étendu d'eau, et en opérant à la température de 10 degrés, le courant principal s'établissait de l'acide vers le bain extérieur lorsque la densité de la («j Diilroclicl, Ui i'cndosiiwac [Mànuucs, l. I, \<. "27). PIIKNOMKNES OSMOTIQUKS. 1 G5 i^ement de tcmpc'rnliire, raUrnclion cnpilhiiro exercée par nue membrane sur l'eau acidulée peut devenir supérieure ou infé- rieure à celle que cette même membrane exerce sur l'eau pure, et la direction du courant endosmotique peut être de la sorte intervertie (1). § 18. — En étudiant les effets de capillarité, nous avons vu innucncc que l'état électrique des corps réagissants exerce parfois une grande influence sur le jeu des attractions moléculaires dont ces phénomènes dépendent. 11 en est de même pour les actions osmotiques. Ainsi, on sait depuis longtemps qu'un courant galvani(pje, en traversant l'eau pour se rendre du pôle positif au pôle né- gatif, détermine nn certain déplacement des molécules de ce liquide, de façon que si, à l'aide d'un diaphragme perméable, dissolution acide élaitinféneureà 1,02, et que le courant se portail de l'eau vers l'acide quand la densité était plus grande; mais qu'à la teuipéraUire de 22 degrés, le courant s'intervertissait quand la densité de l'acide dépas- sait 1,003. Ainsi l'acide chlorhydriquc au nnènie titre peut donner lieu à des effets de signe opposé, suivant que la température dépasse 20 ou s'ahaisse à 10 degrés, et Dulrochet est arrivé à celte conclusion : Pour que les ré- sultats endosmoliqncs soient sembla- bles à des températures qui ne va- rient que de 12 degrés, il faut que les densités de la dissolution d'acide clilorliydrique cliangent dans le rap- port d'environ l,00o à 1,027, c'est- à-dire que la liqueur doit contenir à peu près six fois plus d'acide quand la température est basse que lois- qu'elle est élevée (a). (1) Si l'élévation de la température diminuait dans le même rapport la puissance de l'attraction adliésive exercée par les parois des conduits capillaires sur les deux liquides réa- gissants, la chaleur ne changerait pas la direction du courant endosmotique, et tendrait seulement à en accélérer le mouvement; mais, en étudiant les phénomènes de capillarité, nous avons vu que le coeflicienl de l'écartemeiit moléculaire entre les solides et les liquides en contact apparent, déter- miné par l'élévation de la tempéra- ture, semble varier avec la nature chimique des corps en présence {b}; et par conséquent on conçoit facile- ment que dans certains cas les chan- gements de température puissent rendre l'action capillaire de A sur B plus grande ou plus petite que celle de B sur C. (a) Diilrocliet, avl. Enuosmosis (ToJil's Cyclnpœilia of Anal, (nul Pliysial., l, II, )> 10S). Ib] Voyez ri-tlps>>is, page 71 pi snivantes. 166 ABSORPTION. 011 SL'pare ou deux perlions ki jiuisse foriiiro par celui-ci, le volume de la portion située entre la cloison et le pôle positif diminuera, et le volume de celle comprise entre le coté opposé de la cloison et l'électrode négatif augmentera. Ce fait, constaté pour la première fois il y a plus de quarante ans par un physicien anglais nommé Porrett, a été depuis lors observé par plusieurs expérimentateurs, et montre que des effets sem- blables à ceux de l'endosmose peuvent être produits par le jeu des forces électriques. On a trouvé aussi que lorsque dans ces circonstances l'eau est décomposée par l'action de la pile, un volume de ce liquide proportionnel à la grandeur de celte action accom[)agne pour ainsi dire l'hydrogène qui s'accumule autour du pôle négatif (1), et ce déplacement paraît être dû à la résis- tance que l'eau oppose au passage de l'électricité positive (•2); (1) Plusieurs années avant la pu- blication des travaux fie Dutrochel sur reiidosmose, Porreu avait remar- qué que si l'on plonge les deux con- ducteurs d'une pile galvanique dans les deux compartiments d'un vase contenant de l'eau et divisé par une cloison membraneuse , le niveau du liquide s'abaisse dans le comparliment en rapport avec le pôle positif et s'é- lève dans l'autre (a). Cet eflet singu- lier semblait indiquer que le courant électrique, en passant du pôle positif au pôle négatif, entraîne avec lui une certaine quantité d'eau à travers les porcs de la cloison membraneuse, et M. Wiedemann, en ajjprofondi.ssant l'étude de ce phénomène, a constaté que le volume de l'eau qui accompagne riiydrogène pour s'accumuler autour du pôle négatif est toujours propor- tionnel à la quantité d'eau décom- posée, et est indépendant de l'étendue et de l'épaisseur du diaphragme per- méable. Il est aussi à noter que celte quantité est d'autant plus grande que le liquide employé conduit moins bien l'électricité (6). ('J) La physique nous apprend que l'électricité positive, quand elle est en mouvement, possède la faculté de ren- verser les obstacles qui se présentent sur sa route. On sait également que l'eau est un mauvais conducteur de l'électricité, et par conséquent l'eau qui se trouve dans les canaux de la membrane doit être un obstacle au passage du courant électrique qui se rend au pôle négatif. Ce courant devra donc tendre à déplacer ce liquide, et, (a) PoiTL'll, Curions Calvanir Experiments (Ami. ofnhUosnphij, \^iC,, l.VtlI.p. 74, ri Annales de chimie et de physique, 1X1 lî, t. 11, p. 137). (b)\Vieilemaiin, Vcber die Beweyuny von Fliissirikeiten imkreisc dernesclihisxeneu (jaivanischen Saule (Pnggfenil.irll's Annalen, 18r.-2, I. lAX.WII, p. '.i-li ; — ISr.li, I. XC.IX, p. 17"). PHÉNOMÈNES OSMOTIQIIES. 1()7 mais, quoi qu'il eu soit de l'explication du phénomène, on peut conclure légitiniement de ces faits que dans d'autres circon- en le déplaçant, tendre à le pousser dans la cellule en rapport avec rélec- trode négatif. M. Becquerel explique de la sorte le phénomène constaté par Porrett, et, à Tappui de cette théorie, il fait remarquer que l'accumulation du liquide vers le pôle négatif ne se produit que lorsque l'eau conserve le faible pouvoir conducteur qui est na- turel à cette substance, et que l'expé- rience ne réussit pas si ce liquide se trouve mêlé à un acide ou à un sel dont la présence rend le passage de l'électricité facile (a). il serait possible cependant que l'inégalité de niveau du liquide dans les deux compartiments du bain tînt à quelque dilférence dans le mode de groupement moléculaire des atomes d'eau ou de leurs éléments constituants qui, sons l'influence du courant élec- trique, constitueraient des particules de composés difTérenis douées , les unes de propriétés éleclro-positives, les autres de propriétés électro-néga- tives et ayant des volumes inégaux; mais ce sont là des questions théori- ques qui ne peuvent être discutées ici {b). Quant aux phénomènes osmotiqucs que l'électricilé détermine dans les dissolutions salines ou autres, les expé- riences de V. Raoult tendent à établir qu'ils sont dus à des décon)positions et au volume relatif des substances qui se rendent à l'un ou à l'autre pôle. Ce physicien considère toute dissolution comme étant une véritable combinaison chimique dans laquelle l'eau joue tantôt le rôle d'éli^ment électro-positif, tantôt celui d'élément électro-négatif, suivant la nature acide ou basique du corps dissous ; que sous l'influence d"un courant électrique, cette combinaison se sépare en deux parties , l'une formée d'eau pure , l'autre renfermant toute la substance dissoute ; enfin, que les matières ainsi dissociées se transportent aux pôles opposés, de façon que si le liquide compris entre ces pôles est divisé en deux porlions par une cloison per- méable, le volume de l'une de ces portionsaugmente ou diminue suivant que la substance qui s'y trouve ainsi transportée est plus ou moins volu- mineuse que la substance attirée par l'autre pôle. Or, dans ces liquides, chaque équivalent de l'acide , de la base, du sel ou de toute autre sub- stance en dissolution, se trouve asso- cié à plusieurs équivalenis d'eau, et par conséquciit c'est du côté où se rend l'eau que l'endosmose se ma- nifeste. ^\. Ilaoulta constaté aussi que dans les réactions de ce genre, quand deux liquides difi'érents sont séparés par une cloison perméable et sont traversés par un courant électrique, le niveau baisse toujours dans celui qui abandonne son eau avec le plus de facilité (c). [a) Becquerel, Traite expérimental de l'électricité, 1S30, I. IV', p. 200. (6) Voyez à ce sujet le mémoire de M. Graliam Sur la force osmotique (l'hilos. Trans., 1854, p. \U). (c) Raoii!t, Cames des pliéiiomèiie.i d'endosnwsf électrique (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1853, t. \X\Y1, p. 820). 168 ABSORPTION, Stances où des forces analogues se développent , celles-ci de- vront tendre à produire des mouvements du même genre. Diverses expériences prouvent d'ailleurs que l'électricité est apte à exercer une influence considérable sur les phénomènes osmotiques (1). Ainsi, un chimiste de Genève, M. Morin, a constaté que des membranes organiques qui, dans les circon- stances ordinaires, ne se laissent })as traverser par certaines substances, leur livrent parfois passage quand les forces élec- triques interviennent, et que des phénomènes du même ordre se manifestent dans les expériences osmotiques, lors même qn'on emploie comme cloisons perméables des matières miné- rales. Ainsi, en opérant à la tempéralure d'enviroji 30 degrés sur des endosmomèlres garnis de la tunique muqueuse du duo- dénum, M. Morin a vu que le sucre passait, tandis que ni le caséum, ni la gomme, ni les graisses, ne traversaient la mem- (1) Lorsque Diitrocliol conimeiiça à ctudiei' les eflels osmotiques, il était porté à les considérer comme dépen- dant essentiellement du jeu des forces électriques (a); mais il ne chercha pas à expliquer comment ces forces pouvaient produire les résultais ob- servés. M. Becquerel a cru pouvoir aller plus loin, et donner la théorie de ces phénomènes. « Lnc solution saline concentrée, dans sa réaction sur Teau, dit ce phy- sicien, prend rélectricité positive et donne à l'eau l'électricité contraire. L'effet ayant lieu entre les pores de la membrane ou de la cloison sépara- trice, la recomposition des deux élec- tricités s'oU'ectue par rinterniédiaire de ses parois, quand bien même la membrane ou corps intermédiaire n'est pas conductrice do l'éleclricilé. Il doit donc y avoir probablement au- tant de courants électriques partiels qu'il y a de pores ; ces courants sont tous dirigés de l'eau vers la solution saline. L'eau pure étant un mauvais conducteur, le courant positif fera passer facilement l'eau au travers de la mendjrane dans le compartiment où se trouve la solution ». Mais !\L Becquerel, tout en con- sidérant l'électricité comme étant au nombre des causes productrices de l'endosmose , a soin de faire re- marquer qu'elle ne saurait être celle qui a le plus d'influence, car il arrive souvent que les elfets produits sont dans une direction inverse de ceux que l'on aurait obtenus si elle eût agi seule {b). (a) rtiitroclid, L'nijeiil iminrdial dit mouvement vital dévoUi', \\. \?i'^ et siiiv, {b) l'..'C(|m>rH, Tvn'tli' île rèlirivinte, I. IV, ]>. 200 el 201. PIIKNOMÈNRS OSMOTIQUES. 1 ()9 brane; mais qu'en faisant intervenir l'action d'un eonrant galvanique modéré , les matières grasses du lait passaient tout comme le sucre, puis s'arrêtaient dès que l'action électrique était interrompue (1). (1) Une partie des expériences de M. Morin portent sur la membrane placentaire des Pauninants. Il a vu que la portion munie de cotylédons lais- sait passer l'émulsion de jaune d'œuf (corps g;ras et matières alhumineuses), ainsi que le sucre et le sérum du lait, mais excluait les matières grasses et le caséum de ce dernier liquide. Les parties de la même membrane qui étaient dépourvues de cotylédons se laissaient traverser par Talbumine du jaune d'œuf, mais ne livraient pas passage à la matière grasse du vitellus. Le courant éieciriquo fit passer les matières grasses du lait même au tra- vers de la partie de cette membrane qui est dépourvue de cotylédons, et cela quel que fût le sens du courant galvanique , mais plus rapidement quand le lait était en rapport avec Télectrode négatif. Quand, en opérant sur la muqueuse intestinale sans le concours du galva- nisme, les corps gras, le caséum et la gomme ne passaient pas, le sucre pas- sait et la membrane admettait ou cé- dait de la gélatine. En faisant interve- nir la cbalenr et l'électricité, on déterminait le passage du corps gras et de la gélatine ; mais cette dernière substance ne traversait que pour se rendre du pôle positif au pôle négatif. Le caséum et la gomme ne passaient pas. Lorsque la muqueuse intestinale avait été imbibée de potasse, puis lavée jusqu'à ce que la neutralité y fût revenue, tous les principes du lait passaient sous l'intluence de la pile et d'une température de 30 degrés. Ce transport s'ett'ectuait alors le plus facilement de — en -j- ; mais lorsque le liquide était légèrement alcalinisé , le mouvement s'établissait le plus faci- lement en sens contraire. En employant de la baudruche (c'est-à-dire une double membrane péritonéale aluminée, puis desséchée et vernie à l'albumine), une dissolution d'albumine n'a déterminé que très peu d'atllux osmotique et ne s'est pas ré- pandue au dehors. En ajoutant du sucre à l'albumine , on a rendu l'en- dosmose beaucoup plus active , et il y a eu passage en sens inverse de sucre , d'albun)ine , etc. Mais ni sans ni avec le concours de la chaleur et de l'électricité, le passage de l'albu- mine n'est devenu abondant, et la matière albuminoïde abandonnée par la membrane n'était pas coagulable par la chaleur. Enfin, en employant des godets po- reux de grès d'une structure grenue, IVI. Morin a vu que divers liquides, tels que du lait, une émulsion de jaune d'œuf et une dissolution d'albumine, filtraient au dehors quand les vases étaient à l'air, mais ne passaient pas dans l'eau du bain , où l'on plongeait ceux-ci de façon à empêcher toute pression hydrostatique. Le sucre pas- sait très lentement. Or, en faisant agir à la température ordinaire un faible courant galvanique, de petites 170 ABSORPTION. Relations H est doiic bieii démontré (jne les forces électrinues pcii- fnlre l'osmose et les réactions vent oxercer une inlliience considérable sur la production des ciiiiniques. ciiets osmotiqnes, et l'on sait d'autre part qu'il y a manifestation de ces forces toutes les fois que des corps hétérogènes arrivent en contact, mais surtout quand ce contact est suivi de quelque combinaison ou décomposition chimique. Or, des réactions chimiques accompagnent presque toujours , sinon constam- ment, les phénomènes osmotiques; en général, elles s'établis- sent non-seulement entre les liquides hétérogènes qui s'unissent, mais aussi entre ceux-ci et la substance des cloisons per- méables que ces liquides traversent. M. Graham, l'un des chimistes les plus distingués de l'Angleterre, après avoir fait une étude approfondie de ces questions, a été môme conduit à penser que le jeu des affinités était une condition essentielle du développement de toute puissance osmotique. Celte opinion ne me paraît pas fondée; mais il semble y avoir quelque liaison entre tout grand déploiement de cette force et la réalisation de quelque travail chimique. Ainsi, en opérant avec des endosmomètres à parois inorga- niques, M. Graham a constaté une certaine coïncidence entre la manifestation des courants osmotiques et l'altération des pa- rois du vase par les agents employés (1). Il a vu (juc les mem- qiiantités d'albumine passèrent clans le bain extérieur. L"exosmose de l'albumine n'augmenta que peu lors- que la température s'est élevée de 35 à 50 désirés , et se fit à peu près de même, quelle que fiit la di- rection du courant galvanique. Le caséum du lait passait pour se rendre vers le pôle négatif; mais les corps gras du lait et du jaune d'(euf ne passèrent pas (a). (1) En employant des godets formés de gypse, de charbon comprimé ou de cuir tanné, substances qui n'étaient pas attaquées par les sels dont il fai- sait usage, M. Graham n'a obtenu au- cun elfet osmotique, et, en examinant les matières qui provenaient des vases (a) A. Morin, Nouvelles expériences sur la prrmcabilUi: des vases poreux et des membranes desséchées par les sitbslances nutritives (Mémoires de la Société de phjisique et d'histoire natu- relle de Cenère, 1854, t. MU, \i. âr.1 et sniv.i. Pni'>;OMKNF,S ORMOTlQri'S. 171 braiies organiques qui lonctionnonl <1o la sorte sont d'or- ilinaire plus ou jnoins fortement attaquées par les matières salines qui les traversent. Enfin il a remarqué que les sub- stances qui possèdent nn pouvoir osmotique très considé- rable sont toutes des matières (\m se décomposent le plus facilement en présence, soit des menstrues, soit des tissus dont on fait usage, ou qui attaquent le plus énergiquement ceux-ci. Afin de mettre en évidence ces rapports, M. Graham a classé par ordre de puissance osmotique les diverses sub- stances minérales dont il a mesuré l'action, et, si l'on jette les yeux sur cette liste (1), on ne peut qu'être frappé de la coïnci- dence signalée par cet expérimentateur. On remarque, en effet, que ce sont les acides , les sels alcalins et les composés les moins stables qui donnent lieu aux courants, soit positifs, soit négatifs, les plus puissants , et que les sels les plus stables occupent la région moyenne de la série, c'est-à-dire produisent le moins de cbangements dans les volumes des liquides réa- de terre cuite où il avait réalisé des effets osnioliqiies considérabies, il y a toujours reconnu des composés à base de cliaiix et d'alumine. Il lui fut im- jiossible d\''puiser les parois des go- dets en les lavant, soit avec de l'eau, soit avec des acides étendus, et le tra- vail de décomposition dont leur sub- stance était le siège lui paraissait indéfii'.i. [);ins d'auires cas, des quan- tités considérables de matières salines étaient arrêtées au passai;e et fixées dans l'épaisseur des parois de ces vases poreux {a). (l) Dans ce tableau, M. (Iraham a représenté par des valeurs posi- tives ou négatives les différences de poids déterminées dans leur masse par les échanges opérés de la sorte en un temps donné (h). Ces résul- tats ont été fournis par des expé- riences faites à l'aide de membranes animales identiques, et avec des dis- solutions contenant un centième du poids de la substance osmogène. Les effets sont représentés par l'é- lévation ou la dépression du ni- veau du liquide dans le tube de (a) Gratiaiii, On Osmolic Force {Philos, frans., IST)!, p. 183) (6) Idem, Op. cit. (Philos. Trans., -1854, p. 225). 172 ABSORPTION. gissaiils (1). Il est aussi à noter que la plupart de ces matières salines attaquent les tissus organiques. L'eau elle-même agit chimiquement sur les substances albuminoïdes, et les mou- vements osmotiques sont souvent accompagnés d'altéralions profondes dans le mode de constitution de ces corps, dues à la séparation du chlorure de sodium ou d'autres sub- rosiiiomètre, évaluée en niillimèlres. Acide oxalique — 148 AciJo chlorhydrique (0,1 p. 100}. — 92 Ti'itophlorurc d'or — 54 Biciilorurc d'ctain — AQ Nitrate de magnésie — 2"2 Chlorure de magnésium — 2 Chlorure de sodium ^- 12 Chlorure du polassium -j- 18 Nitrate de soude 4- 14 Nitrate d'argent -U 34 Sulfate de fer -}- 20 à 25 Sulfate de potasse -(- 21 à 60 Sulfate de magnésie 4- 14 Chlorure de calcium -L. 20 Chlorure de baryum _[_ 21 Chhu-ure de siroulium -|_ 20 Chlorure de cobalt -j_ 20 Chlorure de manganèse -j- 34 Chlorure de 2inc -L. 45 Chlorure de nickel -j- 88 Nitrate de plomb _1- 204 Nitrate >](' cadmium _[_ 1 37 Nitrate d'ur.uiiuin _|_ 1 58 Nitrate de cuivre 4- 204 Chlorure de cuivre -j- 351 l'iolochlorure d'élain 4- 289 Pi'otochlorure de fer 4_ 435 Chlorure de mercure 4-121 Prolonitrate de mercure 4- 350 Pernilrale de mcicure 4- 470 Acétale de scsquioxyde de fer . . 4- \'Jl Chlorure d'aluminium ~\-. 540 Phosphate de soude 4-311 Carboualo de potasse 4- 439 M. Cii'aliam a beaticotip insisté sur la coïncidence des actions cliiniiques et osmotiques. Il ne s'explique pas sur les relations qui doivent exister entre ces actions chimiques et le jeu de forces électriques ; mais il pense que la condition essentielle pour la pro- duction de l'osmose, c'est le dévelop- pement d'actions chimiques différentes des deux côtés de la cloison per- méable (a). (1) Ainsi nous savons que les car- bonates alcalins attaquent fortement les matières albuminoïdes, et les expé- riences de M. Graham montrent que le carbonate de potasse qui traverse la membrane organique de l'endosmo- mètre contracte des combinaisons nouvelles en passant dans la substance de cette cloison. Le pouvoir osmo- gène de la potasse hydratée est égale- ment très grand ; mais ce réactif dé- truit si promptement les membranes organiques, que celles-ci perdent très vite la faculté de fonctionner de la sorte. Le sulfate de fer, qui est très stable, n'a qu'un très faible pouvoir osniogé- nique ; le sesquiazotate de fer produit au contraire des effets très considé- rables; mais aussi, en s'échappant par diifiision à travers la mcndjf.ino, il se décompose et laisse un sel basique du côté interne de la cloison, tandis que [a] Craliam, Op. cil. {Philos. Trnns., 1854, p. 225), ClIÉNOMtNKS OSMOTIQUES. 173 stances iiùncralcs (]iii y étaient eonihhices (1). En un mot, des phénomènes résultant du jeu des affinités eliimiques aeeompagnent presque toujours, peut-être même toujours, la production des effets osmotiques; mais, dans l'état actuel de la science, il ne me send^le y avoir aucun motif pour consi- dérer ces derniers comme dépendants des premiers, et l'on ne voit pas comment dans ces cas la ])uissance chimique se transformerait en une puissance motrice. Nous avons vu ^ d'ailleurs, que tout ce qui est essentiel dans le travail osmo- ticjiie trouve son explication dans les lois de la physique géné- rale, et si les influences chimiques, de même que les forces électriques, interviennent dans l'accompHssement de ces actes, il est probable «pie c'est à la manière de la chaleur, en modi- fiant les conditions dont dépend le développement plus ou moins énergique de l'une ou de plusieurs des forces molécu- laires dont nous avons étudié le rôle au commencement de cette Leçon. § 19. — En résume, nous voyons donc que les phéno- mènes osmotiques sont beaucoup plus complexes qu'on ne Hésiiiiiû gênerai. c'est lin nitrate acide qui se répand dans le bain adjacent. L'acétate d'alumine se décompose très facilement de la sorte par le seul fait de sa diffusion dans l'eau, et de même que les autres sels d'alumine dont le pouvoir osmogénique est gé- néralement grand, il se combine forte- ment avec les matières albuminoïdes. Chacun sait que sous ce dernier rapport le chlorure de mercure est également remarquable, et c'est aussi une des substances dont le pouvoir osmogénique est le plus considé- rable. (1) Dutrochet a remarqué que le blanc d'œuf mis en contact avec l'eau se coagule à sa surface de façon à y former une pellicule blanchâtre («). Cette action a été étudiée avec plus de soin par M. Virchow et par M. Wit- ticli, qui ont fait voir que dans ce cas l'eau enlève à la matière protéique une portion de chlorure de sodium qui lui était associée et qui lui donnait de la tluidité (6). (») Dutrochet, De l'endosmose {Mémoires, I. I, p. 43). (b) Virchow, Ueber ein cigenthûmliches Yerhalteii albiminosev l-'lûssujkeilcn ba Âusalx, von Salzcn {Ài-ch., t. VI, p. 572). — Willich, Uebcr Eiweiss-Diffuswa (Mitllur's Archlv, 1850, p. 28(3). 17 4 ABSORPTION. serail porte à le su[)poser au premier abord; (jue les éehanges qui s'établissent eutre les liquides séparés par une membrane animale ou toute autre cloison analogue peuvent être déter- minés par deux causes : l'attraction physique ou cliimi(iue de ces corps l'un pour l'autre, et la force répulsive, ^jui tend à effectuer la diffusion uniforme des particules à l'état de disso- lution dans la totalité du menstrue où elles peuvent avoir accès; (jue l'inégalité des résultats de cet échange dépend delà facilité relative du passage des deux substances réagissantes à travers les cavités interstitielles de la cloison, et que cette perméabilité pour un liquide déterminé varie suivant la nature de celui-ci, la nature de la cloison elle-même , le diamètre des passages capil- laires dont cette cloison est creusée , et les circonstances dans lesquelles la réaction s'opère; enfin que la chaleur, l'état élec- trique, le jeu des forces chimiques, et d'autres inlluences dont il n'est pas possible de déterminer avec précision le rôle, modifient les effets produits de la sorte. Dans l'étal actuel de la science, nous ne possédons pas une théorie assez parl\]ite de ces phénomènes pour pouvoir calculer ce qui doit arriver dans tous les cas particuliers ; mais nous pouvons au moins prévoir ce qui se passera dans un grand nombre de circonstances, et nous rendre nettement compte du mécanisme à l'aide duquel le déplacement des liquides et leur accumulation de l'un ou de l'autre côté d'une membrane animale s'effectuent d'ordinaire. Cette étude, qui vient de nous occuper un peu longuement, nous permettra donc de faire à la physiologie d'utiles applications de la physique moléculaire, et un examen approfondi des ques- tions que nous avons passées en revue dans cette Leçon était nécessaire aussi pour nous mettre eu garde contre l'explica- tion erronée d'un gran(t nombre de faits doiit les naturalistes croient souvent pouvoir se rendre compte en les attribuant à l'endosmose, bien (pie ces phénomènes n'aient en réalité rien de commun avec les effets osuiotiques. s l'HÉNOMÈNES OSMOTIQL'ES. 175 Le transport des liquides qui s'efïectuc de la sorte, je le répèle, ne dépend pas d'un agent spécial , et s'effectue sou l'influence de la résultante de plusieurs forces physiques ou chimiques ; mais, pour la commodité du discours, il est bon de personnifier en quelque sorte celte cause de mouvement. Je continuerai donc à la désigner sous le nom de puissance osmogénique, et à appeler eH(/o5/?»o5e l'accumulalion de liquide qui est produite par son action. QUARANTE - CINQUIÈME LEÇON. Suite de I'Histoire de l'absorption. — Application des lois des pliénomènes osmotiques à la connaissance de l'action absorbante des corps vivants. — Cir- constances qui influent sur la rapidité avec laquelle cette fonction s'exerce. Du rùie § 1 • — La connaissance des pliénomènes osmotiques que nous de i 'j||^'^^os""'^'° avons acquise dans la dernière Leçon nous permettra d'expliquer iJ.SobSq"ûè. en grande partie ce qui se passe dans l'organisme de l'Homme et des autres iVnimaux, quand de l'eau ou un liquide quelconque arrive en contact avec la surface extérieure du corps ou pénètre dans une des cavités qui communiquent librement au dehors. Eflectivement, nous trouvons réunies dans ces points toutes les conditions physiques dont nous avons vu dépendre l'absorption des liquides dans un endosmomètre : car les membranes qui constituent ces surfaces sont perméables ; d'un côté elles sont en contact avec de l'eau ; du côté opposé se rencontrent le sang et la lymphe qui circulent dans les vaisseaux qui leur sont propres, et ces liquides, plus ou moins chargés de matières organiques et salines, sont aptes àjouer le rôle d'agents osmogènes. A moins de supposer que l'organisme vivant soit soumis à des forces (pii balanceraient les actions dont résulte l'osmose, il faut donc admettre que dans ces points des courants semblables à ceux que nous avons vus traverser la paroi poreuse de l'en- dosmomèlre s'établiront , et que par l'effet do ces mouve- ments l'eau pénétrera du dehors dans l'intérieur du système vasculaire pour s'unir aux liuineurs de l'économie, ou, en d'autres mois, que l'absorption de ce li((uide sera réalisée. Or, nous avons déjà vu que, dans ces dernières circonstances, l'eau est en réalité absorbée, et par consc(juenl il est légitime d'al- TJlÉOUIt: DE CE PHÉiNOMÈNli. 177 tribuer cette absorption, au moins en partie, au jeu des forces osniotiques. Tous les foits dont je vais avoirà rendre compte dans cette Leçon viennent à l'appui de cette conclusion. Je ne dis pas que l'endos- mose et la diffusion soient les seules causes qui déterminent le passage des matières circonvoisines jusque dans le torrent circu- latoire, mais elles jouent évidemment un grand rôle dans l'accom- plissement de ce transport, et par conséquent, avant de chercher quelles peuvent être les autres forces qui interviennent pour déterminer l'absorption physiologiques, il nous faut examiner attentivement la part qui revient à ces actions physiques. § 12. — Pour procéder méthodiquement dans cette étude du Résorption mécanisme de Tabsorplion en giMiéral, il me semble convenable ''VpancîS'.'^ d'examiner d'abord ce qui doit se passer entre le sang ou la lymphe (|ui se trouvent dans l'intérieur des vaisseaux irrigatoires et les liquides qui baignent la surface extérieure de ces mêmes vaisseaux, et qui occupent les aréoles du tissu conjonclif. Dans une précédente Leçon, nous avons vu que ces liquides cavitaires, connus sous le nom général de sérosité., se com- posent d'eau et de diverses matières organiques et minérales qui se rencontrent également dans le plasma, soit du sang, soit de la lymphe, mais qui s'y trouvent en moins grande propor- tion que dans ces fluides nourriciers (1). Nous savons égale- ment (lue les parois de ces vaisseaux sont perméables (2), et par conséquent, d'après les lois connues de l'osmose, la séro- sité doit céder au sang et à la lymphe une partie de son eau, ou, en d'autres mois, un courant cndosmotique doit s'établir de la sérosité des espaces interorganiques vers les liquides conte- nus dans le système vasculaire, courant qui diminue le volume des humeurs épanchées dans les aréoles du tissu conjonctif et qui augmente celui des liquides en circulation dans l'organisme. (1) Voyez tome IV, page 617 et ('2) Voyez lome IV, page 3'J2 el suivantes. suiv. ; tome V, page 23 et suiv, V. 12 178 ABSORPTION. Ce courant endosmotiqiie doit être d'autant plus puissant que la différence dans le tilre, ou ce qui, dans ce cas, revient au même, dans la densité des liquides réagissants, est plus con- sidérable, pourvu que toutes les autres conditions du phénomène restent invariables. Or, nous savons que les matières osmo- gènes, c'est-à-dire les priucipes organiques, tels que l 'albumine et les substances salines qui se trouvent associées à l'eau dans ces divers liquides, sont en proportion plus grande dans le sang que dans la lymplie. Par conséquent aussi, conformément aux lois de l'osmose, l'aclion absorbante exercée sur le sérum doit être plus puissante que celle de la lymphe sur ce dernier liquide. Nous verrons bientôt qu'effectivement les choses se passent de la sorte dans l'organisme vivant, et, comme tout ce que j'ai ;\ dire de l'absorption parles vaisseaux lymphatiques est appli- cable aux vaisseaux sanguins, que les effets produits par ces derniers sont plus grands et que l'élude en est beaucoup plus facile, il me paraît inutile de compliquer nos études actuelles par la considérahon simultanée des fonctions de ces deux ordres de vaisseaux, et, laissant de côté pour le moment ce qui est relatif au système lymphatique, je concentrerai mon atten- tion sur les phénomènes d'absorption dont le système circula- toire est le siège. Mode § S. — Au premier abord, il pourrait sembler étrange '^'timïuanT"' d'aduicttrc (pie là où nous avons constaté l'existence d'une de l'absorption jj^Qj^ggLidation , c'cst-à-dirc d'un mouvement des liquides du ^"^'danî""" dedans au dehors des vaisseaux sanguins, il puisse y avoir le même point. ^^^ mcmc tcuips, aîusi quc je viens de l'avancer, absorption ou trans[)ort de matières de l'extérieur à l'inlérieur des mêmes parois. Mais le fait est facile à constater, et il est non moins facile à expliquer, lors même que les courants en sens inverse seraient formés les uns et les autres par des liquides iden- tiques. Effectivement, les tissus constitutifs des [larois vasculaires, THÉOKIE DE CE PHÉNOMÈNE. 179 de même que les autres membranes organiques de l'économie animale, sont creusés de cavités interstitielles très irrégulières par leur calibre aussi bien que par leur forme et leur direction ; et parmi les passages ainsi établis , les uns sont assez larges [)0in* agir à la manière de filtres, et pour laisser passer, sous l'iulluence de la pression hydrostatique exercée par le sang, luie certaine quantité de sérum dépouillé d'une partie des matières solubles dont ce liquide est chargé : de là Iranssudatioii plus ou moins rapide d'une portion des matériaux les plus tluides du sang de l'appareil circulatoire dans les aréoles adjacentes du hssu conjonclif. Mais d'autres pores ou lacunes interstiUelles de la même membrane sont de plus petit calibre, et leur action capillaire ne permet pas à la poussée latérale exercée par le sang de déplacer les liquides logés dans leur intérieur ; là, par con- séquent, il n'y a point de courant sortant, point de transsuda- tion ; mais, par le jeu des Ibrces déi)endantes des actions moléculaires entre ces liquides et ceux qui baignent les deux surfaces de l'espèce de cloison formée par la paroi du vaisseau, un courant osmotique s'établit de l'extérieur vers l'intérieur, car l'eau se trouve en moins grande proportion dans le liquide (]ui occupe l'intérieur de cet organe que dans la sérosité qui en baigne la surface externe. Ainsi la théorie nous conduit à prévoir que les parois des veines doivent être le siège de deux courants de direction contraire dus à des forces diffé- rentes , d'un courant de transsudalion déterminé j)ar la pres- sion hydrostatique, et d'un courant centripète dépendant des actions moléculaires dont l'ensemble détermine l'endosmose. Les effets apparents de ces deux courants d'extravasation et d'absorption doivent se balancer plus ou moins, et si leur puis- sance est égale, ils pourront facilement échapper aux investi- gations du physiologiste, car ils n'auront alors aucune intluence sur le volume des liquides situés de l'un ou de l'autre côté de la membrane perméable, et tout paraîtra en repos; mais, pour 180 ABSORPTION. peu que l'un d'eux acquière une puissance relative plus grande, son existence se manifestera par une augmentation dans la quantité de liquide vers lequel celui-ci se dirige, et, au premier abord , on pourrait croire que dans ce cas il y a seulement absorption ou seulement transsudation. Nous verrons cependant que toujours, ou presque toujours, ces deux mouvements coexistent |»artout dans l'organisme, de façon qu'il y a dans l'économie animale circulation des fluides nourriciers, non- seulement dans le système des vaisseaux irrigatoires, mais dans la profondeur des tissus intermédiaires, entre ces canaux et les cavités interstitielles circonvoisines, et cela sur tous les points où ces vaisseaux existent : circonstance dont nous ver- rons [tlus tard l'utilité (juand nous étudierons les phénomènes de nutrition. Dans ce que je viens de dire des échanges effectués entre raj)parcil vasculaire et le système aréolaire circonvoisin, il n'a été question que de l'eau qui s'échap|)e du plasma pour con- courir à former la sérosité, ou qui est enlevée; à ce dernier liquide pour être portée dans le sang. Mais cette eau, de part et d'autre, tient en dissolution diverses matières organiques et minérales ; d'autres substances peuvent y être ajoutées acci- dentellement, et par conséquent, pour compléter cette investi- gation préliminaire des phénomènes de l'absorption, il faut chercher comment se comportent les molécules hétérogènes qui se trouvent disséminées dans ce menstrue. Nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de reconnaître que l'attraction adhésive exercée par les surfaces des tissus organisés sur les molécules de l'eau est plus puissante que celle que ces mêmes surfaces exercent sur les molécules de la })lupart des nvatières salines ou organiques en dissolution dans ce liquide. Nous savons aussi que, par suite de cette inégalité, les passages étroits dont ces tissus sont creusés effectuent une sorte de triage dans les molécules qu'ils admettent, et qu'ils laissent passer THÉORIE DE CE PHÉNOMÈNE. 181 l'eau en plus grande proportion ; que cette action moléculaire ne s'exerce qu'à de très petites distances, et que par conséquent ses effets ne sont sensibles que quand les canaux sont très étroits ; enfin que les différences déterminées ainsi dans le degré de concentration des liquides qui traversent les membranes sont d'autant plus marquées, que les cavités interstitielles par lesquelles ils passent sont plus petites (1). En étudiant le phé- nomène de la transsudation, nous avons vu que le plasma du sang est de la sorte très appauvri par le fait de sa filtration au travers des parois des vaisseaux, et que, par suite de cette ac- tion, la sérosité déposée soit dans les aréoles du tissu conjonctif, soit dans les poches séreuses, contient de l'eau en plus grande abondance. Or, tout ce que je viens de dire des modifications que la filtration détermine dans la composition du courant effé- rent est à plus forte raison applicable au courant afférent qui ramène dans les vaisseaux sanguins une portion de la sérosité des cavités d'alentour; car nous avons vu que ce transport, dû à l'endosmose, se fait par des passages plus étroits que ceux à l'aide desquels la pression hydrostatique détermine la transsu- dation, et par conséquent le liquide absorbé doit être aussi moins riche en matières solubles que la sérosité dont il provient. La résorption d'une porhon des liquides épanchés dans les cavités closes de l'organisme doit donc tendre à produire une certaine concentration dans la portion qui reste en place, et si d'autres causes ne balancent les effets produits de la sorte, l'espèce de circulation locale et inlershliellc qui s'établit ainsi entre les cavités vasculaires et les cavités séreuses en général amènerait une accumulation de matières solubles dans ces dernières. Du reste, cette accumulation a souvent lieu, et nous en avons déjà eu des exemples en étudiant les changements qui se manilcstent àlalonguedanslacomposifion des produitsdela transsudation (-2). (1) Voyez ci-dessus, page 88 et (2) Voyez tome IV, page /|35 et suivantes. suivantes. IS^ ABSORPTION. Mécanisme Lfl quaulité fles matières nlbuminoïdes et minérales qui se lie l'ahsorpfion ^ , i » /■ des matières trouvent a la lois dans le sang et dans la sérosité sera donc aug- ;. lorgamsme. mentée dans ce dernier liquide plutôt que diminuée, par l'effet des courants et contre -courants dont résultent l'absorption et la franssudation dont une même surface organique est le siège; mais si la sérosité vient à se cliarger de quelque substance qui n'existe pas dans le sang ou qui n'y existe qu'en moindre pro- j)ortion, le résultat, en ce qui concerne cette substance, sera très différent, et l'ensemble du pliénomène pourra même changer de caractère. Supposons d'abord que la substance étrangère en dissolution dans la sérosité soit apte à agir comme agent osmogène, et soit en proportion suffisante pour que ses effets l'emportent sur ceux du sang. Le courant osmotique qui traverse la paroi vasculaire changera alors de direction , et le sang , au lieu de prendre de l'eau à la sérosité circonvoisine , en fournira à ce dernier liquide ; il y aura endosmose centrifuge du vaisseau sanguin dans les aréoles du tissu conjonctif adjacent, et les produits de ce courant effcrent viendront grossir ceux de la transsudalion ordinaire. Dans ce cas, l'endosmose ne contril)uera donc en rien au transport de cette matière étran- gère de l'extérieur du vaisseau jusque dans le torrent cir- culatoire, c'est-à-dire à son absorption. Mais nous avons vu qu'à raison du pouvoir diffusif dont les molécules des corps en dissolution sont douées, ces molécules tendent à se répartir uniformément dans la totalité de l'espace occupé par le men- strue, et par conséquent à se répandre dans les courants afférents qui , en traversant les membranes , donnent lieu à l'endosmose ; ces mêmes molécules tendent aussi à se répandre d'une manière semblable dans le liquide situé au delà de la cloison constituée par ces membranes, et elles forment de la sorte un contre-courant ou courant exosmotique qui est dirigé de la sérosité vers le sang. Dans ce cas, en vertu des actions THÉORIE DE CE PHÉNOMÈNE. 183 moléculaires que nous avons vues intervenir dans la production des phénomènes osmotiques, il y aura donc encore absorption de la matière étrangère, c'est-à-dire transport des molécules de cette matière de l'extérieur des vaisseaux sanguins dans l'intérieur de ces conduits, où elle se mêlera au liquide nourri- cier en circulation ; seulement cette absorption , effectuée par la diffusion seulement, sera très lente. Du reste, il est évident que par l'effet même des courants centrifuges ainsi établis , l'agent osmotique s'affaiblira de plus en plus , car, en même temps qu'une portion de sa substance pénétrera dans le vaisseau sanguin par diffusion, ce qui en restera se trouvera mêlé à une proportion toujours croissante de sérosité, et il arrivera ainsi un moment où son action deviendra insuffisante pour balancer celle du sang, dont la direction est inverse ; le sens du mou- vement endosmotique sera alors interverti, et le courant s'éta- blira de la sérosité encore chargée d'une certaine quantité de la substance étrangère vers le sang en circulation. Ces conditions sont faciles à réaliser dans des expériences phénomènes , osmotiques osmotiques, et il est également aise de constater que sous ce déterminés . . pai' rapport les choses se passent dans l'organisme vivant comme les purgaufs. dans un endosmomètre inanimé. Pour le prouver, il me suffira de répéter une des expériences faites par M. Poiseuille dans le but de s'éclairer sur le mode d'action des médicaments purga- tifs. Plaçons dans un réservoir endosmométrique une dissolu- tion un peu concentrée d'un de ces sels neutres à base alcaline que l'on administre souvent aux malades pour provoquer les évacuations alvines, et qui ne se trouvent pas normalement dans le sang ou n'y existent qu'en proportions extrêmement faibles, du sel de Glauber ou sulfate de sonde, par exemple, ou bien encore de Feau de Sedlitz, qui est riche en sulfate de magnésie, et plongeons l'instrument dans un bain formé de sérum. Un courant osmotique ne tardera pas à s'établir au travers delà membrane, et se dirigera du sérum vers l'eau de 184 ABSORPTION. Sedlitz : celle-ci augmentera de volume, et cet accroissement sera marqué par l'ascension de la colonne endosmométriqne; l'eau du sérimi, en [)assant dans la dissolution purgative, ~ aura emjiorté avec elle nne certaine quantité d'albumine qui se retrouvera dans l'eau de Sedlitz; enfin le courant endos- moti(|ue dont dépendent ces Iransporls de matières aura été accompagné d'un mouvement de diffusion en sens contraire, ou phénomène d'exosmose , ayant pour résultat le passage d'une certaine quantité de sulfate de magnésie de l'intérieur de l'endosmomèlre dans le bain adjacent formé par le sérum. Supposons maintenant que le réservoir endosmotique dont je viens de faire usage, au lieu d'être formé par une membrane muqueuse prise sur le cadavre, soit l'intestin d'un Animal vivant. Si les actions physiques qui ont déterminé les échanges dans l'expérience précédente s'exercent de la même manière, nous devons être témoin de résultats analogues, caria subslance [lurgative sera séparée du sérum qui circule avec les globules hématiques dans les vaisseaux sanguins de la muqueuse par une couche mince de tissu perméable réunissant toutes les con- ditions voulues pour fonctionner à la manière d'un diaphragme osmotique. Il devra donc y avoir, comme conséquence de l'en- dosmose provoquée })ar l'eau de Sedlitz, transport d'une cer- taine quantité de sérum, c'est-à-dire d'eau chargée d'albumine, des vaisseaux sanguins dans l'intérieur du tube intestinal, mou- vement qui amènera une augmentation du volume des liquides renfermés dans cette cavité, et il y aura en même temps, comme conséquence du courant de diffusion ou courant exosmotiqiie, absorption d'une certaine quantité de sulfate de magnésie et des autres matières salines contenues dans l'eau de Sedlitz, et ver- sement de ces matières dans le torrent de la circulation. Or, ce sont précisément là les principaux phénomènes qui sont déter- minés pai' l'administi'ation de celle eau médicamenteuse : l'excrétion d'un hipiide chargé d'albumine est provoquée à la THÉORIE DE CE PHÉNOMÈNE, 185 surface libre de h muqueuse intestinale, et en même temps les matières salines de l'eau de Sedlilz passent dans le sang, puis dans les urines, ainsi qu'on s'en est assuré par l'analyse chi- mique de ces humeurs (1). (1) On sait généralement que les sels dont il est ici question, de même que !)caucoup d'autres médicaments dits purgatifs, déterminent par leur présence dans le tulje intestinal l'éva- cuation d'une quantité considérable d'eau plus ou moins chargée de ma- tières organiques, et que ce liquide est fourni par les parois de la cavité di- gestive. Or, en examinant cliimique- ment ce produit dont l'abondance est en général très grande, on y trouve des quantités assez considérables d'al- bumine, substance dont on ne dé- couvre que des traces dans les déjec- tions alvines ordinaires, mais dont la présence dans ces circonstances s'ex- plique parfaitement par l'aftlux de sérum du sang que l'action osmo- gène du purgatif a provoqué. D'un autre côté, en examinant la compo- sition de l'urine cliez les personnes soumises à ce genre de médication, on reconnaît dans ce liquide une quan- tité considérable du sel qui a été ad- ministré par les voies digestives, et qui n'a pu arriver dans l'appareil rénal qu'après avoir été absorbé dans l'intestin. En faisant des expériences endos- motiqucs avec le sérum du sang et d'autres eaux minérales purgatives ( telles que l'eau de Piillna) , ou bien encore des dissolutions de sulfate de soude, de sulfate de magnésie, de sel commun, de nitrate de potasse, de phosphate de soude, etc., à des de- grés voulus de concentration, M. Poi- seuille a obtenu des résultats sem- blables à ceux fournis par les expé- riences décrites ci - dessus. A un certain degré de concentration, ces dissolutions salines déterminaient tou- jours l'établissement d'un courant en- dosmotique alimenté par le sérum, et à un certain degré de dilution, au contraire, elles étaient attirées par le sérum et formaient un coinant dirigé vers ce dernier liquide ; enfin, dans toutes ces expériences, il y avait en même temps passage en sens inverse, soit d'une certaine quantité d'albu- mine dans la dissolution saline, soit d'une portion de sel dans le sérum (a). Ces expériences donnent la théorie d'une partie du mode d'action de ces médicaments purgatifs ; mais les effets que ces substances produisent ne con- sistent pas seulement dans ces cou- rants osmotiques , et les phénomènes provoqués par leur présence dans les voies digestives sont en général beau- coup plus complexes, comme nous le verrons ailleurs. Je dois ajouter que M. Liebig était arrivé précédemment à des résultats analogues, et attribuait aussi l'action des purgatifs au jeu des forces osmotiques (6) ; mais, dans ces (a) PoiseuiUe, Recherches expérimentales sur les médicaments (Complet rendus de l'Académie des sciences, 1844, t. XIX, p. i94 et suiv.). (b) Liebig, Untersuchung der Mineralquelle zu S9den iind Itemerkimgen iiber die ]yirkiing der Sahe attfdeii Organismus. Wiesbaden, 1839. 186 ABSORPTION. Nous verrons dans une autre occasion que ces mouvemenis osmotiques ne sont pas les seuls résultats fournis par l'action des purgatifs sur la muqueuse intestinale, mais ce sont les phénomènes fondamentaux, essentiels, que cette action déter- mine ; et ce qui a lieu de la sorte dans le tube intestinal d'un Animal vivant se produirait d'une manière analogue dans toutes les autres parties de l'organisme où les mêmes conditions phy- siques se trouveront réunies, c'est-à-dire où un agent osmo- gène plus puissant que le sang sera séparé de ce liquide par les parois perméables des vaisseaux ou par des tissus ana- logues. Absorption Voyons maintenant ce qui doit avoir lieu dans le cas où la des matières , i i ' • / > > salines, etc. substancc dont la sérosité du tissu areolaire est chargée ne serait pas douée d'une force suffisante pour balancer l'action osmogène du sang, soit à raison de sa nature chimique, soit parce qu'elle se trouverait unie à une trop grande proportion d'eau. dernières années, ce sujet a été étu- dié de nouveau par M, Auiîcrt, et paraît être plus compliqué qu'on n'au- rait été porté à le supposer. En efl'el, ce médecin a vu que des sels neutres pouvaient déterminer des phénomènes ordinaires de purgaliou sans avoir été ingérés dans le tube digestif, mais étant injectés directement dans les veines, il n'a pas trouvé que la quantité de l'évacuation fût en rapport avec le degré de concentration de la disso- lution saline introduite dans l'in- testin, et il n'a pas reconnu la pré- sence de l'albumine dans ces produits, circonstance qui est défavorable à l'explication adoptée par iMM. Liebig et Poiseuille. Il a été conduit de la sorte à penser que ce n'est pas en provoquant un courant endosmo- tique des vaisseaux de la muqueuse intestinale dans l'intérieur de ce tube que les n)édicamenls en question déterminent la purgation (a). Mais le fait de la difTusion de l'albumine du sérum dans les liquides contenus dans l'intestin me semble avoir été mis hors de doute , non-seulement par les expériences de M. Poiseuille, mais aussi par les recherches plus récentes de M. Knapp sur les phé- nomènes que la présence de l'eau détermine dans l'intestin grêle du Lapin (6]. (fl) Aulierl , Experimental-Unlcrsucliitngen ûber die Frage ob die Mitteîsnlie auf endosmo- tischem Wege abfiihren (Zeitschrift fur ratloncllc Mcdicin, 2" série, 1852, t. Il, p. 225). (b) Knapp, De l'absorption de l'albumine dans l'inteslin grêle {Gazette hebdomadaire de méde- cine, 1858, t. IV, p. 308), THÉORIE DE CE PHÉNOMÈNE, 187 Prenons ponr exemple nne dissolution étendue de cyano- ferrure de potassium. Etant séparée du sérum du sang par une membrane perméable, l'eau de la dissolution sera attirée par ce dernier liquide et constituera un courant endosmotique dirigé vers celui-ci. jMais l'eau, en pénétrant dans les passages inter- stitiels de la membrane, ne se séparera pas de toutes les molé- cules du cyanure dont elle était chargée, et par conséquent le courant endosmotique ainsi établi transportera une certaine quantité de cette substance de l'extérieur jusque dans la cavité où se trouve le sérum. Un mouvement analogue, dû à la ditïu- sion, se produira dans les conduits plus larges par lesquels le sérum transsude an dehors, et par conséquent le passage du cyanoferrure de la dissolution dans le sérum sera déterminé à la fois par le jeu des forces moléculaires dont dépendent l'en- dosmose et l'exosmose, et s'effectuera d'autant plus rapide- ment, que les circonstances seront plus favorables à leur déve- loppement. Nous avons vu, dans une précédente Leçon, que le cyano- ferrure de potassium déposé dans les lacunes aréolaires du tissu conjonctil', ou introduit dans l'une ({uelconque des grandes cavités du corps, ne tarde pas à être absorbé et à se montrer dans le sang. Pour nous rendre compte des causes de ce phénomène, il nous suftit donc d'invoquer les actions osmo- tiques dont nous venons d'être témoin, et tout ce que je viens de dire au sujet de cette matière saline est applicable aux autres substances étrangères à l'organisation qui sont miscibles au sérum ou solubles dans ce liquide, et qui se trouvent en contact avec une surface absorbante, le sucre, par exemple (1). (1) Le mode d'absorption du sucre nionUé en tout conforme aux lois par la membrane muqueuse du tui)e connues des phénomènes osmotiques. alimentaire a été étudié récemment Ainsi, quand une dissolution concen- avec beaucoup de soin par le docteur trée de sucre est emprisonnée dans F. von Becker, de Helsingfors, et s'est une portion de l'intestin d'un Animal Absorption élective. 188 ABSORPTION. La connaissance que nous avons acquise de ces phénomènes physiques, dont le développement est indépendant de toute influence vitale, nous permet aussi de concevoir comment dans l'organisme vivant une surface absorbante , tout en laissant pénétrer dans l'économie certaines matières étrangères, pourra refuser le passage à d'autres substances. A raison du jeu des attractions moléculaires dont dépendent les phénomènes de capillarité, un tissu donné pourra s'imbiber de tel liquide et être iuiperméable à tel autre, par conséquent être apte à absorber le premier et incapable de conduire le second de l'extérieur jusque dans le torrent de la circulation. Ainsi, on a remarqué depuis longtemps que certains poisons déposés à la surface d'une plaie saignante sont absorbés avec rapidité vivant à l'aide de deux ligatures qui ne gênent pas la ciiculation du sang dans les parois de Torgane , on voit que Tendosmose piovoquée par ce corps étranger di; termine la transsu- dation d'une certaine quantité de li- quide provenant du sang, et qu'en même temps une certaine quantité de sucre passe en sens inverse de l'in- testin dans le torrent de la circula- tion ; que ce courant exosmotique ou de diiïusion dont résulte l'absorption du sucre est d'autant plus intense, que le liquide logé dans l'intestin est plus chargé de cette substance, et que l'activité de l'endosmose est en même temps proportionnelle à la richesse de cette même dissolution sucrée. Le liquide intestinal devient donc de moins en moins chargé de sucre, parce qu'il y arrive de l'eau fournie par le sang et parce qu'il en sort du sucre qui se répand dans les liquides adja- cents. Arrivée à un certain degré de dilution, la dissolution de sucre cesse de provoquer un courant endosmo- tique aux dépens du sang ou des autres liquides contenus dans les pa- rois de l'intestin, et la diffusion du sucre dans ces derniers liquides de- vient aussi très faible, mais ne s'ar- rête pas, puisque ceux-ci sont encore plus pauvres en molécules de matière sucrée ; et il arrive ainsi un moment où le liquide intestinal, devenu infé- rieur au sérum quant à la force os- mogène , est à son tour déplacé par endosmose et porté en totalité ou en partie dans le sang. M. von Becker a constaté aussi que la diffusion (ou absorption du sucre) , de même que l'endosmose, qui porte les liquides de l'organisme dans la cavité de l'intestin , est d'autant plus active que la dissolution sucrée est plus riche (a). (a) F. 3. von Ucckcr, Ueber das Verhalten des Zuckers beim thierinchen Stoffwechsel (Zeil' schrift fur ivissenschaflliche Zooloijie, 4 8r>i, t. V, p. 137 et sniv.). THÉORIE DE CE l'HÉNOMÈNE. 189 et déterminent ainsi une mort prompte, mais peuvent être impunément introduits dans le canal digestif, où cependant les substances étrangères sont d'ordinaire absorbées avec une grande force. Le venin de la Vipère, et le curare , dont les Indiens des bords de l'Orénofjue se servent i)Our empoisonner leurs tlèches, présentent cette singularité (1), et au premier abord on pourrait être disposé à attribuer l'innocuité de la sub- (1) Les anciens savaient que le ve- nin des Serpents peut être mis en contact avec nos lèvres sans qu'il en résulte aucun accident, et lîedi, dans ses expériences sur le venin de la Vipère, a constaté l'innocuité de cette matière quand on l'introduit dans l'estomac (a). H a vu aussi que la sub- stance toxique dont les Javanais endui- sent la pointe de leurs flèches, et dont les effets sont foudroyants quand elle est introduite dans une plaie, n'exerce en général aucune action nuisible sur l'économie animale, quand elle est ingérée dans les voies digeslives {b). Gumilla , la Condamine , de Huni- boldt et plusieurs autres voyageurs, ont eu l'occasion de reconnaître que le poison dont les Indiens de l'Amé- rique méridionale se servent dans leurs chasses, c'est-à-dire le ourari, woorara ou curare (c), se comporte de la même manière (T10N. stance toxique introduite dans l'estomac à une puissance vitale dont cet organe serait doué, à une sorte de sensibilité particu- lière qui le porterait à repousser ce qui est nuisible, tandis qu'il laisse passer ce qui est utile à l'organisme. ÎMais on a constaté expérimentalement qu'il n'en est pas ainsi, et que l'exclusion du curare est la conséquence des propriétés pliysiques de la membrane stomacale, qui, sur le cadavre aussi bien que cbez l'Animal vivant, est perméable à l'eau, aux dissolutions salines, au sucre et à une multitude d'autres substances, tout en étant imperméable pour la matière particulière dont il est ici (juestion. L'explication du pbénomène nous est doncdoiméeparla théorie physique de l'absorption. 11 en sera de môme dans une foule d'autres circonstances. Je ne prétends pas que les forces osmoliques soient les seules qui puissent intervenir dans l'accomplissement de la fonction physiologi([ue de rabsor|)lion, et je chercherai bientôt à mettre en lumière rintluence d'autres agents; mais, dans la plupart des cas, il me parait évident que l'osmose est la cause prin- le curare n'est pas absorbé par la peau (a), mais chez les Grenouilles il l'est, quoique lentement {b). Il est probable que c'est aussi de l'inaptitude de la membrane mu- queuse des voies alimentaires à se laisser traverser par les virus orga- niques que dépend l'innocuité de cer- taines substances d'origine animale, quand elles sont introduites dans l'es- tomac, bien que leur contact avec une plaie soit suivi d'accidents des plus graves. M. Renault , directeur de l'École vétérinaire à Alfort , a constaté beaucoup de faits de ce genre. Ainsi il a vu que la chair des Animaux morts du charbon, la ma- tière virulente de la morve, et d'autres poisons analogues dont l'inoculaiion est généralement mortelle, peuvent être mêlés aux aliments et introduits dans les voies digestives du Chien, du Porc et de la Poule, sans déterminer aucun trouble dans l'organisme de ces Animaux. Chez le Mouton , la Chèvre et le Cheval, l'absorption peut au contraire en être efl'ectuée par les parois de l'estomac (c). (a) Vircllow et Munter (voyez Reynoso, Op. cit., p. 22), (6) Cl. Bernard, Op. cit., p. 292. (c) Renault, Etudes expérimentales cl pratiques sur les effets de l'ingestion des matières viru- lentes dans les voies digestives de l'Homme et des Animaux domestiques (Recueil de médecine Vétérinaire, 1851, t. XXVUI, p. 873). THÉORIE DK CE PHÉNOMÈNE. 191 cipîile cUi passage des matières étrangères de l'extérieur dans l'inlérieur de l'appareil circulatoire, et la légitimité de cette opinion deviendra de plus en plus manifeste à mesure que nous avancerons dans l'étude des circonstances C|ui sont ou favorables ou défavorables, soit à la rapidité de l'absorption pbysiologique, soit à la production d'effets osmotiqnes consi- dérables (1). (1) M. Longet, tout en admettant qiio beaucoup de substances puissent pénétrer dans le corps vivant en verlu de la force d'endosmose, pense que souvent les phénomènes d'absorption physiologique sont en contiadiclion avec ce qui s'observe dans les expé- riences faites avec des tissus privés de vie, et que dans l'accomplissement de cet acte les forces mécaniques, physiques et chimiques sont dominées par la force vitale (a). J'examinerai ailleurs l'influence que la puissance propre aux êtres vivants semble sus- ceptible d'exercer sur la marche de l'absorption; mais, pour justifier l'o- pinion que j'.ii émise ici, il me paraît nécessaire d'examiner les faits que M. Longet considère comme étant en opposition avec la théorie physique de cette fonction. « Et d'abord l'expé- rimentation, dit ce physiologiste, éta- blit que, chez l'Animal vivant, en injectant dans plusieurs anses intes- tinales des dissolutions de sucre de densités variables, les dissolutions très concentrées, et notablement plus den- ses que le sérum, disparaissent tout aussi vite que les plus étendues. Elles démontrent aussi que des solutions de nitrate de potasse ou de sulfate de soude, qui, douées d'un pouvoir cn- dosmotique considérable , et offrant plus de densité que le sérum du sang, l'attirent dans le tube de l'endosmo- mètre, font précisément le contraire quand on les injecte dans le tissu cellulaire sous- cutané d'un Animal vivant, c'est-à-dire qu'après peu d'in- stants on ne retrouve plus aucun vestige de ces solutions, qui, vite ab- sorbées , ont été entraînées dans le torrent circulatoire (b) ». Effective- ment, les choses peuvent se passer de la sorte dans l'économie animale, et, dans les expériences de i\l. von Bec- ker, dont il a déjà été question (c), nous en avons vu des exemples; mais il suffit d'analyser ces faits pour voir qu'ils ne sont pas en dés- accord avec la théorie physique de l'absorption exposée ci-dessus. Quand du sucre , du nitrate de potasse ou du sulfate de soude en dissolution .se trouve en présence du sérum , dont une membrane perméable le sépare , la puissance osmogène du sucre ou du sel peut déterminer la sortie d'une certaine quantité de l'eau du sérum, et produire ainsi un phé- nomène d'endosmose dont la direc- tion sera opposée à celle que les (a) Longet, Traité de phjjsiologie, t. I, 2" partie, p. 291 , 401 et suiv. (6) Idem, ibid., p. 402. (c) Von Becker, Op. cit. (Zeitschr. fur tuissenschafll. Zoologie, 1854, t. V, p. 137 et suiv.). 192 ABSORPTION. Examinons donc de plus près quelles sont ces circonstances et quel degré d'influence elles peuvent avoir. Circonstances § /i. — Il cst évldcnt quc, toutcs clioscs étant égales d'ail - sur" l'acliviié Icurs, Ic couraul endosmotique déterminé par le sérum du de l'absorplion. , a n , , i • , i i- < sang devra être d autant plus [)uissant, que la torce osmogene propre à ce liquide est plus grande comparativement à celle de l'autre liquide réagissant , c'est-à-dire la sérosité du tissu conjonctif, ou le liquide en rapport avec la surface libre des molécules de sucre devront suivre pour pénétrer dans ce dernier liquide ; mais cela ne les empècliera pas d'o- béir aux lois de la diflusion, et de se répandre par conséquent dans le sé- rum par voie d'exosmose. Or, le cou- rant exosmolique ou de dillusion devra être d'autant plus rapide que la dis- solution sucrée ou saline sera plus concentrée; et il en résulte que si l'absorption physiologique était dé- terminée seulement par le jeu des forces physiques ou chimiques dont dépendent les phénomènes osmoli- ques, il y aurait, comme dans les expériences citées par M. Longel , passage du sucre ou de la matière saline de l'extérieur a l'intérieur des vaisseaux sanguins , c'est-à-dire ab- sorption de ces substances ; et quant à la sérosité, dont la transsudation aurait été provoquée par la présence de la substance osmogene dans l'in- testin ou dans les aréoles du tissu conjonctif sous-cntané, elle devrait être résorbée à son tour par endosmose, quand les molécules de sucre ou du sel, obéissant à la force de diflusion, auraient pénétré dans le sang en quan- tité suflisantc pour y être en équilibre avec celles restées dans le liquide exté- rieur. Je ne vois donc là rien qui soit incompatible avec l'explication phy- sique des phénomènes physiologiques de l'absorption , et la dissidence de nos opinions me semble dépendre de ce que mon savant confrère et ami M. Longct ne tient pas compte du pouvoir diffusif des matières en dis- solution. Ce physiologiste éminent se fonde aussi sur la facnllé que pos- sèdent les Animaux d'absorber les matières grasses, sujet sur lequel je reviendrai bientôt ; enfin , il argue également de l'espèce de triage des matières absorbées dans diverses par- ties de l'organisme, phénomène qui se lie trop intimement au travail chi- mique des sécrétions pour que je puisse l'examiner utilement ici. Mais je crois devoir rappeler que les forces physiques dont le jeu détermine les mouvements osmotiques ne sont pas sans influence sur la composition des liquides qui traversent les membra- nes; nous en avons eu des preuves en étudiant les phénomènes de lillra- tion élective et certains résultats four- nis par les expériences sur l'endos- mose la). («)Vojcz ci-dussiis, [Kiye 88. lllUCONSTANCES QLl INFLLEM SLU CKTTi: FONCTION. 103 membranes tégiimcntaires, soit externes, soit internes, de l'or- ij^anisme. Nous savons, par les expérienees de M. Graham, (pie le pon- imiiuciico voir endosmoii(iue du sérum n'est pas très eonsidérable ; (pi'il Maunecinnii-iue est de beaueoup nnerieur a celui d une dissolution salme eon- à absorber. tenant seulement un centième de phospliate ou de carbonate de soude: mais que, d'autre part, il est beaucoup plus grand (jue celui de [)lusieiirs autres dissolutions salines, et qu'il est même très grand comparativement à celui des acides dilués (i). Par conséquent , l'action osmogène du sérum doit sut'lire pour déterminer l'absorption , non-seulement de l'eau, mais aussi de diverses dissolutions, et en s'exercant sur un acide dilué, elle doit faire naître des courants endosmoli(iucs très puissants, ou, en d'autres mots, déterminer l'entrée ra[)ide de ces substances dans le torrent de la circulation. Nous avons vu aussi que la [irésence d'une petite quantité d'acide, surtout d'acide chloiiiydrique ou d'un acide organique, diminue beau- coup le pouvoir osmotique d'une substance (2), etparconsétpient nous devons prévoir que le mouvement endosmolique déter- miné par le sérum produira des effets beaucoup plus considé- rables sur un liquide légèrement acidulé que sur un li(}uide neutre ou basique. Si dans l'estomac d'un Animal on introdui- sait une dissolution aqueuse d'acide oxalique ou d'acide citriipie au titre d'un centième, et si les vaisseaux sanguins de ce vis- cère ne contenaient que de l'eau pure, il y aurait une absorption ra[)idc du li({uide acidulé qui serait transporté en grande ptuHe (1) Dans une série cl'expéi-iences attribue la faible action ondosmo- comparatives , l'élévation de la co- tique du sénini à la présence du clilo- lonne endosmoniélrique n'a pas dé- lure de sodium, qui fort souvent diini- passé 39 millimètres avec le sérum nue la puissance osmogène des sels de Bœuf, et a atteint environ 200 basiques, tels que le phospliate de avec une dissolution de pliosphate de soude (a). soude à 1 pour 100. M. Graham ("2) Voyez ci-dessus, page HiH. (a) Graliani, On Os)tioHc Force {l'Iiilos. Truns., 1854, p. 209). V. 13 19/1 ABSOr.PTION. de la cavité gastrique dans rintérieiir des veines; à plus forte raison, quand ces derniers vaisseaux sont occupés par du sang, le incfue phénomène devra-t-il se produire. L'acide clilor- hydrique détërn>ine aussi avec beaucoup d'énergie l'osmose négative, c'est-à-dire le passage du liquide à travers la mem- brane perméable vers l'autre liquide réagissant, et nous verrons bientôt que cette circonstance a une grande influence sur l'activité de l'absorption dans certaines parties du corps com- parées à d'autres, et notamment sur le rôle de l'estomac dans cette fonction ; mais en ce moment je ne cherche qu'à étabbr les principes qui doivent nous guider dans l'appréciation des phénomènes de ce genre, et par conséquent je ne m'arrêterai pas sur les faits de détail. innuencc § 5. — La connaissancc des lois qui régissent le dévelop- tiiisang. pcment des phénomènes osmoliques nous [lermet également de prévoir comment les variations dans la composition du sang doivent influer sur la rapidité avec laquelle l'absorption en général , ou l'absorption de certaines substances en particulier sera effectuée. Ainsi le pouvoir osmogène du sang est dû en grande partie aux matières albuminoïdes dont ce liquide est chargé. 11 en résulte donc que, toutes choses étant égales d'ailleurs, l'ab- sorption déterminée par cette force sera d'autant plus rapide que le sang contiendra une moindre proportion d'eau. Cet abaissement dans la quantité relative d'eau peut être déter- miné de diCférentes manières. Ainsi, il peut être l'effet d'une évaporation abondante qui , en enlevant de l'eau aux tissus superficiels de l'organisme, rend ceux-ci plus aptes à en sous- traire aux fluides en circulation dans leur intérieur. Il peut être amené aussi par l'établissement d'une excrétion osmotique on autre dans nn point déterminé de l'économie ou par une production surabondante de rd)rine, ainsi qu'on en voit dans les états inflammatoires, et par conséquent, dans tous ces cas, CIRCONSTANCES QUI INFLUENT SUR CETTE FONCTION. 195 nous devons nous attendre à trouver que l'activité tbnction- neiie de l'absorption augmente. En un temps donné, une même surface fera donc pénétrer dans l'appareil circulatoire un volume d'eau et de matières étrangères d'autant plus considérable, que ce liquide tiendra en dissolution une plus grande proportion de matières solides. La composition chimique du sang devra exercer une iniluence analogue sur les produits de l'absorption, quand celle-ci est la conséquence du pouvoir dilTusif des substances en dissolution dans le liquide en contact avec la surface externe des vais- seaux ou avec les tissus situés entre ces organes et l'extérieur du corps. Or la diffusion, comme nous l'avons vu, joue un rôle iuiportant dans le mécanisme de cette fonction ; et moins le sang contiendra de molécules de la nature de celles dont est formé le corps qui tend à y pénétrer de la sorte, plus les particules de celui-ci trouveront de facilité pour y pénétrer. Par conséquent, toutes choses étant égales d'ailleurs, l'entrée d'une substance diffusible dans l'appareil circulatoire sera d'autant [jIus facile, qu'il y aura moins de cette même substance préexistante dans le sang en contact avec la surface opposée de la membrane absorbante. Ainsi, quand toutes les autres conditions du phé- nomène restent invariables, les substances qui ne se trouvent pas dans le sang doivent y arriver plus vite que celles dont ce liquide est déjà chargé, et doivent en général y pénétrer d'au- tant [ilus ra[)idement, qu'elles se trouvent en plus forte propor- tion dans le liquide qui les fournit à l'organisme (1). § 6. — Les principes fournis par l'étude des phénomènes infi»cnee osmotiques nous permettent également de comprendre (juel drciaZIa'. (l) Ainsi, dans les expériences sur dilé avec laquelle cetlo subslauce j)as- i'absorption du sucre dans le canal sait de l'intestin dans le santj éiait digestif dont il a déjà été question, proportionnelle à lu richesse de la M. von Becker a trouvé que la rapi- dissolution eniployée (a). (a) Von Beckei', Op. cit. (Zeitschrift fiir wissenschaftl. Zonlo'jie, 1854, I. V, p. ibG). 19G AiisoumoN. genre d'iiiiluence le muavemeiilcireulatoiredu sang doil avoir sur les actions moléculaires dont dépend en grande partie le travail de Tabsorplion. Le renouvellement continuel de la {)or- tion du sang qui est en contact direct avec la face interne de la membrane absorbante a pour effet de maintenir constant le pouvoir osniogône de ce tluide, ainsi que son degré d'aptitude à recevoir dans sa masse les molécules qui tendent à y pénétrer pour obéir à la force diffusive dont elles sont douées. Si le sang était en repos, comme l'est le liquide osmogène dans le réservoir d'im endosmomètre ordinaire, la couche en conlact direct avec la membrane absorbante perdrait de son activité comme agent endosmotique, à mesure que le liquide extérieur y arriverait, et bientôt ne continuerait à attirer celui-ci que parce qu'elle céderait aux couches de sang situées plus loin une porlion des matières dont elle s'était chargée. La rapidité du courant endosmoticpie se trouverait donc subordonnée à la facilité avec laquelle ce transport s'effectuerait dans le sein du lluide nourricier, et tout ce que je viens de dire relative- ment à l'alfaiblissement progressif des effets de l'endosmose est également a|»plicable à l'arrivée des molécules du dehors, par suite de leur répulsion mutuelle dans le sein du licpiidc où elles sont en dissolution. Mais le mouvement circulatoire détermine à chaque instant le renouvellement de la portion du sang qui sert à la fois comme agent osmogène et connue menstrue j>our les molécules en voie de dilfusion , et par conséquent ce mouvement maintient toujours intacte la ])uis- sance de réception , ainsi que la puissance attractive de cette humeur, tant que sa masse tout entière n'a pas été modifiée dans sa constitution chimique par les effets de cette absorption locale. Si ces conclusions avaient besoin de nouvelles preuves pour être admises parles i)hysiologistes, je citerais ici riniluence que l'agitation du bain extérieur exerce siu' la valeur des [troduils C1RC0>JSTANCES QV\ INFLUENT SUR CETTE FONCTION. 197 de l'endosmose, lorsqu'on emploie le sérum du sang pour dé- terminer le déplacement d'une dissolution saline dans des vases inertes. Il arrive souvent dans ces expériences, lorsque l'ap- pareil est en repos, que le courant endosmotique, après avoir duré quelque temps, s'arréle, mais reprend dès que l'on agite le liquide osmogène de façon à disperser dans la masse tout entière de celui-ci la quantité de l'autre liquide qui avait déjà pénétré dans les couches en rapport immédiat avec la membrane osmotique, et qui avait dilué ces couches au point de les rendre inactives (1). Ainsi, la rapidité du torrent circulatoire est une circonslance (1) Comme exemple de la recru- descence de l'endosmose délerminée par le renouvellement des portions du bain en contact avec la membrane os- motique, je citerai rexpérionce sui- vante, faite par M. Poiseuille. Ce phy- siologiste a reconnu qu'en plaçant dans son endosmomètre une dissolu- lion de phospiiate de soude au litre de 1 pour 100 et en plongeant l'in- strument dans un baii\ de sérum, il y avait osmose de la dissolution saline vers ce dernier liquide, et par consé- quent abaissement du niveau de la colonne fluide intérieure ; tandis qu'a- vec une dissolution au litre de à pour 100, l'endosmose s'établissait en sens inverse, c'est-à-dire au profit de la dis- solution saline, et faisait monter celle-ci dans l'endosmomètre. Dans ce der- nier cas, il vit le liquide monter jus- qu'à une hauteur de oU millimètres; mais, au bout de quelques heures, l'appareil étant dans un repos com- plet, la colonne commença à redes- cendre cl ne se trouva bientôt qu'à 3 millimètres au-dessus du bain ex- térieur. Alors il lui suffit d'agiter celui-ci pour faire renaître le mouve- ment ascensionnel à raison d'abord de [\ millimètres par heure. Ces varia- tions ne dépendaient donc pas de changements survenus dans la résis- tance hydrostatique de la membrane, mais de changements dans la direction du courant osmolique qui se portait d'abord du sérum vers la dissolution concentrée de phosphate de soude, et qui se ralentissait à mesure que les couches adjacentes de cette dissolu- lion s'aflaiblissaient par suite de l'ar- rivée du sérum, et qui changeait de di- rection quand, par suite des échanges efl'ectués de la sorte et du transport d'une certaine quantité de phosphate dans la portion voisine du bain formé par le sérum, l'aclion osmogénique de ce dernier liquide était devenue apte à balancer celui de la dissolu- tion affaiblie. Mais ces changements de densité étaient locaux , et les effets qui en résultaient ont cessé lorsqu'en agitant le bain, on a dissé- miné les portions moLiifiées de l'un et de l'autre liquide dans la masse entière de chacun d'eux, ce qui a ré- tabli les rapports de pouvoir osmo- lique dont résultait au commencemeni (le la membrane absorbante. 198 ABSORPTION. (jiii fnvorise le jeu des forces osmoti{}iies et qui tend à activer l'absorptiou, indépendamuient de rinfiuence mécanique que ce mouvement de translation peut avoir sur l'arrivée plus ou moins facile des courants endosmotiqucs dans la colonne sanguine et sur le mode de répartition des matières absorbées dans les par- ties éloignées de l'organisme, circonstances sur lesquelles nous aurons bientôt à revenir. iMiiiRnco § 7. — D'après ce (lue nous savons des effets osmotiques, Jp la disposition t • . i • >i ' nous pouvons comprendre aussi comment les propriétés ana- tomiques et chimiques des membranes par lesquelles l'ab- sorption j)hysiologique s'effectue peuvent exercer une grande intluence sur le degré de puissance avec lequel cette fonction s'accomplit. Le raisonnement, aussi bien que l'expérience, montre ([ue l'absorption, de même que l'endosmose, doit, toutes choses étant égales d'ailleurs, donner un produit d'autant plus grand, qu'elle se fera par l'intermédiaire d'un diaphragme dont la surface de contact avec les liquides réagissants sera plus étendue (1). L'une de ces surfaces de contact est constiUiée parla paroi riude^rc (jgg vaisseaux dans lesquels le sang circule, et par consé- quent, en cas de parité des autres conditions, l'absorption sera Influence do- du tissu absorbant. de Pexpérience l'afllux du sérum dans le réservoir occupé par le phosphate de soude («). M. Liebig a montré également que si de l'eau est renfermée dans une anse d'inleslin dont la surface extérieure baigne dans une dissolution saline, le passage du premier do ces liqm'des dans le second devra i-e faire plus ra- pidement si celui-ci est en mouvement que s'il était en repos, car cela est une conséquence du rapport qui existe entre le degré de richesse de la solu- tion osmogène et la grandeur des elTclsosmotiqucs qu'elle détermine ;fe). (]) Voyez ci-dessus, page 128. (o) Poiseuilic, Recherches expérimentales sur les médicaments {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1844, t. XIX, p. 'J'.J7). (6) Liebicr, Heclierclies sur Qticlqucs-nnes des causes du mouvement d(s liquides dans l'orga- nisme animal (Ann. de chimie et de physique, '■i' série, 1849, t. XXV, p. 413). CIRCONSTANCES QVl INFLUENT SUR CKTTE FONCTION, 109 d'autant plus rapide, que l'organe qui l'eflectuc est plus vas- culaire. L'autre surface, c'est-à-dire la surface libre du tissu dans imincnco de l'élencliio l'épaisseur dunuel sont creusés les vaisseaux sanauins dont ciciasmtace ' 1 ^ libre. je viens de parler, est celle en rapport avec la substance absor- bable. Par conséquent, toute disposition qui tend à agrandir cette surface sera favorable tu développement de sa puissance absorbante, et nous devons nous attendre à voir la Nature adopter dans la structure des organes des dispositions anato- miques conformes à ce principe (1 ). J'ai déjà eu l'occasion de montrer qu'effectivement c'est là un des procédés mis en usage pour perfectionner l'appareil respiratoire, qui est un instrument d'absorption, et, lorsque nous étudierons d'une manière spé- ciale le mode d'introduction des produits de la digestion dans la profondeur de l'économie animale, nous verrons aussi que les surfaces en contact avec ces matières, deviennent d'autant plus étendues, que la fonction dont elles sont chargées doit être plus active. Il est également aisé de comprendre que la puissance absor- influence ^ , ^'^ '■* densité bante d'une surface doit être en rapport avec le degré de per- «im 'issus. méabilité du tissu qui la constitue et l'épaisseur des couches poreuses que les liquides ont à traverser poiu^ passer de l'exté- rieur jusque dans les vaisseaux sanguins adjacents. (l) Les expériences (le M. von Bec- lube digestif (:;) ; mais il me par;iît ker, citées ci dessus , paraissent ne prol)aijle que cela devait lenir à ce pas s'accorder avec celte proposition, que, dans tous les cas, la surface ab- cur il a trouvé que la quanlilé de sorbante était sutTisanlc pour fournir sucre absorbée était, dans certaines à la masse du sang en circulation la limites, à peu près la même quand quantité de molécules de sucre né- celte substance était en contact avec cossairc pour établir l'équilibre entre une étendue considérable de la mem- ce liquide et la dissoluliou sucrée brane muqueuse intestinale ou circon- contenue dans l'intestin, scrite dans un tronçon assez court du (a) Von Becker, Op. cit. {Zeitschrift. fur wissenschaftl. Zool., 1854, t. V, p. 148). 200 ABSORPTION Obstacle Ainsi que je l'ai déjà dit et que je le montrerai plus en détail par iv-pMerme. dons nuc autfe parlie de ce cours, le tissu épiihéiique qui revêt extérienrenient la peau aussi bien que les muqueuses, et (|ui tapisse de la même manière les vaisseaux irrigatoires, ne renferme pas de vaisseaux sanguins dans son épaisseur, et n'offre que peu de lacunes confluenles qui puissent remplir le rôle de canaux capillaires pour le passage des liquides, tandis que le derme et les autres tissus sous-jacents sont à la fois (rcs vasculaires et d'une structure lacunaire, car ils se composent de fibrilles ou de lamelles qui se rencontrent sous divers angles et laissent entre elles des espaces vides en communication les unes avec les autres. La présence du tissu é[)ithélique entre les matières qui doivent être absorbées et les vaisseaux où ces substances ont à pénétrer, est donc un obstacle à l'absorption de celles-ci, et cet obstacle doit être d'autant plus grand, que la couche ainsi con- stituée est plus épaisse et ])lus dense. Or, il existe à cet égard des différences très grandes dans les diverses parties (|ui sont aptes à recevoir le contact des matières dont rabsorj)tion est voulue, et par conséquent il y a là encore une source d'inégalité dans la puissance absorbante fie ces surfaces. En étudiant , dans la dernière Leçon , les phénomènes de Influence qunnbrinëi'n capillarité et les mouvements osmoliques, nous avons vu que ib'orbanies. h» préscncc dc quantités très petites de certaines substances sur les parois des cavités étroites destinées à recevoir un liquide peut avoir une inOuence très considérable sur les effets de l'action attractive exercée sur celui-ci par ces mêmes parois. Nous pouvons donc prévoir que si les choses se passent dans l'organisme vivant connne dans nos appareils osmométriques, la puissance absorbante d'une membrane pourra varier suivant (jue celle-ci se trouvera lubrifiée par une humeur de telle ou telle nature, et ipie la uiatière dont elle sera imbibée pourra être un obstacle à l'infi-oduclion de certains lifjuides, tout en PAR LES VOIES RESPIRATOIRES. 201 favorisant l'entrée d'autres substances (1). Ainsi, une mem- brane déterminée, si elle vient à être mouillée par une bumeur alcaline, n'agira pas toujours de la même manière que si elle était imprégnée d'un acide, et la présence d'une quantité plus ou moins considérable de graisse dans son tissu modifiera aussi son mode d'action comme organe d'absorption. Par conséquent, dans l'examen des phénomènes dont l'étude nous occupe ici, il faut avoir égard, non-seulement à la texture des parties, mais aussi à la nature des sécrétions dont les surfaces absorbantes peuvent être le siège (2). En tenant compte des circonstances anatomiques et chimiques ^,^^";;"J™;^ dont je viens de parler, on peut en général juger assez exacte- absorbamo ment de la puissance absorbante d'une partie déterminée de l'or- -uvers organes. ganisme. § 8. — Ainsi chez l'Homme, de même que chez les Animaux p^,t"''nli^". plus ou moins inférieurs, l'appareil respiratoire est de toutes les parties de l'économie celle qui réunit au plus haut degré les conditions de perfection comme instrument absorbant, et celle aussi où l'introduction des matières étrangères jusque dans le torrent de la circulation est le plus facile et le plus rapide. C'est pour cette raison que des substances gazeuses et des vapeurs délétères qui ne peuvent exercer leur intluence nuisible (|u'à la suite de leur absor[)tion et de leur transport par le torrent circulatoire dans les profondeurs de l'organisme, déter- minent souvent avec une grande promptitude des accidents graves, et même la mort, quand elles arrivent en contact avec la surface respiratoire. J'ai déjà eu l'occasion de dire quelques mots des empoison- (1) Voyez ci-dessus, page l/i8. tics différences qui se manifeslenl sou- (2) Les variations qui se produisent vent dans le pouvoir absorloant d'une dans les qualités des liquides sécrétés même membrane , quand les autre par les surfaces absorbantes me pa- conditions physiques et physiologiques laissent être une des principales causes semblent être restées identiques. ^O^ ABSORPTION nements qui peuvent être produits de la sorle par la pré- sence d'une pelife quanlité de quelque gaz toxique dans l'air que nous respirons (1) ; mais pour mettre mieux en évidence la rapidité avec laquelle des vapeurs et des gaz sont absor- bés par la surface des cellules pulmonaires , je citerai ici quelques aulres exemples d'une mort foudroyante due à cette cause. L'acide cyanbydrique est un poison violent qui, introduit dans le torrent de la circulation, exerce principalement son influence délétère sur le système nerveux, et qui détruit l'irrita- bilité des muscles, il n'agit donc qu'après avoir été absorbé, et ses effets sont d'autant plus terribles, que son absorption s'ef- fectue plus rapidement. Or, il suffit d'approcber des narines d'un Cbien ou d'un Lapin un flacon ouvert où se trouvent quelques gouttes de cette substance à l'état de pureté, pour que la vapeur qu'elle dégage tue l'Animal en quelques secondes (2). (1) Voyez tome I, page hM. (2) Dans une expérience dont je me souviens d'avoir clé témoin, Magendie ayant mouillé le bout d'une baguette de verre avec de l'acide cyanbydrique anliydre étendu d'un peu d'alcool, et l'ayant introduit brusquement dans la gueule d'un Cbien vigoureux, vit l'a- nimal faire aussitôt quelques grandes inspirations, et au bout de quelques secondes tomber mort. Le même poi- son, appliqué sur la conjonctive, pro- duit des ellets semblables, mais moins rapidement, et, introduit dans la ca- vité péritonéale ou déposé dans le tissu conjonclif sous-cutané, il tue plus lentement. Enfin, mis eu contact avec la peau, il se dissipe souvent en vapeur avant que d'avoir été absorbé en quantité suffisante pour déterminer des accidents graves (a). !\Iagendie cite une autre expérience dans laquelle l'Animal lomba comme foudroyé , parce qu'on avait passé rapidement sous ses narines un flacon débouché contenant de l'acide cyanhydrique anhydre (h). Il est aussi à noter que le curare, dont l'absorption par la poau ou par la muqueuse dig^stive n'est pas assez rapide pour donner lieu à des sym- ptômes (rempoisonnement.di'termine promptement la mort quand il arrive en contact avec la surface pulmo- naire (c). (a) Magendie, Recherches physiologiques et cliniques sur l'emploi de l'acide prussique ou hydro- cyanlque. I;i-8, l'aris, ISlU, p. 4. (b) MagcnrJie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t. I, p. i3i. (c) Cl. Bernard, Cours de médecine : Leçons sur les substances toxiqties,[>. 287. PAR LES VOIF.S UKSPHlVl'OinES. '203 o Plus d'un accident luneste a é(c causé par l'absorption pulmo- naire, et je ne saurais mettre les élèves de nos laboratoires trop en garde contre les dangers invisibles qu'ils affrontent souvent sans les connaître, quand ils respirent un air cbargé de vapeurs toxiques. C'est de la sorte que la science a été privée d'un des chimistes les plus distingués de Munich, Gchlen (1). Ce savant s'occupait de l'étude d'un gaz récemment découvert, et composé d'hydrogène nni à l'arsenic; voyant que le dégagement ne s'en faisait pas bien, et pensant rpie son appareil perdait, il flaira les bouchons pour reconnaître les fuites à l'odeur qui se répan- drait. La quantité d'hydrogène arséniqué attiré de la sorte dans ses poumons devait être bien faible, et cependant en moins d'une heure il commença à en ressentir l'atteinte mortelle, et, après avoir langui quelques jours en proie à de vives souf- frances, il périt victime de son imprudence. Il ne faut pas croire que les gaz délétères ne soient redoutables que lorsqu'on les respire en proportion suflisante pour en être asphyxié ; l'hy- drogène arséniqué n'estpas le seul fluide aériforme qui, absorbé par les poumons, même en quantité peu considérable, puisse être un poison mortel (2), et toutes les vapeurs qui se trouvent (1) Ce savant s'était fait connaître par des recherches sur l'cther et sur diverses questions de chimie minérale. Il publia pendant plusieurs années, à Berlin, un journal de chimie intitulé d'abord Neiies allgemeine.s Journal der Chemie (1803 à 1806), puis Jour- nal fur der Chemie und Physik (1806 à 1810). Il mourut empoisonné par l'hydrogène arséniqué, en 181 5 (a). (2) 11 est d'observation vulgaire que l'ivresse peut être causée par l'action de vapeurs alcooliques répan- dues dans l'air que l'on respire. Ce fait a été constaté expérimentalement par M. Piollet (b) , et s'explique par l'absorption pulmonaire, car l'alcool ne délermine cet état qu'après avoir été introduit dans le torrent de la cir- culation et porté jusqu'au cerveau. L'absorption de la vapeur d'iode par les voies repiratoires a été con- statée expérimentalement par M. Pa- nizzn (c). (a) Scliweigger, Zu Gehlens beiliegcndem DUdnisse (Jouni, fiïv Chemie und Physik, 1815, t. XV. p. 1, el Annals of Phtlosophy, isiti, t. Vlll, p. 401). (b) Piollet, De l'absorption pulmonaire (Archives générales de médecine, 1" série, 1825, t. IX, p. 6H). (c) Panizza, Dell'assorbemenlo venoso (Mem, dell'Isiit. Lomb., 4843, t. I, p. 181). 20/l ABSORPTION mêlées à l'air peuvent arriver avec une grande rapidité jusque dans notre sang, quand nous les respirons (1). C'est par suite de cette absorption que beaucoup de matières odorantes déter- minent souvent dans notre organisme un trouble caractérisé par de la céphalalgie ou d'autres accidents nerveux, et, dans certains cas, il est facile de constater que la matière volatile a pénétré dans la substance de notre corps, car, après y avoir séjourné quelque temps, elle est rejetée au dehors avec l'urine et donne à ce liquide une odeur particulière (2). Du reste, celte (1) Ainsi, on connaît plusieurs cas où la mort a été déterminée par l'ai> sorpUon du gaz nitreux par les voies respiratoires sans qu'il y ait eu as- phyxie («). {'2) On sait que la vapeur odorante de l'essence de téréhcnthine pénètre fa- cilement dans l'économie par les voies respiratoires, et manifeste sa présence dans l'urine par l'odeur de violette qu'elle communique à ce liquide. C'est en majeure partie de l'absorption de celle substance par les voies respira- toires que dépendent les accidents déterminés souvent par le séjour dans un appartement nouvellement peint à l'huile ou au vernis ordinaire. Il faut attribuer aussi à l'absorption des matières odorantes des tleurs par les voies pulmonaires les accidents plus ou moins graves, tels que cépha- lalgie , nausées et même syncope , que le voisinage de certaines plantes détermine chez quelques personnes. Les essences extraites des mêmes fleurs produisent ces effets avec beau- coup plus d"intensilé, parce qu'elles dégagent des vapeurs semblables en plus grande abondance. Orfila a réuni plusieurs exemples curieux d'acci- dents de ce genre produits par l'o- deur des roses ou d'autres fleurs {b), et, d'après mon expérience person- nelle , je puis ajouter que parfois l'existence d'une très petite quantité d'essence de citron dans l'air confiné suffit pour déterminer des symptômes nerveux bien caractérisés. Depuis longtemps j'emploie avec beaucoup de succès , pour détruire les larves rongeuses dans les collec- tions enlomologiques, un procédé qui repose sur l'absorption de vapeurs par les organes respiratoires. La ben- zine introduite de la sorte dans l'éco- nomie est un poison pour les Mam- mifères et les Oiseaux, mais agit avec bien plus de force sur les Insectes et les fait périr promptement (c). D'a- près mes conseils, M. Doyère a mis en usage des moyens analogues pour détruire les Charançons dans les blés attaqués par ces Insectes, et ses expé- riences montrent que la vapeur de (a) Voyoz Orlila, Traite des poisons, t. I, p. 15^2 et suiv. (l'.lil. Ho 18-27). {b) Orlila, Traité des poisotts, iSiT, t. II, p. 4.(57. (c) Milnc Edwards, Sur l'emploi de la benzine pour la destruction des Inseetes {Flulletin de la Soriétt' centrale d'agriculture, 1852, t. VIII, i>. •40(1). t'AH LKS VOŒS Kfcl^l'IKATOll'.KS. tîOS grande puissance absorbante est bien plus utile ([u'elle n'est nuisible; c'est elle qui rend nos poumons aptes à satisfaire aux besoins de la respiration, travail dont l'activité est dans un ra[)port nécessaire avec celui de tous les autres instruments pbysiologiques qui constituent notre organisme, et, indéi)en- damment de ce service normal, c'est encore elle qui rend possible une des plus grandes merveilles de l'art médical : la production de l'état d'anesthésie à l'aide duquel l'opé- rateur préserve de toute souffrance physique et morale le ma- lade dont il entaille les chairs. En effet, si le chloroforme ou l'éther introduit sous la tbrme de vapeur dans nos poumons nous plonge dans une sorte de sommeil durant lequel la faculté de sentir est suspendue, c'est que la matière diffusible ainsi répandue dans l'appareil respiratoire passe rapidement dans le sang en circulation, et arrive ainsi en contact avec certaines [)arties du système nerveux dont elle interrompt l'action. L'é- tude de ce beau phénomène serait prématurée en ce moment; mais nous aiu^ons à y revenir, car nous y puiserons d'utiles lumières, et même, en fùt-il autrement, nous ne pourrions passer avec indifférence à côté d'une question physiologique qui touche de si près aux intérêts de l'humanité (1). sulfure de carbone remplit toulcs les Hier tïu faite en I8/16, à Boston, par conditions voulues pour assurer la M. M. Jackson, professeur de chimie, conservation des céréales contre les et Morton, chirurgien -dentiste (h). attaques des Insectes (a). L'emploi du chloroforme fut substitué (1) On sait que la découverte de avec avantage à celui de l'éther, en la production d'un état d'anesthésie 1867, par iM. Simpson, professeur par l'inhalation de la vapeur d'é- d'accouchements à Edimbourg (c). Au (a) Doycre, Méinrnve sw l'emploi des aiiesthésiquespour la destniclion des Insectes qui dcvorenl les grains [Comptes vendus de l'Acadànie des sciences, d85~, l. XLIV, p. 993). (b) Jaclcson, De l'inhalation de réthcv pour suspendre la sensibililé che-^ des personnes sou- mises à une opération chirurgicale (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 18i7, t. XXIV, p. 74). — Voyez aussi ttoux, Rapport sur les prix de médecine et de chirurgie [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1850, t. XXX, p. 241). (c) Simpson, Hislorical Researches regarding Ihe Superinducfion of Insensibilitg to Pain in Surgical Opérations, and Announcemcnt of a New Anœslhelic Agent, ]LA\n\sw£\\, \%M (voy. Monthbj, Journ. of Med. science, 1847, t. Vlll, i'. 451). Absorption par la peau chez les Animaux. 20G ABSORPTION Quant à l'absorption rapide des liquides par la surface pul- monaire, j'en ai déjà donné des preuves (1), et je me bornerai à ajouter ici que, sous cette l'orme, les matières étrangères arri- vent ainsi plus rapidement dans le torrent circulatoire que par toute autre partie de l'organisme (2). § 9. — La peau est aussi une des voies par lesquelles l'ab- sorplion peut s'eflectuer; mais cette membrane tégumentaire est spécialement destinée à protéger les parties sous-jacentes de l'organisme, et, pour bien remplir cette fonction, elle doit offrir une épaisseur et une densité qui sont peu favorables à la sujet du mode d'action de ces sub- st